
Les officiels camerounais sont discrets dessus et les informations ne circulent que par bribes et, le plus souvent, sous couvert d’anonymat. Mais les sources sont formelles. Le Cameroun a commencé à renforcer son dispositif militaire à la frontière avec le Nigéria. Le déploiement des troupes supplémentaires au nombre 3000 hommes a effectivement débuté hier. Militaires, gendarmes et armements lourds seront progressivement acheminés. Selon les sources camerounaises qui se sont confiées à la presse, l’objectif est de faire face à une éventuelle fuite des combattants de Boko Haram sur le sol camerounais. Mais étant donné que des services de renseignements occidentaux font déjà état de la présence des jihadistes dans le septentrion camerounais, on doute bien que l’objectif pourrait, au contraire, être de les y déloger.
Au-delà de la satisfaction et du soulagement que ce réveil tardif du Cameroun pourrait susciter notamment à Abuja, on en retient l’influence que la France continue à avoir sur certains dirigeants du continent. En effet, on imagine que ce n’est pas de gaieté de cœur que le vieux Biya accepte d’envoyer ses hommes au front, alors que jusqu’ici, il s’était cantonné dans une posture plutôt passive face au péril qui guette son puissant voisin. Le sommet de Paris y est certainement pour quelque chose. François Hollande a dû pousser quelques pions. Il est juste à espérer que la contrepartie ne soit pas que Paris ferme les yeux sur certaines violations des droits humains ou de principes démocratiques de la part de Paul Biya.
Par ailleurs, on peut bien s’interroger sur l’opportunité de la décision du Cameroun. D’autant plus qu’elle intervient alors qu’on évoque une initiative de négociation avec Boko Haram que piloterait l’ancien président, Olesegun Obasanjo. Bien entendu, les autorités nigérianes ne sont pas formellement évoquées comme parties prenantes d’une telle approche. Elles s’opposent particulièrement à l’éventualité d’un échange de prisonniers. Même si Obasanjo est plus hostile à l’ingérence des puissances étrangères dans les affaires intérieures du pays, il est à se demander cependant si l’ancien chef de l’Etat prendrait le risque d’agir de son propre chef, dans un dossier aussi délicat et aux ramifications insoupçonnées.
Tout porte à croire alors qu’il bénéficie de la compréhension, ne serait-ce que tacite, du pouvoir nigérian. Ce qui laisse croire que Yaoundé et Abuja ne synchronisent pas tout à fait leurs approches. A moins que ce déploiement ne soit fait pour endiguer toute éventualité de « visites indésirables » des djihadistes aux frontières camerounaises.
Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info




















