La Guinée redouterait-elle l'intégration?

Lorsque l'on dresse les bilans même partiels de la période coloniale et celle de l'indépendance, la Guinée apparaît de nos jours comme un pays qui n'a jamais pu ou voulu abriter le siège d'une organisation continentale ou sous régionale. Elle est sous représentée en personnel dans les organismes multinationaux dont elle est membre et pour le fonctionnement desquels, elle acquitte ses droits.

Ses gouvernants installent à corps perdu des sociétés, avec peu de d'égard pour ses citoyens spécialistes dans les secteurs, tout en aliénant les patrimoines communs, aux seuls profits des capitaux étrangers, qui abandonnent des miettes aux prébendiers guinéens, au nombre desquels ils figurent en position de proue.

Ses responsables du domaine feintent toute initiative touristique réelle durable, au mépris des retombées importantes que générait cette industrie dans un pays scandaleusement doté en sites par la nature et par l'histoire. Toutes choses qui limitent son prestige, réduisent ses entrées financières et contribuer à accentuer l'ignorance de l'existence par une large majorité de ce monde en profonde mutation. Univers qui se transforme de jour à jour dans nos consciences en un village planétaire, occupé par les nations, proportionnellement à leurs dynamismes, grâce à la nouvelle technologie de l'information (NTI). Le territoire n'avait certainement pas d'emprise sur les décisions de création et d'implantation des établissements d'enseignements secondaire et supérieur fédéraux ; tels:

Au Sénégal : l'Ecole Normale William Ponty, créée en 1903 à Saint-Louis, transférée à Gorée en 1913 et installée à Sébikotane en 1938 ; l'Ecole Normale des Filles de Rufisque, créée en 1939 qui formait des institutrices et des sages-femmes, et qui à partir de 1947 préparait celles-ci au concours d'entrée à l'Ecole de Médecine, pour se consacrer à la formation exclusive des enseignantes ; l'Ecole Africaine de Médecine et de Pharmacie, créée à Dakar en 1918, devenue inter fédérale par décret du 11 Août 1944, pour absorber en 1945 celle d'Ayos (Cameroun) ; le Centre des Hautes Etudes (1949), devenu Université de Dakar.

Au Soudan (actuel Mali): l'Ecole Normale de garçons de Katibougou, fondée en 1934 ; l'Ecole Africaine de Médecine vétérinaire qui formait en 4 ans des vétérinaires venant de toute l'Afrique noire française, elle date du 25 mars 1925 pour la formation de vétérinaires auxiliaires, puis à partir du 18 juillet 1946 de vétérinaires africains ; l'Ecole Technique Supérieure de l'AOF de Bamako, créée en 1939, elle commença à fonctionner en 1940 et formait des cadres secondaires des Travaux Publics, géomètres,géologues prospecteurs, topographes, dessinateurs,… En 1950, elle devint Ecole des Travaux Publics (ETP) de l'AOF

En Côte d'Ivoire : l'Ecole Normale de garçons de Dabou, fondée en 1938.

Un tel déséquilibre en investissements au détriment de la Guinée ne se justifiait ni par le niveau de sa contribution au budget fédéral (2ème après la Côte d'Ivoire) ; ni par sa position géographique (côtière et limitrophe du Sénégal abritant la capitale de l'AOF-Dakar) ; ou encore moins par la qualité de sa population (parmi les meilleurs réussites dans les Ecoles fédérales). Seul territoire des ex colonies françaises d'Afrique noire à opter pour l'indépendance immédiate lors du référendum constitutionnel du 28 septembre 1958, les résultats comparatifs des suffrages des huit pays de l'AOF (Côte d'Ivoire, Dahomey (actuel Bénin) ; Guinée, Haute Volta (actuel Burkina), Mauritanie ; Niger ; Sénégal ; Soudan (actuel Mali), suscitent plusieurs questionnements ; Inscrits = 10681244, Votants = 7344911, Suffrages exprimés = 7301942 ; OUI = 5977182 ; NON = 1324760 ; dont Guinée = 1136324 (85,78%) de NON, tandis que les sept pays restants totalisaient 188436 (14,22%) NON. Dans aucun de ces territoires exceptés le Niger = 21,57% et la Mauritanie = 5,96%, le NON n'avait atteint 3%, pendant que la Guinée culminait à 95,22% de NON. Des interrogations s'imposent avec plus d'acuité quand on sait que le Niger, du fait de son grand éloignement de Dakar ; et la Mauritanie, qui n'avait même pas sa capitale sur son territoire, mais à Saint Louis (Sénégal), trouvaient peu d'intérêt dans la communauté franco-africaine, éphémère du reste, proposée en remplacement de l'AOF.

