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INTERVIEW. Virus Ebola : "Le plus grand défi est l'information". Des symptômes aux défis à affronter, Peter Piot, co-découvreur du virus Ebola, dit tout sur la fièvre hémorragique engendrée.

INTERVIEW. Des symptômes aux défis à affronter, Peter Piot, co-découvreur du virus Ebola, dit tout sur la fièvre hémorragique engendrée.

Au moment de la découverte du virus Ebola e 1976 à Yambuku, un village au nord-ouest de l'actuelle République Démocratique du Congo, alors Zaïre, Peter Piot travaillait à l'Institut de médecine tropicale d'Anvers. Depuis, il a mené de nombreux projets de recherche sur le VIH/Sida en Afrique subsaharienne, avant de devenir directeur exécutif de l'Onusida en 1995. Secrétaire général adjoint des Nations unies jusqu'en 2008, il a axé sa carrière universitaire et scientifique sur le sida et la santé des femmes dans le monde en développement. Aujourd'hui, Peter Piot est directeur de l'Ecole d'hygiène et médecine tropicale de Londres (LSHTM).

Le Point Afrique : L'OMS parle de la plus importante épidémie d'Ebola, avec 518 morts, sur 844 personnes infectées, et un taux de mortalité de 61,5 %. Lorsque vous avez découvert ce virus, il tuait 90 % des malades. Pourquoi cet épisode est-il considéré comme plus grave ?

Peter Piot : Parce que c'est le bilan le plus élevé jamais connu. C'est la première fois que trois pays sont touchés (la Guinée, le Liberia, la Sierre Leone) et la première fois que l'Afrique de l'Ouest est affectée. Jusqu'ici, seule l'Afrique centrale était concernée, ainsi que l'Ouganda, en Afrique de l'est. Surtout, c'est la première fois que des capitales, Conakry et Monrovia, sont atteintes. Cela n'avait pas été le cas lors des 21 précédentes épidémies. Il n'y avait eu qu'un seul cas à Kinshasa, celui d'une infirmière. Enfin, c'est la plus longue épidémie. En général, on ferme l'hôpital et en deux mois, c'est fini. Or en Guinée, elle a commencé en janvier.

La présence du virus en Afrique de l'ouest, signifie-t-elle que c'est une autre souche ? Qu'il a muté ?

Il y a quatre types de virus, qui tuent dans 30 % à 95 % des cas. Celui de l'actuelle épidémie est le même que celui auquel j'ai été confronté au Zaïre. Sa présence en Afrique de l'ouest est plutôt à mettre sur le compte de la mobilité des populations. Ce sont trois pays fragiles, où la gouvernance est loin d'être optimale. Le Liberia et la Sierra Leone sortent de plusieurs décennies de guerre civile, ils sont en reconstruction. Les frontières sont poreuses, les groupes ethniques sont communs, ils font du commerce des deux côtés. Quant au réservoir du virus, même s'il n'est toujours pas connu avec certitude, on pense qu'il s'agit d'une chauve-souris.

Comment expliquer ces maladies, comme le VIH ou la grippe, qui passent de l'animal à l'homme ?

Il ne faut pas oublier que nous aussi, nous sommes des animaux ! En effet, le VIH a été transmis par le chimpanzé, le coronavirus MERS, par des chameaux en Arabie Saoudite et la grippe, par la volaille... A un moment, le virus saute d'un hôte à un autre, on ne sait pas comment, ni pourquoi. Dans le cas d'Ebola, c'est très probablement la chauve-souris, dont des fragments génétiques ont été détectés, mais pas à une très grande échelle. Nous n'en sommes de toute évidence qu'un hôte accidentel, car il n'est pas très intéressant pour un virus de s'installer dans un organisme qui meurt en deux semaines. Contrairement au VIH, pour lequel nous sommes un hôte excellent puisque nous pouvons l'abriter pendant 10 ou 20 ans.

Vous dites que c'est une épidémie de la pauvreté et de la corruption, qu'entendez-vous par là ?

Cette épidémie est un accident, favorisé par l'état lamentable des systèmes de santé de ces pays. Si un cas similaire se produisait à Paris, le malade serait hospitalisé et peut-être quelques membres du personnel soignant seraient-ils affectés, mais pas plus. Car les premières populations touchées sont les soignants, et les familles des malades. Par ailleurs, les hôpitaux manquent de tout, notamment de seringues, qui sont réutilisées. Ce qui explique la méfiance des populations envers les systèmes sanitaires. Regardez le cas de MSF qui a été attaqué en Guinée, alors que les ONG sont les seules structures qui fonctionnent bien. Du coup, les familles cachent leurs malades. C'est compréhensible : quand ils les amènent à l'hôpital, les patients sont mis en quarantaine et en général, ils meurent.La transmission entre individus est difficile : il faut un contact avec le sang ou les fluides corporels, des relations sexuelles, on n'est même pas sûr que la maladie passe de la mère à l'enfant.

