INTERVIEW: Les dessous de la visite du MEDEF avec le Président du GOHA, Chérif Mohamed Abdallah

Arrivé le mercredi 8 juin dernier et après quarante huit heures de séances de travail, notamment avec le gouvernement et le secteur privé guinéen, les 9 et 10 juin 2011, le mouvement des entreprises de France (MEDEF) est apparemment repartie satisfait. La partie guinéenne pour sa part, gouvernement et secteur privé, les espoirs sont grands et les retombées attendues substantielles . Pour réellement comprendre tous les enjeux de cette visite, GCI s’est entretenu avec un des participants aux rencontres organisées, M. Chérif Mohamed Abdallah, Président du groupe organisé des hommes d’affaires (GOHA). Une organisation qui œuvre pour la promotion et la protection des droits des opérateurs économiques en république de Guinée... 19:00 14-6-2011

Guineeconakry.info : Que pensez-vous du séjour que vient d’effectuer en Guinée, la délégation du MEDEF international?

Mohamed Abdallah Chérif :  Je pense que c’est une ouverture entre les opérateurs économiques guinéens et français. C’est pour moi, un début d’ouverture qui continuera à prospérer. Cette visite et les rencontres du MEDEF en Guinée, sont le fruit de la récente visite de travail du Président, le Pr Alpha Condé, en France. Où il a pu rencontrer le patronat des entreprises de France, et du coup, a profité de l’opportunité, pour vanter les mérites de  son pays et en même temps, les a rassurés par rapport au climat favorable d’investissement qui prévaut actuellement avec l’amorce d’un processus de démocratisation, suite à la dernière élection présidentielle.

Alors sur ce,  le Président de la République en compagnie de la confédération patronale des entreprises de Guinée (CPEG), dont je suis membre du comité directif, a demandé à ce que le MEDEF fasse une visite en république de Guinée, pour de nouer des partenariats basés sur du gagnant-gagnant avec les opérateurs économiques guinéens.

GCI : Sur l’agenda des investisseurs français, il était prévu une rencontre avec le secteur privé guinéen, quelles ont été vos préoccupations, et surtout quels résultats obtenus?

MAC : Disons qu’il ya eu des dialogues comme on le dit souvent, but au but, face à face. Donc, nous de notre côté, la partie guinéenne, nous attendons et restons impatients quant aux retombées qui en découleront. Avec la relative expérience qu’ont les opérateurs économiques guinéens, nous disons que c’est pour la première fois qu’il y a eu un contact direct et un dialogue franc avec les opérateurs économiques français, représentés par le MEDEF.

Mais il est à signaler que nous en avons fait avant. C’est notre travail. Notamment, des ouvertures, des échanges commerciaux, entre les opérateurs guinéens et ceux de par le monde. Et notre objectif, c’est de continuer ces ouvertures partout où il y aura un grand intérêt pour les opérateurs économiques guinéens, mais également pour toute la Guinée. Nous saluons l’arrivée du MEDEF, sachant que c’est un mouvement qui a du poids aussi par rapport aux autres pays européens.

GCI : Quelles sont les retombées pour les entreprises relevant de votre organisation (GOHA)?  

MAC : Pour le moment nous nourrissons beaucoup d’espoir. Puisque c’était un premier contact, nous avons échangé, sympathisé, et surtout, pris de part et d’autre, les différents contacts susceptibles d’intéresser telle ou telle entreprise. Mais vous savez, le GOHA  est une organisation qui œuvre pour la promotion et la protection des entreprises. Alors même quand ces investisseurs français viendront pour s’installer ici en Guinée, il reviendra aussi au GOHA, puisqu’il y va de son devoir, de les protéger et défendre, et les nationaux et les étrangers. C’est pourquoi nous luttons pour que l’environnement économique, politique et juridique de ce pays soit très favorable. Et cela est corroboré par le fait que, lorsque nous avons remis nos contacts à ces investisseurs, ils étaient très intéressés. Parce qu’ils se sont dit, que la présence d’une telle organisation en Guinée, leur donnait confiance et espoir quant à d’éventuels investissements dans ce pays.