Comme premières sanctions manifestes contre la Guinée, les multiples messages (six) adressées au général de Gaule à partir du 2 octobre 1958 pour la reconnaissance de jure de la jeune république et pour la négociation des accords de coopération, n'eurent pour réponse que ce qui transpire de sa conférence de presse du 23 octobre 1958: « Nous observons ce que la Guinée va être et faire sous son actuel gouvernement, au point de vue de ses tendances et fréquentations extérieures, et au point de vue de sa capacité d'Etat, s'il arrive qu'un Etat s'y constitue réellement ». Menacée de déstabilisation et frappée d'ostracisme irrémissible par l'ancienne puissance colonisatrice, qui l'a jusqu'en ce moment représentée à l'extérieur ; dont elle a contribué à libérer le territoire et parfois à asseoir la politique de domination, qui a toujours exploité ses richesses, et avec laquelle elle a été tenue par le monopole des échanges commerciaux, la jeune république n'avait d'autre alternative que les pays du bloc de l'Est ; et dans une moindre mesure les Etats-Unis d'Amérique. Les conséquences de ce changement brutal et forcé de partenaires, à tous égards différents, seront jaugées valablement par les responsables guinéens, vingt et un ans après, à l'occasion de la visite officielle effectuée en Côte d'Ivoire en février 1979, consécutivement au sommet de réconciliation avec les présidents du Sénégal et de Côte d'Ivoire, tenu à Monrovia (Libéria) en 1977, sous l'égide du Président Tolbert. Auparavant, le 14 juillet 1975 était survenue la normalisation des relations franco-guinéennes, rompues le 18 novembre 1965. C'est dans cette logique que s'inscrivent: le rapprochement avec la France, couronnée par la visite effectuée en Guinée par le Président Valéry Giscard d'Estaing en 1978, suivie de celle du Président Ahmed Sékou Touré à Paris du 16 au 20 septembre 1982, puis par sa première participation à la 10ème Conférence Franco-africaine du 25 octobre 1983 à Vittel (France).

Les nombreux hommes politiques, religieux et diplomatiques connus ou inconnus qui ont contribué à cette normalisation avaient sûrement tous pour credo les sagesses qui suivent, attribuées à sir Winston Churchill: « Dans la politique aussi bien que dans la stratégie, mieux vaut persuader les plus forts que marcher à leur encontre » ; de même que: « Les grandes affaires humines ne se règlent point uniquement par la logique. Il faut l'atmosphère qui seule peut créer l'adhésion du sentiment. »

N'en déplaise aux orthodoxes ou aux nostalgiques d'une Guinée révolutionnaire, l'autarcie caractéristique des premières années d'indépendance s'était largement estompée dans les années quatre vingt Monsieur Rockefeller, président de la Chose Manhattan Bank, l'un des plus illustres symboles du grand capitalisme mondial, ne rendait-il pas une visite à son ami le président Ahmed Eékou Touré le 17 février 1982? C'est la conjugaison d'efforts de plusieurs notoriétés, en symbiose avec la volonté de nos leaders, qui a favorisé l'admission sincère de notre nation dans le concert mondial, et autorité notre candidature pour la tenue du sommet de la CEDEAO en 1983 et à celle non réalisée de l'OUA en 1984, pour la première fois à Conakry.

Bilan peu reluisant pour un Etat fondateur de l'organisation panafricaine (OUA) le 25 mai 1963 à Addis-Abeba, qu'il a dotée de son premier brillant Secrétaire Général Telly Diallo. Et si la République de Guinée ne pouvait disputer, pour des raisons historiques, à l'Ethiopie le siège de l'OUA, au grand Nigeria celui de la CEDEAO, ou même à la Sierra Leone celui de l'Union du Fleuve Mano, pour y avoir adhérer la dernière, qu'en était il de l'OERS, de l'OMVG, de l'Autorité du Bassin du Niger, trois organisations sous-régionales basées sur des cours d'eau prenant tous leurs sources dans me pays? Ou plus récemment la FIR Roberts (1975), organe de contrôle et de gestion de l'espace aérien des trois Etats membres de l'Union du Fleuve Mano, dont le siège ne se trouve provisoirement à Conakry, qu'à cause des conflits armés survenus au Libéria, puis en Sierra Léone, et Air Mano, dont le projet a été d'abord freiné par les atermoiements des autorités guinéennes, puis arrêté à cause de la guerre civile déclenchée en fin 1989 au Libéria, dont la capitale Monrovia abritait son siège par la volonté de responsables guinéens. Voici pourtant un domaine où notre compétence et nos moyens matériels s'imposaient en toute évidence à l'époque aux autres Etats membres, à l'exception toutefois de la mentalité. C'est presque une lapalissade de déclarer que le voyage par air est devenu de nos jours une des plus rudes épreuves en énergie, en temps et en argent pour un citoyen guinéen, en l'absence de tout transporteur aérien national. Les conditions actuelles du marché ne permettent à aucune compagnie aérienne locale de bâtir un réseau rentable. Le salut réside donc dans la résurrection d'Air Mano, qui a l'avantage de regrouper les singuliers et intéressants trafics naturels passagers et marchandises de trois Etats voisins. Des spécialistes guinées et certainement des autres pays sont disposés, comme à l'accoutumée de contribuer à sa réalisation, pour le grand soulagement du public voyageur. Puisse le juste ciel dignement inspirer notre gouvernement, pour qu'il s'approprie de cette initiative et favorise la première installation du siège d'une organisation sous - régionale dans notre capitale - Conakry.

 

Cheick Tham Camara

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