MOTS CHOISIS DE MANFILA KANTE - PARIS-
Conakry, 25 janvier 2002- La conférence presse du guitariste-chanteur Manfila Kanté s'est déroulée hier au Centre Culturel Franco-Guinéen. Elle a drainé du beau monde: une centaine de journalistes et admirateurs, le réalisateur Cheick Doukouré, le célébrissime arrangeur malien Boncana Maiga, le directeur de la Radio nationale Issa Condé, le directeur de l'Agence Guinéenne des spectacles Isto Keira et ...bien d'autres encore.
Les vedettes de la place s'étaient aussi mobilisées pour rendre hommage à celui qu'elles appellent le doyen. Citons entre autres: Kerfallah Kanté, Mory Djely Deen, Zénab Kouyaté, Yaya Bangoura, Alhassane Barry, Oumou Dioubaté, Koulako Sagno, Petit Condé. L'on regrettera l'absence des doyens de la musique guinéenne, surtout ceux des orchestres nationaux, pourtant résidant à deux pas, dans la cité de la paillote, mais c'est peut-être une autre histoire.
Le journaliste culturel Jean-Baptiste Williams, en maître de cérémonie courtois et inspiré, a planté le décor musical de Manfila Kanté, avec une biographie concise mais dense. C'est après que la star du jour prendra la parole pour présenter son album et sa personne. Les journalistes, comme ils l'avaient promis vont ''cuisiner'' le doyen'. Voici donc, en exclusivité, quelques passages choisis.
''Moi, je suis né en 1946 dans une famille pauvre, et je n'ai pas honte de vous le dire. Mes parents se sont battus pour me donner une bonne éducation et je les en remercie.''
''Je suis polygame, je sais que ce n'est pas un bon exemple, mais il faut dire la vérité aux journalistes. Jj'ai deux femmes et beaucoup d'enfants. Je ne vous dirai pas le nombre, car je ne veux pas faire comme un de mes amis, qui racontait qu'il avait 6 enfants et demi... (Rires dans la salle). Mais attention pour moi, le divorce est la pire des choses, car ce sont les enfants innocents qui en souffrent toujours.''.
''Mon conseil aux producteurs guinéens c'est d'espacer les sorties des albums pour permettre au public de mieux apprécier leurs produits et aux cassettes de mieux se vendre.''
''J'ai deux complices dans ma vie, ce sont Salif Keita et Amadou Sodia. Et c'est Salif Keita, le malien qui m'a fait découvrir le talent de mon compatriote Ahmadou Sodia.''
''Vous, les journalistes guinéens, je dis que vous êtes civilisés, nous à Paris, on nous parle de quotas. Ici, vous êtes plus ouverts à la culture des autres et cela n'empèche pas, comme on le voit les guinéens d'aimer leur musique.''
''Avant, quand j'étais inconscient, je composais 5 titres par jour, depuis que j'ai compris, je n'arrive pas à composer un titre par mois.''
''Pour moi, les pirates sont des vampires parce qu'ils sucent notre sang.''
''Chaque disque est comme un accouchement, une délivrance et j'ai mon planning musical, comme d'autres ont leur planning familial. Voilà pourquoi maintenant, je mets du temps entre mes albums.''
''Un disque d'or pour Farabana?, je n'y pense pas. Je sais que mon frère Mory Kanté a repris 3 ou 4 fois Yèkèkè, avant de pouvoir réussir la consécration internationale et obtenir des disques d'or.''
'' Je suis contre les jeunes qui font du Dombolo ou du Mbalakh dans notre musique.''
''Je suis un voleur comme tous les compositeurs. On prend toujours quelque chose de quelqu'un quelque part.''
''Rénovateur ou innovateur, non, je ne sais pas ce que je suis. A vous de voir.''
Les débats se sont poursuivis avec le souci de savoir comment enrichir la tradition sans la trahir, comment pouvoir garder à la fois la beauté des mélodies et la profondeur des paroles. Presque deux heures de conversations agréables, vraies et directes. Pour terminer, Alhassane Barry, Yaya El Bango et Koulako Sagno ont offert des play-backs de leurs meilleurs titres.
