
Si le phénomène de la piraterie des œuvres artistiques et culturelles est d’une préoccupation mondiale, en Guinée, ses acteurs font montre d’un culot qui frise l’insolence vis-à-vis des créateurs et des autorités.
En effet, ils ne se contentent pas de vendre les œuvres piratées à la sauvette, comme les miches de pain. Depuis un certain temps, c’est une véritable ”industrie” qui est installée à l’intérieur du marché Madina, plus précisément à ENIPRA. Les CD dernièrement disponibles sur le marché guinéen, y sont dupliqués à souhait. Les emballages y seraient même conçus. En sorte qu’on se croirait en face d’un concentré de maisons de production. Sauf que celles-ci sont à la fois parallèles et illégales.
Il leur suffit juste de disposer d’un seul exemplaire du CD de tel ou de tel autre chanteur ou cinéaste. La magie de la piraterie opérant, ils en font des milliers par la suite qu’ils écoulent sur le marché national, mais aussi à destination de certains pays voisins. Il en résulte que l’œuvre est consommée par un large public, mais que l’artiste (musicien, comédien ou cinéaste) et son producteur n’en tirent aucun profit.
L’autre procédé qu’utilisent les pirates d’ENIPRA, c’est la conception des CD de sélections musicales. En gros, cela revient à aligner les titres éponymes d’une série d’albums sur un même CD qu’on reproduit bien entendu à souhait, par la suite. Cette pratique enlève aux mélomanes la nécessité d’acheter un album entier d’un artiste donné. Convaincus qu’ils peuvent disposer des titres les plus écoutés du moment sur un seul CD, qu’ils peuvent se procurer au prix d’un seul album !
Le même procédé est utilisé pour les cartes mémoires (SD card et clés USB) dont on se sert dans les téléphones ou PC. C’est dire que les artistes guinéens ont d’énormes challenges à relever, s’ils veulent vivre des œuvres qu’ils produisent.
Et c’est pourquoi, après avoir opté pour une démarche fataliste, ils semblent s’être réveillés contre cette pratique plutôt généralisée. Tout est parti de l’Union nationale des artistes et musiciens de Guinée (UNAMGUI) qui, à l’issue d’une série de réunions, a décidé de s’adresser aussi bien au haut commandement de la gendarmerie nationale qu’au ministère de la culture et du patrimoine historique.
Le général Ibrahima Baldé est réceptif aux doléances. Du côté du département de la culture, c’est tout d’abord le Bureau guinéen des droits d’auteur (BGDA), à travers sa direction générale qui porte plainte contre X. Ahmed Tidiani Cissé, entouré de ses principaux collaborateurs, aussi anime un point de presse sur le sujet à la Maison des journalistes de Coléah. Et la dynamique collaborative se poursuivant, la gendarmerie a fait une descente inopinée et musclée à ENIPRA, le mardi 1er avril 2014. Pris en flagrant délit, de nombreux pirates sont interpellés et détenus à la Brigade de la gendarmerie de Matam. D’importants matériels d’enregistrements sont également saisis.
Interrogé, le directeur général du BGDA, M. Pépé Maxime Koïvogui se félicite et se dit serein. D’autant plus serein qu’à l’en croire, « cette action de la gendarmerie nationale signifie que la volonté politique du gouvernement ne manque pas quant à la lutte contre le phénomène de la piraterie en Guinée ».
Par ailleurs, selon lui, l’attitude du haut commandement de la gendarmerie et du ministre de la culture et du patrimoine historique est révélatrice de leur volonté de traduire en acte concret, cette maxime de l’ancien directeur général de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), Arpad Bosch, selon laquelle : « De l’esprit humain, naissent les œuvres d’art et d’invention. L’Etat a le devoir de protéger les arts et les inventions. Ce qui procure aux hommes la dignité de leur vie ».
Pour sa part, M. Koïvogui s’engage à accompagner et faciliter toutes les démarches visant à permettre aux artistes guinéens de vivre du fruit de leur travail, lui qui est un professionnel aguerri dont le souci constant est de voir les artistes et autres producteurs des œuvres de l’esprit vivre effectivement de leur art.
En somme, l’UNAMGUI, le BGDA et la Gendarmerie nationale continueront à se donner la main pour agir de manière concertée et concrète sur le terrain.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















