MANIFESTATIONS A CONAKRY: Jusques à quand?

Conakry est en passe de se définir par les manifestations quotidiennes auxquelles on s’y livre sans préavis. Il y a environ un mois qu’il ne se passe pas une seule semaine sans que les populations ne soient perturbées, dans leur planification par une sortie subite sur un des principaux axes routiers de la capitale. Ce fut tout d’abord les habitants de Tombolia qui protestaient contre la pénurie du courant électrique. Ensuite, les élèves de Donka contre des médecins qui n’auraient pas soigné leur camarade. Puis, les femmes de Hamdallaye-Bambéto réclamant de l’eau à leurs-fontaines ; les personnes handicapées visuelles demandant au premier ministre de se pencher un peu plus sur le ”Centre Sogué”. Enfin, depuis ce matin, les élèves de Coléah, Donka, Yimbaya, et autres contre le remplacement des responsables de leurs établissements. C’est à se demander si trop de liberté ne tuera pas la liberté en Guinée!   Naturellement, cette réflexion n’a pas pour objet de remettre en cause l’inestimable acquis démocratique que constitue le droit de manifester. Liberté et possibilité doivent toujours être laissées aux citoyens de donner leurs points de vue sur la façon dont ils sont gouvernés. Et s’ils estiment que la voie la plus appropriée pour qu’ils se fassent entendre, ce sont les manifestations de rue, c’est bien de leur droit.

Toutefois, le motif de la manifestation doit être pertinent et bien-fondé aux yeux d’une masse critique de personnes. Car si chacun devait se prévaloir de son motif exclusif, la Société cesserait d’exister en tant qu’entité sociale harmonieuse. On tomberait très vite dans une anarchie indescriptible.

Le courant et l’eau sont des denrées vitales. Rien ne justifie qu’ils ne soient pas disponibles pour tous les Guinéens. A propos, les autorités actuelles n’ont aucune excuse. Pas même le passif, supposé lourd du pays. De même, le droit à l’éducation étant universel, le désintérêt à l’égard du Centre Sogué est tout simplement inconcevable. Déjà, le fait que ce Centre soit l’unique structure de formation à l’intention de malvoyants ou des non-voyants est une honte nationale. C’est dire que certains des motifs invoqués sont tout à fait admissibles. D’autant plus que les autorités ont pris la fâcheuse habitude de ne se réveiller qu’après avoir été secouées !

Cependant, devrait-on sortir tous les jours ? Pour réclamer ses droits, aussi légitimes soient-ils, avons-nous le droit d’empêcher les autres d’exercer leur droit de se rendre à leurs services ?

Avons-nous le droit de nous en prendre aux biens des particuliers ou aux édifices publics ?

Par ailleurs, comment espère-t-on voir nos revendications satisfaites, si on bloque littéralement la marche du pays ? En effet, à titre d’exemple, il y a que depuis le début de la semaine, l’administration ne tourne qu’au ralenti. Evidemment, le fait que l’essentiel des fonctions administratives soient concentrées dans la commune de Kaloum y est pour quelque chose. Mais en bloquant subitement les travailleurs qui souhaitaient se rendre à leurs lieux de travail, les manifestations de ces derniers y ont également contribué. Or, dans un pays normal, des journées chômées représentent un manque à gagner qui n’est pas pour arranger les problèmes invoqués par les protestataires.

Dans les manifestations de ces derniers jours, il y aussi que certaines raisons brandies sont hautement contestables. C’est le cas en particulier des manifestations des lycéens de ce mercredi, mais aussi celles des élèves du lycée Donka. Dans le premier cas, les élèves disent avoir manifesté parce que les autorités ont décidé de remplacer les responsables de leurs établissements.

La question est bien celle de savoir, si des élèves ont le droit de contester la décision des autorités concernant la gestion du personnel administratif ou professoral? Ne devraient-ils pas surtout et d’abord se préoccuper de la qualité des cours qui leur sont dispensés ?

On se serait attendu à ce qu’ils se braquent pour les conditions leur permettant de décrocher leurs examens en fin d’année. Mais au lieu de cela, les voilà qui vont jusqu’à refuser au ministre de l’enseignement pré-universitaire, le droit de procéder aux nominations des cadres relevant de son secteur !

Qu’un ministre soit obligé de tenir compte des désidérata des élèves pour nommer un proviseur ou un censeur ! Décidément, on aura  tout vu en Guinée. Ce type d’incohérences peut être également mis en évidence dans le cadre de la manifestation des élèves de lycée Donka. Certes, dans ce cas-ci, il s’agissait d’un mort. Le problème, c’était qu’à priori, toutes les priorités n’ont jamais été réunies autour de la responsabilité des médecins de l’hôpital national Donka. Les élèves ont agi partant du lien qu’ils ont établi à leur niveau, à eux seuls. Et sur cette base uniquement, ils ont envahi la route et bloqué la circulation. Pourtant, ils avaient paradoxalement réussi à effrayer le ministre au point de l’obliger à relâcher ceux d’entre eux qui avaient été interpellés.      

Pivi Bilivogui pour GuineeConakry.info

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