
GuineeConakry.info: Monsieur le président, vous avez organisé récemment une session de formation à l’intention des conseillers économiques et sociaux. Quelles étaient vos motivations profondes?
Michel Kamano: Je puis vous dire qu’il s’agissait d’une session de formation consacrée à la politique d’évaluation économique et sociale. Cette formation a été financée par la coopération française. Nous avons estimé qu’il était très peu profitable d’envoyer deux ou trois conseillers pour cette formation en France. C’est pourquoi, nous avons demandé sa tenue à domicile pour un plus grand nombre de participants. Ainsi, la formation a concerné aussi bien les conseillers que les cadres et agents de l’administration ou les représentants du secteur privé. La coopération française a, bien entendu, accepté la proposition pour la tenue en Guinée de la session. Aussi, cette formation a été accompagnée par certains partenaires au développement, comme le PNUD, en particulier qui a mis à notre disposition des ressources nécessaires pour la tenue de la session.
GCI: Combien de Guinéens ont concrètement bénéficié de cette formation et pour quel impact?
MK: Vingt Guinéens ont donc profité de cette formation sur l’évaluation sociale et économique, contre deux seulement qui auraient effectué le déplacement sur Paris, si nous avions choisi cette option. Il faut remarquer que cet exercice est très intéressant. Il remonte au temps du premier ministre français Michel Rocard qui voulait travailler sur l’efficacité des services publics. De façon que ces services puissent présenter des résultats positifs à l’ensemble des contribuables français, au nom de la société civile, devenant de plus exigeante sur le compte de ces efforts par rapport au développement économique et social. Si ce rapport date de 1990, les recommandations ne sont entrées en application que lorsque la France a élaboré les lois organiques par rapport aux lois des finances en 2005. Ce qu’ils appellent la Lolp et que nous appelons loi-programme en Guinée. La première lolp est entrée en en application cette année. Ce sont des approches des petites touches des politiques d’évaluation portant sur l’ensemble de la vie économique et sociale.
La Guinée s’est dite qu’il faut rattraper le train en marche. ET rapidement. D’où les raisons d’initier l’évaluation de nos politiques économiques et sociales. Puisque toutes les autorités nationales guinéennes, en particulier, le chef de l’Etat sont intéressées à ce que les actes posés par le gouvernement soient, le plus bénéfiques possibles, aux populations.
Mais, nous ne sommes pas encore en mesure de faire bénéficier l’ensemble des populations de la politique menée par le gouvernement. L’appréciation dépend d’un secteur à l’autre.
GCI: Mais qu’a fait le CES, en tant que conseiller du chef de l’Etat et de l’Assemblée nationale?
MK: Le CES a cru devoir organiser cette formation avec les experts français. Tout en faisant appel à l’administration qui a présenté son expérience en la matière. En particulier, le ministère du plan a fait une bonne présentation sur son approche de politique d’évaluation sur le secteur de la pêche.
GCI: A quel résultat avez-vous abouti?
MK: Nous avons abouti à des recommandations. La première étant qu’en Guinée, on développe la culture de l’évaluation. Que tout ce que nous faisons désormais soit évalué. Pour que nous puissions renforcer les points forts et remettre en cause les points faibles. L’objectif étant toujours d’arriver à des meilleurs résultats. Surtout que tous ceux qui investissent et s’investissent en Guinée ont pris part à cette rencontre.
GCI: Le CES est-il toujours consulté avant le vote de lois?
MK: La loi dispose que le CES soit toujours consulté avant le vote des lois programmes. C'est-à-dire des lois portant sur le développement social et économique à court moyen et long terme. Pour permettre au conseil de se prononcer sur l’impact réel sur les populations. Même s’il est vrai que la loi l’institue depuis 1991, à travers le vote de la loi fondamentale, la Guinée n’a encore pas voté de loi programme. Lors qu’elle sera élaborée, naturellement, le CES sera consulté.
La loi dit aussi que le CES peut être consulté lors de l’élaboration de toute autre loi ou de toute autre décision d’ordre économique et social touchant directement les populations. Là, il dépend de la volonté des décideurs de consulter le CES.
GCI: Est-ce que le CES n’est pas, présentement, le ''parent pauvre'' des institutions républicaines?
MK: Non! La loi continue en disant que le CES peut s’autosaisir de l’actualité, si elle est d’ordre social ou économique brûlante.
GCI: Mais cela ne se fait pas souvent?
MK: Bien que si. Nous avons fait des propositions sur la crise de riz, pour ne plus que l’on assiste à de scènes que tout monde connaît. Nous avons également fait des apports pour la promotion du dialogue social et politique. Entre le gouvernement et les syndicats, ces derniers et la société civile etc.
Nous ne sommes pas politiques. Mais notre neutralité nous fait écouter de tout le monde. Ce qui nous permet de jouer un rôle important. Le gouvernement s’est engagé devant les partenaires d’associer les la société civile au dialogue. Parce que quand une grève fait arrêter nos usines pour deux ou trois jours, ce sont des millions de dollars que nous perdons. Et, quand il y a des problèmes aux conséquences économiques et sociales graves, nous sommes obligés d’intervenir. C’est ce que nous faisons toujours.
GCI: Mais la presse n’est pas au courant….
MK: Oui la loi est claire là-dessus. Nous ne conseillons pas le grand public. Nous conseillons le chef de l’Etat et l’Assemblée nationale. La loi dispose que les débats du CES se passent à huis clos. Pour permettre aux conseillers de s’exprimer librement sur les questions à eux soumises.
Nos rapports sont destinés à qui de droit. C’est aux décideurs d’en tenir compte. Mais nous tirons toujours les conclusions avec les journalistes.
Vous le savez, vous êtes des témoins à la fois gênants et promoteurs.
Propos recueillis exclusivement pour GuineeConakry.info, Kerfalla Kourouma




