Justin Morel Junior
C'est dans son salon bien meublé, au quartier Lambangn, que Manfila Kanté nous a accueillis. Très à l'aise, l'homme qui n'a besoin que de la considération, nous a parlé de son parcours d'artiste, qui a commencé dans les années 1960 à Kankan. C'est après qu'il entama une carrière solo, pour devenir, par la suite compositeur, arrangeur et producteur. Il a travaillé avec certaines grandes voix mandingues telles: Salif Keïta, Sékouba Kandia Kouyaté et Djégnalé Kouyaté (son épouse). Suivez le parcours de cet homme simple, mais bourré de talents.
ll est certainement l'une des figures marquantes de la musique Guinéenne, aujourd'hui présentes dans la cour des grands. Ce guitariste, chanteur et compositeur est né en 1946 à Kankan. D'un père cultivateur et d'une mère ménagère.
Manfila Kanté, dit Manfila de Paris pour les intimes, a commencé une carrière artistique dès son bas âge. Le jeune Manfila rêvait d'être un grand artiste, et son cousin Sandaly Kanté lui apporta son aide en 1960. Sandaly était à l'époque membre de l'orchestre Horoya Band. Après la nationalisation de cet orchestre, qui a quitté Kankan pour la capitale Conakry, Sandaly préféra rester à Kankan auprès de ses parents. Il créa l'orchestre de 22 Band de sa ville natale. Dès lors, Manfila commence à jouer à la guitare avec l'aide de son cousin. En 1967, il quitta Kankan pour Abidjan, où il confirmera sa conviction de musicien.
En 1970, il partit pour le Mali et intègra l'orchestre du Motel de Bamako "Les Ambassadeurs". L'orchestre était en crise de guitaristes et de chanteurs. Après un essai concluant, Manfila fut embauché. Il fera 9 ans de service au sein de cet orchestre faisant la connaissance de Salif Keita, qui évoluait dans l'orchestre du Rail Band. Manfila avait pour mission de faire connaître sa musique dans le monde entier, en véhiculant des messages de fraternité et de sensibilisation.
"Je suis griot, je ne me considère pas griot, car je ne chante pas les louanges des gens, plutôt je chante les réalités de la société. Je continuerai de chanter, tant que je vis, je ne suis pas prêt à m'arrêter maintenant", a-t-il confié.
En 1978, il voyage avec son groupe pour paris, une tournée qui dura deux mois et 28 jours. Voulant pousser ses ambitions, Manfila quitta finalement le Mali pour paris, pour essayer une nouvelle aventure dans la musique. Un an après, il fait ses disques ''Musical Manding '' et ''Maimouna Diaby'', la même année. ''Maimouna Diaby'' fut son premier disque le plus vendu à Tokyo.
En 1990, il a sorti, un second album ''Dounia''. L'un de ses titres ''N'téssé'' qui lui permettra d'occuper la première place durant six mois sur Africa Numéro 1. En fin d'année 90, il fait son album ''Kankan bleues 1'' produit en Guinée et arrangé par un Allemand Koumtère Graisse.
L'un des titres de cet album, joué en guitare, lui permit d'obtenir une somme de 28 mille livres, titre que la maison Windai choisit comme morceau de publicité aux Etats-Unis et en Asie. Manfila a vendu plus d'une dizaine de disques et continue de produire des artistes.
En 2005, il a reçu la médaille du chevalier de l'ordre national du Mali, décoration qui lui a été décernée par le président Amadou Toumani Touré en guise de reconnaissance pour ce qu'il a fait pour le Mali dans les années 70. C'est au cours de la cérémonie de retour de Salif Keïta au Mali, en 2005, que Manfila eut sa décoration.
Actuellement, Manfila est en studio, pour un autre album qui sera intitulé ''Agnouma -Thaa'', qui veut dire prendre la meilleure (femme). Il sortira dans trois semaines. Manfila Kanté avec ses 64 ans, 7 enfants, deux femmes, continue de s'illustrer dans les grands podiums musicaux du pays et d'ailleurs.
Kassim TRAORE
Depuis Conakry