
Utopia est avant tout un traité de la meilleure forme de gouvernement. C’est aussi un réquisitoire contre le mal et la misère ainsi qu’une condamnation de l’injustice sociale. On peut voir, dans cette aspiration au mieux-être des hommes, un « principe d’espérance » qui rejoint la religion chrétienne. En écrivant Utopia, Thomas More accomplit son devoir et son destin d’homme politique au service des hommes. Selon lui, sa mission consiste à mettre en lumière les abus des puissants. C’est ainsi qu’il écrit cette phrase admirable: « On ne renonce pas à sauver le navire dans la tempête parce qu’on ne saurait empêcher le vent de souffler ». C’est aussi probablement pour cette raison qu’il est mort sur l’échafaud!
Cette ile est gouverné par un roi sage, Utopus: « C’est Utopus qui amena une foule ignorante et rustique à un sommet de culture et de civilisation qu’aucun peuple ne semble avoir atteint actuellement ». Il établit une démocratie patriarcale: « Trente familles élisent chaque année un magistrat » qui est chargé de « veiller que personne ne demeure inactif, mais s’adonne activement à son métier ». L’ensemble des magistrats élisent un prince, sur une liste de quatre, proposée par le peuple. La journée utopienne est réglée comme celle d’un couvent et chaque heure du jour correspond à une activité précise! Chaque famille jouit d’une maison et d’un jardin dont elles ne sont pas propriétaires. Les utopiens ne fabriquent rien d’inutile car ils ont perdu le goût du superflu et du futile. Le sage est celui qui « avec un peu de pain et d’eau, rivalise de félicité avec Jupiter ».
Dans l’ile d’Utopia, il n’y a ni propriété individuelle, ni signe extérieur de richesse. L’or est considéré comme un métal vulgaire dont on pare les condamnés et les esclaves. « La nature n’a attaché à l’or et à l’argent aucune propriété qui nous serait précieuse, si la sottise des hommes n’ajoutait du prix à ce qui est rare ». La beauté de la nature et la musique suffisent au contentement des hommes qui ne manquent de rien. Ils vont au marché pour s’approvisionner gratuitement en biens et nourritures qui sont là en suffisante abondance car « c’est la hantise de la pénurie qui rend avide et rapace »
> Dans ce pays à la morale stricte, la peine de mort n’existe pas mais les contrevenants aux bonnes mœurs et à l’ordre public sont condamnés à l’esclavage. Les lois sont peu nombreuses car il est facile de les dévoyer: « Plus religieusement on aura entortillé un texte dans des cérémonies, plus vite on le viole ». C’est pourquoi la justice est une affaire de bon sens: chaque cas doit être considéré, au lieu d’ériger des lois trop générales. « Ils voient une suprême iniquité à tenir les hommes liés par des lois trop nombreuses pour que personne puisse jamais les lire d’un bout à l’autre, et trop obscures pour que le premier venu puisse les comprendre ». Que ces paroles de bon sens sont douces aux oreilles d’un citoyen du 21ème siècle!
Sur le plan religieux, règne une assez grande tolérance, pourvu que cela n’interfère pas avec l’ordre public et les règles utopiennes. « Il est toutefois interdit, avec une pieuse sévérité, que personne dégradât la dignité humaine en admettant que l’âme périt avec le corps ou que le monde marche au hasard sans une providence ». Le suicide est autorisé car « c’est agir sagement que de mettre fin par la mort à ce qui a cessé d’être un bien pour devenir un mal ». D’un autre côté, « l’adultère est puni de la servitude la plus dure ».
L’utopie serait donc ce lieu où l’on n’arrive jamais, un mirage que l’on poursuit, comme une perfection impossible, un idéal trop austère pour être réalisable, une douce tyrannie et aussi une aspiration qui nourrit l’espérance, bref, un vœu pieux!
Yves Ponroy | mai 6, 2013 à 6:15 | Catégories: Economie, Lectures, Sociétés URL: http://wp.me/p12g5t-1jf




