Pourtant, les pays affectés n'arrivent pas à endiguer l'épidémie, pourquoi ?

Les coutumes et croyances, malheureusement, l'expliquent, et en particulier les rites funéraires. Souvent, comme dans toutes les cultures, ils consistent à laver le mort, à mains nues. Or il est plein de virus, de sang, de diarrhée. Le plus grand défi est de toute évidence l'information. Il faut convaincre les populations qu'il s'agit d'une épidémie sérieuse, pour qu'ils n'aient pas recours à la sorcellerie. Inspirer la confiance, voilà le plus important. Le reste est simple, c'est de l'organisation et de la gestion : il s'agit d'isoler les patients, d'utiliser des gants et des masques et de se laver les mains souvent, de ne pas réutiliser les seringues et pour les habitants, de prendre des précautions lors des enterrements. Mais il faut que cette information passe par ceux qui ont de l'autorité, que les populations écoutent. Car tout est vite interprété comme une conspiration politique ou religieuse.

Au sommet d'Accra, où onze pays se sont réunis pour débattre des mesures à prendre, l'idée de passer par les chefs locaux a été émise, qu'en pensez-vous ?

Que ce soit eux ou les chefs religieux, oui, c'est une bonne idée. Tout dépend de ceux en qui les gens ont confiance, ce qui est sûr, c'est que ne sont pas les gouvernements.

Vous avez également beaucoup travaillé sur le VIH/Sida, avez-vous constaté la même méfiance, pour ces "nouvelles maladies" ?

Absolument. Au Congo, on disait que c'était une maladie inventée par les Blancs, ils appelaient cela le "Syndrome Inventé pour Décourager les Amoureux". Thabo Mbeki, président de l'Afrique du Sud, a aussi dit que le Sida n'existait pas, que c'était le fruit de l'obsession des Blancs pour la sexualité des Africains... Mais les conséquences d'Ebola sont tellement aigues et dramatiques que ces fables sont plus difficiles à croire.

A Accra, le Pr. Jeremy Farrar, de Wellcome Trust Organization, a proposé de dispenser aux malades des traitements pas encore été testés sur les humains. Etes-vous d'accord ?

A ce stade, il y a tant de cas et le taux de mortalité est si énorme que je pense en effet que le moment est venu d'essayer des médicaments antiviraux, même s'ils n'ont pas été testés sur l'homme.

Certains patients survivent, alors qu'on n'a fait que traiter les symptômes en les réhydratant. Pourquoi, dans ces conditions, ne trouve-t-on pas de traitement ?

En 1976, l'un des infirmiers avec lesquels j'ai travaillé a été infecté et miraculeusement (il avait une chance sur dix), il a survécu. Mais on ne comprend toujours pas pourquoi. Il s'agit en fait d'une maladie de la coagulation, qui provoque un choc et, paradoxalement, des hémorragies. Cela commence par une forte fièvre, une céphalée, la diarrhée, symptômes qui ressemblent à une crise de paludisme. Or, on ne peut pas isoler, en Afrique, toutes les personnes qui ont de la fièvre, étant donné le nombre de cas de paludisme. Même en Europe, ce ne serait pas facile à traiter.

Les aéroports des pays concernés s'organisent pour prendre la température des passagers avant l'embarquement, est-ce suffisant ? Ceux qui doivent se rendre dans la région courent-ils un risque ?

C'est ce que l'on a fait pour le SRAS, on le fait d'ailleurs toujours à Hong Kong, je suis un peu sceptique sur l'efficacité de cette mesure. Il vaudrait mieux connaître les mouvements des populations, connaître précisément le nombre de cas, isoler les patients... Mais en réalité, il n'y a aucun risque à voyager à côté de quelqu'un d'atteint, la maladie ne s'attrape pas comme une grippe. Le risque, pour les voyageurs, est très faible. A part en cas d'accident, avec admission en soins intensifs, où le risque existe si une injection est réalisée avec une seringue contaminée.

La recherche a été insuffisante, est-ce, comme pour le paludisme, parce que le public touché est pauvre et que l'investissement ne serait pas rentable pour les laboratoires ?

C'est malheureusement vrai pour le paludisme, pas pour Ebola. C'est tout simplement une maladie rare, et la recherche a souvent été effectuée dans des laboratoires militaires, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, dans le cadre de la prévention contre le bioterrorisme. Il faut un équipement de protection de niveau 4, draconien, en particulier si l'on fabrique beaucoup de virus. Mais ce ne serait pas une arme très efficace puisque c'est une maladie difficile à attraper.

Propos recueillis par Claire Meynial

Source: lepoint.fr

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