

A l’écoute des populations, il compose des airs aussi beaux que spontanés, au grand bonheur de jeunes filles séduites et au grand dam de cocus magnifiques. Quand il arrive en ville, sa renommée l’y a déjà précédé. C’est naturellement donc qu’il obtiendra la médaille d’honneur du travail en juste récompense d’une production toute dévouée à l’expression culturelle populaire.
Le style
Le style de Fodé Conté se caractérise par une recherche approfondie au niveau des textes se basant sur des aventures vécues pour traduire l’inspiration poétique d’un artiste à la sensibilité fébrile.
Ses paroles sont cousues de fils dorés et d’images vraies aux brillances d’amour comblé, aux éclats d’amitié suivie. Mais Fodé sait aussi chanter les rêves brisés, les enfants maltraités, les femmes brimées.
Sa musique se colore de balafons excités, de guitares révoltées et de tambours déchaînés. Sa danse tient quelques fois de l’acrobatie, mais elle est surtout, le reflet de ses passages remarqués dans les Ballets Africains et Djoliba. Champion des danses de la Guinée maritime (Yancady,Manè,Makrou,Soli etc.). Fodé avec son look de traditionniste hirsute provoque à son insu, quand il se sangle dans ses tenues de scène bigarrées et ses pattes d’éléphant au style de toréador triomphant.
Les succès
C’est MAKHADI, mélodieuse mélopée côtière qui lui offre son premier rendez-vous avec le succès. Une chanson ou la force de son amour se matérialise en un poème lyrique avec une dulcinée qui met à l’épreuve la richesse de son vocabulaire sosso et la finesse de ses qualificatifs et de ses comparatifs pour la décrire le plus parfaitement possible.
Après les succès se bousculeront à la porte de sa foisonnante créativité: Rio Pongo, Nyari, Dilangara,Tontonsiga, Le Monde N’est Jamais Parfait, Bolobinè, Nyoula, La Playa, Simiti mouna, Nbaridé, etc.
Autant de titres à succès qui confirment la prolixité d’un artiste génial et dont les chansons marquent à jamais des moments importants de l’histoire guinéenne. Fodé est aussi l’artiste polyvalent qui a joué aussi bien dans les Ballets Africains que dans le ballet national Djoliba avec le même bonheur les rôles les plus beaux de héros, de chanteur ou de danseur hors pair.
Les chansons composées surtout dans la période révolutionnaire du pays sont les symboles sonores des engagements de l’artiste, mémoire des temps durs et des instants de bonheur fugace dans l’expression d’une dignité affirmée. Il appartient ainsi à la mémoire collective et ses chansons prennent inévitablement des allures historiques. Ainsi, pour de nombreux guinéens, les chansons de Fodé Conté demeurent des repères essentiels dans les évocations nostalgiques ou dramatiques de notre passé récent.
L'exil
Malgré son immense succès national, Fodé Conté n’arrive pas à sortir son premier album, alors l’artiste craque et vote avec ses pieds en prenant à la surprise générale « air brousse ». C’est l’aventure africaine qui le mènera tour à tour en Sierra Leone, au Liberia et enfin en Côte d’Ivoire, où il espère rencontrer son cousin feu Docteur Saidou Conté pour assouvir sa juste ambition de réaliser sa production discographique.
Mais, si l’exil libérien fut plutôt doré avec la formation et l’encadrement de ballets et de troupes folkloriques, celui de Côte d’Ivoire fut surtout une dure errance ponctuée de déceptions profondes et de dèche véritable car Fodé retrouva son cousin dans l’impossibilité matérielle de le satisfaire.
Ecartelé entre la révolution qu’il avait fuie et l’aventure qui dérapait, Fodé Conté se laissera couler aux mains d’un cruel destin et retournera au pays sans illusion en 1984.
Après de vaines tentatives, Fodé va définitivement se replier sur lui-même avec des cris de colère de temps en temps pour dire son amertume d’en être encore là malgré tout.
La résurrection
Cet album est donc une espèce de résurrection pour Fodé Conté qui avait fini par mourir à petit feu…
Mais voici que le destin à nouveau lui sourit, lui donnant l’espoir d’une renaissance éternelle. A 58 ans, il ne veut pas réinventer le monde, il a voulu tout simplement clamer son existence, tracer son passage en sillons numériques sur un support magnétique. Il avait déjà dit dans un film que lui avait consacré le réalisateur Daouda Keita, toute sa douleur de ne point être sur le marché du disque guinéen et l’insignifiance de ce qu’on aurait fait pour lui si jamais…il mourait sans que ce vœu qui lui est si cher ne soit exaucé.
Dieu soit loué! Aujourd’hui c’est fait. Voici le premier album de Fodé Conté.
En studio, le chanteur surprend par sa grande ténacité, sa férocité amicale au micro, amuse et encourage les techniciens ivoiriens séduits par les voltiges de ce quasi sexagénaire débonnaire. Doura Barry vient en appui quand il le faut, Justin Morel exige plus, Fodé refuse d’obtempérer puis se ravise et dit dans un éclat de rire:’‘au fond, tout çà c’est pour moi, ok, on y va!…’‘Et le travail continue dans une innocente jovialité. L’album a été réalisé dans un esprit d’ouverture et d’amitié remarquables. Chacun y a mis du sien pour faire de ce travail le tribut aux mérites incontestables de Fodé Conté.
Il infirme pour un temps la maxime: " la vie est un combat dont personne ne sort vivant." Pour Fodé, une autre vie commence, un artiste renaît…c’est la résurrection.
Le défi ( Premier Projet d’album studio en 1997)
L’équilibre de l’album est bâti sur six compositions aux arrangements modernes, deux essais instrumentaux et deux titres traditionnels. Le travail musical a donc couvert tous les registres de sensibilité populaire dans le souci bien réel de combler les attentes de tous les publics.
Cet opus témoigne d’une recherche originale qui tente de montrer que l’âge n’a point atteint le génie de Fodé Conté, mieux ces compositions vont permettre à l’artiste pour la première fois de franchir le seuil des night clubs et de donner une seconde existence à son œuvre.
C’est un autre pari, c’est un nouveau défi. Fodé Conté veut les gagner, Fodé Conté va les gagner (….)
Justin Morel Junior 1997
Source: www.afroguinee.com




















