JEUNESSE GUINEENNE : La contagieuse tentation de la migration clandestine

Mercredi 30 Mars 2016. Jour de ville morte en Guinée, donc de repos pour certains. Nous sommes à Koloma, un quartier "chaud" de la banlieue de Conakry. Assis dans un bar et en train de déjeuner, un groupe de jeunes débrouillards, discute tranquillement. Rapidement la conversation tourne autour de ‘’l’aventure’’. Plus précisément de la migration clandestine.

Chacun d'eux relate les dernières nouvelles de leurs amis avec qui, ils se promenaient ou travaillaient, ayant pu rallier l'Occident par la mer ou par les différentes routes du grand nord africain.

L'envie et la fascination se lisent sur leurs visages. Ils ne veulent pas être en reste, et n'attendent que ‘’leurs tours’’ arrivent pour tenter l'aventure. L'un deux s'exclame, "Beaucoup de jeunes qui ont emprunté la route de l'Algérie ont pu rentrer à destination!" et l'autre de rétorquer " Moi je sais une seule chose, le jour où je bougerai d'ici, personne ne s'en doutera un seul instant’’ ; un troisième : "Moi je sais que quand tu décides de partir personne ne pourra t'arrêter». En somme, des projets déjà planifiés. Pour eux, c'est traverser …pour l'autre côté de l'Atlantique ou y rester. Car ici, à les entendre, il n'y a plus d'espoir !

A force de se plaindre, ils ont fini par se convaincre que leurs places ne sont pas au bled, avec  l'aventure pour seul espoir, peu importe les risques ! Ils sont diplômés au chômage et sans espoir de trouver du travail, d'autres en provenance du village.

Tous ont un point commun, celui d'avoir perdu la confiance en leur nation. C'est de loin, qu'ils entendent parler de FEC  (facilité élargie de crédit) et des millions de dollars que les institutions de Bretton Woods déversent sur la Guinée. Mal  formés et abandonnés à eux même, mélancoliques, ils passent le temps auprès du thé, ou à fumer la drogue, en ruminant leurs désespoirs jusqu'à sombrer dans la délinquance.

Le gouvernement? Une entité trop abstraite pour eux. Ils n'attendent rien non plus de l'État, car ils ont été trop désenchantés. Ils ont vu leurs amis tomber pour une démocratie qui, en réalité, s'est muée en chimères.  Ni les drames quasi quotidiens en mer, relayés par les médias, ni les réseaux de passeurs clandestins véreux qui vivent de ces drames humains,  n'entament visiblement leur détermination.

C'est une tragédie pour la jeunesse guinéenne,  un spectacle pathétique qui se déroule à huis clos, avec en fond sonore une symphonie inachevée, aux notes qui traduisent la douleur et la tristesse du gâchis de l'avenir d'une couche juvénile perdue…

Mamadou Aliou Diallo pour GCI

© 2016 GuineeConakry.Info

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