LIBYE: L’insécurité a eu raison d'Ali Zeidan

Après quinze mois, le premier ministre libyen et l’ensemble de son cabinet ont été mis à la touche hier par le Congrès général national (parlement provisoire, NDLR). Cette décision ultime de la part des parlementaires libyens, constitue une sorte de bilan des autorités qui ont la lourde responsabilité de succéder à Mouammar Kadhafi. Depuis des mois, les adversaires du premier ministre cherchaient à l’évincer. Mais ils ne sont arrivés à leurs fins que lorsque certains partisans d’Ali Zeidan, eux-mêmes, se sont convaincus de l’incapacité des autorités gouvernementales à faire face au climat sécuritaire en particulier qui ne cesse de se dégrader.

Ce sont 120 voix qui étaient requises pour contraindre le cabinet du premier ministre au départ. Ce sont finalement 124 des 194 membres du CGN qui ont retiré leur confiance à Ali Zeidan. Ce qui suppose que quelques éléments de son propre camp ont fini par le lâcher. C’est dire que le bilan du désormais ex-chef de gouvernement était si sombre qu’il a conduit certains parlementaires libyens, à se départir des classiques choix partisans. Face aux menaces de balkanisation du pays et du vide sécuritaire, le Congrès général national s’est majoritairement prononcé en faveur des « intérêts supérieurs de la Libye ».

La faute à l'anarchie et au chaos

Cependant, c’est faire un mauvais procès à Ali Zeidan seul, la responsabilité de  l’anarchie et du chaos qui prévalent actuellement en Libye n’y sont pas pour rien non plus ! Certes, de par sa position, un chef de gouvernement est en première ligne. La vision et le leadership d’un premier ministre doivent également servir à juguler certains fléaux auxquels le pays fait face. Toutefois, les défis de la Libye post-Kadhafi dépassent les possibilités d’un gouvernement, quelles que soient par ailleurs les qualités de ce dernier.

Les problèmes de la Libye d’aujourd’hui, sont avant tout de la responsabilité de la société libyenne dans son ensemble. Ils sont également une conséquence des agissements plutôt hasardeux de la communauté internationale. C’est en effet une partie des Libyens qui, cédant aux sirènes du printemps arabe, avait délibérément consenti d’accueillir la guerre qui a déstructuré le pays.

Surestimant les bienfaits du supposé vent de la liberté, cette catégorie de Libyens dont certains devaient être davantage mus par des fins égoïstes, avait ainsi laissé entrer le ver dans le fruit. L’enthousiasme et l’euphorie de circonstance les avaient aveuglés au point de les empêcher d’envisager une transition moins brutale.

Après Kadhafi, la cata 

De son côté, la communauté internationale, plus soucieuse d’éliminer l’obstacle qu’était Mouammar Kadhafi que d’améliorer le sort des Libyens, s’est essentiellement focalisée sur la finalité : la liquidation physique du guide. Peu importe les moyens ou encore les conséquences ! C’est ainsi que pour les besoins de la cause, tous ceux qui souhaitaient être armés l’ont été, y compris les moins fréquentables.  

Et aujourd’hui, ce sont certains de ces ex-révolutionnaires qui, se sentant des forces supérieures à l’Etat libyen, lui font des pieds-de-nez. Par ailleurs, la coalition internationale dont l’objectif principal, sinon exclusif, était la chute de Kadhafi, a plié bagage aussitôt cette mission accomplie. Laissant aux Libyens le soin de gérer les conséquences comme ils peuvent.

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info    

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