

Alors que les chercheurs pensaient jusqu'ici que nos ancêtres européens avaient acquis une peau claire dès le paléolithique supérieur, du fait d'un moindre rayonnement UV, il s'avère qu'il n'en est rien. L'étude génétique a révélé que La Braña 1 avait encore la peau et les cheveux sombres de ses ancêtres africains, même si la science est incapable de déterminer exactement leur niveau de pigmentation. L'évolution vers un teint plus pâle pourrait finalement être intervenue beaucoup plus tard, au néolithique, à la faveur d'une modification du régime alimentaire comportant un apport moindre en vitamine D. C'est du moins l'hypothèse que les scientifiques formulent à ce stade.
En revanche, La Braña 1 était déjà porteur de la mutation génétique qui confère des yeux bleus aux humains modernes. Selon les chercheurs, cette rare combinaison génétique est, aujourd'hui, absente des populations européennes. D'ailleurs, en comparant le génome de La Braña 1 avec celui des Européens d'aujourd'hui, les scientifiques ont estimé que ceux-ci étaient génétiquement éloignés. Toutefois, ils ont relevé certaines similitudes avec les populations scandinaves du nord de l'Europe, tel que Suédois et Finlandais. Par ailleurs, des comparaisons avec d'autres fossiles, notamment ceux découverts récemment sur le site de Mal'ta, près du lac Baikal, en Sibérie, montrent qu'il y a une continuité génétique - et donc un ancêtre commun - entre les populations de l'Eurasie occidentale et centrale, depuis le paléolithique supérieur jusqu'au mésolithique.
Résistance aux infections
Mais l'autre grande surprise contenue dans le génome de l'individu La Braña 1 réside dans ses défenses immunitaires. En effet, ce chasseur-cueilleur ibérique possédait déjà plusieurs mutations génétiques associées à la résistance aux infections bactériennes chez les humains modernes. Des variations dont on pensait jusqu'ici qu'elles avaient émergé avec l'apparition de l'agriculture et de l'élevage, du fait des contacts rapprochés avec les animaux. Il faudra donc envisager d'autres hypothèses pour expliquer cette évolution. C'est finalement sur le plan digestif que La Braña 1 était le moins bien doté puisqu'il présentait une intolérance au lactose et une faible capacité à digérer l'amidon. Toutefois, avant de pouvoir généraliser cet ensemble de caractéristiques, il faudra séquencer les génomes d'autres chasseurs-cueilleurs européens du mésolithique. Une tâche à laquelle l'équipe de Carles Lalueza-Fox compte bien s'employer en tentant de faire parler l'autre fossile de Valdelugueros, La Braña 2.
Par Chloé Durand-Parenti
Source: Le Point.fr - Publié le 28/01/14 à 06h02




















