
Outre l’Egypte, la Libye est certainement l’autre incarnation de l’échec patent du « printemps arabe ». Pour justifier leur soulèvement contre le régime de Mouammar Kadhafi, les rebelles venus de l’est du pays, opportunément soutenus par une coalition internationale qui voulait se débarrasser d’un dirigeant gênant, avaient mis en avant la fermeture du pays. Ils souhaitaient qu’au lendemain du départ du guide libyen, le pays s’ouvre à de nouveaux courants politiques et idéologiques et que de nouvelles formations politiques puissent émerger. Ils pensaient que Kadhafi écarté, le parole se libérant, les débats civilisés et structurés allaient fleurir. Ils voulaient que leur combat débouche sur un pays qui commencerait à expérimenter la pratique de l’alternance politique au sommet de l’Etat. Ce qui, de leur point de vue, supposait des élections libres et transparentes.
Sauf que plus de deux ans après, ce n’est pas exactement ce qu’ils ont obtenu. Abandonnés par leurs soutiens dont la chute de Kadhafi était l’objectif exclusif, ils se réveillent plutôt brutalement. Ils n’ont ni élections libres, ni débats structurés, encore moins l’alternance politique souhaitée. En lieu et place, ils vivent aujourd’hui dans un pays en lambeaux. Ecartelé qu’il est, entre des factions tribales dont les ramifications et les subdivisions sont insondables. En sorte que de l’Etat libyen d’hier, il ne reste plus rien.
La Libye d’aujourd’hui n’est pas qu’un amas de petits territoires tribaux gérés par des leaders criminels et islamistes. On n’ose même pas parler de fédération parce que la situation actuelle n’est pas de la volonté d’un Etat central qui n’existe même plus. Elle est au contraire le fruit d’un pourrissement progressif et d’une lente agonie de l’Etat. Ne disposant pas des forces de l’ordre pouvant faire face à la multitude de groupuscules rebelles, ce dernier ne fait que constater les dégâts.
Surtout qu’au sommet, la classe politique se dévoie par des égos et des rivalités qu’elle est manifestement incapable de refréner. Les premiers ministres se suivent à se ressemblent. Aucun n’offre une véritable alternative. Mais le rubicond est franchi avec ce que le pays vit depuis quelques jours. Libéraux et islamistes voulant tous demeurer en place dans l’optique des échéances électorales du 25 juin prochain, on aboutit à la bataille entre Abdallah el-Theni et Ahmed Mittig.
Invité à céder la place au second, le premier ne veut pas partir. Et comme dit la fable, « c’est le moment que choisit un troisième larron » pour intervenir dans le débat. Surfant sur la vague du vide sécuritaire, le général dissident Khalifa Haftar entend se distinguer en traquant les groupes islamistes qui, à Benghazi, tiennent tête à l’administration centrale et même à la communauté internationale. Et sa stratégie est tout de suite payante dans la mesure où il est rejoint par des hauts gradés de l’armée et sa campagne, comprise et soutenue par une bonne partie de l’opinion publique. Il affirme à qui veut l’entendre que son action se limitera à débarrasser la région orientale de la vermine islamiste. Mais à Tripoli, des vétérans politiques sachant que l’appétit vient en mangeant, ne cachent pas leur crainte. Histoire à suivre.
Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info




















