
Pour la journée mondiale de la liberté de la presse de cette année, l’engouement était plus important que les années précédentes. Pour preuve, trois événements majeurs étaient inscrits au compte de la journée. Il s’agissait tout d’abord de la publication, le jeudi 2 mai, par l’ONG Alternative Guinée-Espace citoyen (AGEC) des résultats de son étude portant sur les conditions de vie et de travail des journalistes au sein des rédactions de la presse privée. Chiffres à l’appui, cette enquête portant sur un échantillon de 150 journalistes, s’est intéressée à des sujets aussi importants que l’existence d’un contrat de travail entre les patrons de presse et les journalistes, le traitement salarial ainsi que le niveau de formation des femmes et hommes qui évoluent aujourd’hui dans le monde de la presse privée. Avec des données aussi factuelles et relativement objectives, l’ONG permet aux journalistes guinéens de disposer d’un document de plaidoyer dont l’importante pourrait se révéler déterminante dans l’optique d’une revendication en faveur de l’amélioration de leurs conditions et de travail.
Le problème cependant c’est qu’on se soit limité au constat. Alors qu’on aurait pu mettre l’occasion à profit pour avancer vers la mise en place une structure destinée à porter le message implicitement contenu dans le document en question. Cette démarche concrète et pragmatique est nécessaire pour que les revendications ne soient plus que théoriques.
De son côté, le ministère de la communication avait organisé une rencontre du côté de Novotel. L’objectif était, de l’avis même du ministre Makanera, de réconcilier les médias publics et privés. C’est justement à ce niveau où il y a problème. En effet, est-il vraiment besoin de réconcilier ces deux ? Ce n’est pas très évident. Il est vrai que de temps en temps, des confrères relevant de ces deux entités, et dans un cadre plus ou moins informel, s’envoient quelques piques pas franchement amicales. Mais ce n’est jamais fratricide.
Bien qu’évoluant sur deux registres qu’ils savent eux-mêmes différents, les journalistes des médias du service public et ceux de la presse privée, se complètent plutôt sur le terrain. Entre eux, il n’y a aucune particulière inimité qui justifierait que l’Etat s’érige en médiateur. Il est juste question que du côté de la RTG et de tous les autres médias relevant de l’Etat, on n’envisage pas les critiques venant des confrères de la presse privée comme des attaques personnelles. Au contraire, elles sont à aborder avec lucidité, en vue de les utiliser dans la perspective de la lutte pour l’indépendance, même vis-à-vis de l’Etat.
En retour, les journalistes évoluant dans le secteur privé doivent comprendre que la liberté relative qui leur est concédée, rime avec responsabilité. De ce point de vue, ils se doivent de tirer les leçons des échanges houleux qu’ils ont quelquefois avec leurs confrères des médias du service public. Mais il faut dire que ces réglages se font de manière quasi ‘’automatique’’ entre confrères.
Si le ministère a vraiment envie de jouer équitablement entre les deux, qu’il fasse en sorte que les médias privés soient de plus en plus représentés lors des missions officielles du gouvernement et du chef de l’Etat. Car le seul déséquilibre qu’on ressent entre journalistes privés et publics, vient de l’attitude somme toute différentielle, que l’Etat a vis-à-vis des uns et des autres. Ceci prend en compte l’accès aux sources d’informations. Mais dans le contexte actuel, le plus grand défi que le ministre Makanera pourrait relever et qui le démarquerait véritablement de tous ses prédécesseurs, c’est bien de convaincre le président Alpha Condé d’accorder enfin, une rencontre avec la presse nationale ! Alors que son mandat tire à sa fin, le chef de l’Etat n’a pas une seule fois accordé la moindre interview exclusive à la presse de son pays. Alors qu’à chacune de ses sorties, il en donne à l’envie à des confrères étrangers. Il ne s’agit pas là du nationalisme. Mais du bon sens.
Enfin, à la Maison de la presse de Coléah, une conférence a été consacrée à la manière de couvrir les situations de crise, avec comme sous-entendu, la fièvre du virus Ebola. Reprochant à la presse d’avoir donné de cette épidémie une dimension dramatique, qui a eu son impact économique, le gouvernement a saisi l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse pour accabler davantage les médias.
Il faut admettre que certains des reproches sont admissibles. Sauf que le timing ne colle pas. En effet, une telle démarche aurait davantage eu d’effet positif, si elle s’était inscrite dans une logique anticipative. Hélas, elle intervient alors que l’épidémie est relativement maîtrisée. Sans oublier que la presse n’était pas la seule responsable. En témoigne le fait que le gouvernement ait lui-même changé sa stratégie de communication autour d’Ebola.
Pivi Bilivogui pour GuineeConakry.info




















