MEDIA: Koula, un an après, rien !!!

Un an après avoir été mortellement fauché par une balle en pleine poitrine dans l’exercice de son métier, au siège du principal parti d’opposition, l’UFDG, le 5 février 2016, avec en toile de fond, des dissensions au sein du parti, opposant les pro Cellou et pro Bah Oury, nées de l’exclusion de Bah oury de l’Union des forces démocratique de Guinée, rien !

Douze mois après, la justice guinéenne n’est «pas en mesure » d’identifier le coupable. En dépit des tentatives de politisation de cette affaire qui a notamment conduit à l’arrestation, à la détention de plusieurs membres de la garde de l’Ufdg et à l’inculpation de quelques personnes soupçonnées par la justice, le dossier semble être relégué aux calandres grecques. 

Notre journaliste Mamadou Aliou Diallo qui l’a côtoyé dans la pratique du métier témoigne…

« Mohamed Koula Diallo était un journaliste dévoué, et passionné en même temps par son métier. Il était quelqu'un de jovial et profondément humain. C'était le genre de personne qui s'entendait avec tout le monde, tellement il menait une vie simple et sociable.  Le 5 février 2016, sa vie va basculer en quelques heures et pour toujours. Ce jour-là comme d'habitude, il s’est renseigné sur l'actualité et apprend que le numéro 2 de  l'UFDG Bah Oury veut se rendre au siège, alors qu'il venait d'être exclu du parti par le bureau exécutif. Les pro Bah Oury et les pro Cellou Dalein sont décidés à en découdre. C'est dans cette tension électrique dont l'issue était plus que jamais incertaine que Koula, avec le sens du journaliste professionnel, habitué à ce genre de tension, avec notamment les violentes manifestations de banlieues, décide d’aller  couvrir ce défi de Bah Oury à l'UFDG. Sans se douter une seule seconde qu'il avait rendez-vous avec la mort et qu'en quittant son frère et sa fille le matin et ne reviendra pas vivant….. »

Et ce qui ne devait pas arriver arriva… 

La suite est connue de tous, à travers les vidéos qui ont circulé dans la presse en ligne et sur les réseaux sociaux. Comme cela était quasi probable, l’arrivée de Bah Oury au siège de l’UFDG, va provoquer une résistance de la garde du parti pour l’empêcher d’accéder à l’intérieur du siège. S’en suit une bousculade, puis des échauffourées au cours desquelles un coup de fusil sera tiré et une balle va faucher Koula en plein cœur.   

Dans un témoignage choc, M. Sow, un journaliste présent sur les lieux raconte : «Lorsque le coup de feu a retenti, les gens ont commencé à fuir, j’ai aperçu à distance quelqu’un qui était couché par terre. Je me suis rapproché et j’ai vite reconnu Koula, à travers son habillement gisant par terre dans le sang. J’ai crié à l’aide et nous avons cherché à le transporter à l’hôpital, il était inerte, je crois qu’il était déjà mort sur le coup….. », avant de fondre en sanglots, le soir de son décès. 

Hier la consternation… aujourd’hui l’inquiétude 

La disparition tragique de Mohamed dans des conditions aussi horribles a suscité une vive émotion dans le monde de la presse guinéenne. Cette indignation s’est  traduite par une journée sans presse quatre jours après son décès. Une journée de black out médiatique avait été décrétée pour alerter  l’opinion face à cette situation, mais également les autorités, notamment la justice pour retrouver le ou les  coupables du meurtre de Koula afin qu’il(s) réponde(nt)  de leurs actes.  

Après les annonces habituelles du ministère de la justice, depuis un an, rien ne semble indiquer la tenue d’un procès présentement. Cela est d’autant plus inquiétant pour les médias en Guinée, qu’une autre disparation depuis plus d’un an d’un autre journaliste, en l’occurrence Cherif Diallo d’espace Tv, reste également non élucidée. 

La presse guinéenne qui est la principale victime des bourreaux du ‘’quatrième pouvoir’’  fait preuve d’un manque de solidarité mutuelle handicapant. Elle semble ignorer tout le pouvoir en  ses mains pour amener la justice à élucider tous ces cas de violations et d’atteinte à la liberté de la presse; Celles qui continuent d’enfoncer la Guinée au plus bas du classement de ‘’Reporters Sans Frontières’’, qui catalogue le pays comme étant parmi les mauvais élèves en matière de pratique du métier de journaliste.  Elle se laisse manipuler par les politiques qui l’exploitent à sa guise.

Le moment est venu de se réveiller en prenant ses distances et en responsabilisant les associations de presse dont le rôle se résume aujourd’hui essentiellement à quémander une misère de subvention, que l’Etat fait semblant d’accorder aux médias. Il est temps de se réveiller et de mettre en place un véritable syndicat capable de défendre l’ensemble de la corporation, afin de jouer pleinement le rôle de quatrième pouvoir et de veille sur la vie politique.

Une journée sans presse (commémorative ?) c’est bien, les marches de soutien (commémoratives ?), c’est bien, mais la justice c’est encore mieux. Il ne faut donc pas attendre un autre anniversaire pour faire ce genre de manifestations et surtout  éviter de faire de la récupération. Il faut maintenir la pression pour que toutes les victimes soient rétablies dans leur droit ! 

Mohamed Koula Diallo laisse derrière lui une veuve et une petite fille, la rédaction de notre journal en ligne Guineeconakry.info redit toutes ses sincères condoléances à la famille éplorée et implore le Seigneur afin qu’il accorde à notre confrère sa miséricorde éternelle et l’accueil dans son paradis. Amin!

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