GCI : Au-delà du discours convenu, est-ce que le secteur privé n’est-il pas entrain de s’enthousiasmer pour de potentiels concurrents ?    

MAC : Non ! Plutôt, nous sommes pour la concurrence. Nous n’avons pas peur de la concurrence. Il faut des efforts consentis. Et c’est ce que je ne cesse de dire aux membres du GOHA, élargi aux autres organisations patronales.

Il est aujourd’hui impérieux de s’adapter parce que le monde évolue. Il est indispensable qu’on évolue avec, nous devons nous former, s’informer et être informer. Nous aujourd’hui dans le monde de l’instantanéité, un monde de l’Internet, où tout le monde est interconnecté. Donc, en termes de concurrence, je peux dire ce n’est pas à nous d’avoir peur. Puisque au jour d’aujourd’hui, la Guinée est convoitée par plusieurs investisseurs de plusieurs pays.

Et d’ailleurs, puisque nous aussi nous sommes pour l’intérêt supérieur de la Guinée, c’est plutôt ce climat de concurrence qui nous arrange. Pour illustration, avec l’avènement des compagnies téléphoniques en Guinée, aujourd’hui, tout le monde jouit ces retombées et c’est sans commentaire. C’est ce que nous voulons justement, qu’il ait ce climat de concurrence dans la transparence sans favoritisme. C’est de bonne guerre. Nous sommes sur un terrain de football, un jeu fair-play et que le meilleur gagne.

GCI : Le Président Alpha Condé ne cesse de dénoncer les hommes d’affaires, qu’il accuse d’être davantage de simples commerçants que de véritables investisseurs; avec la venue de ces patrons français, ne serait-il pas entrain de vous donner une leçon ?

MAC : Je ne crois pas. J’ai écouté effectivement certains discours du Président, il s’exprimait ainsi. Mais je pense que certains discours ne sont pas contre des opérateurs économiques guinéens. Et je le dis sans démagogie. Parce que si tel était le cas, j’allais le faire savoir, pourquoi pas par les médias. Je vais vous dire quelque chose, nous, nous n’allons pas hésiter un instant à investir dans notre pays.

Mais peut-être, si nous sommes devenus ou qualifiés de commerçants, je peux dire que ce n’est pas de notre faute. Si l’Etat met l’électricité, l’eau, la sécurité, la justice, les infrastructures routières, etc., en place, il verra si les opérateurs économiques guinéens ne sont pas capables d’attirer d’autres investisseurs privés en partenariat, pour venir investir en Guinée. C’est notre souhait le plus absolu.

Les preuves sont là, partout dans la sous région, vous trouverez des investisseurs guinéens qui ont bien réussi. N’est-il pas aisé pour eux d’investir dans leur propre pays, si les conditions nécessaires sont réunies ? Mais de grâce, que l’Etat joue son rôle. Nous, nous faisons notre mieux. Et je pense que c’est le mot ‘’commerçant’’ qui trompe, sinon tout ceux qui revendent sont des commerçants.

Par ce que quand l’Etat produit de l’électricité, c’est pour revendre. Les industries, lorsque ça produit, les produits sont ensuite revendus, etc., donc, tout cela dépend d’une bonne gestion et d’une bonne orientation. Nous avons toujours cherché qu’il y ait des investisseurs sérieux pour notre pays. Que cela soit des Guinéens ou des étrangers. Une des raisons pour lesquelles il ne faut pas se laisser faire ou soit tombé dans des pièges posés par les soins des démagogues ou escrocs, qui font de fausses promesses pour ensuite disparaitre dans le décor. Ou alors, qui n’ont que 5000 ou 10.000 euros dans leurs comptes, par le biais de la corruption, décroche des contrats, pour ensuite les revendre plus chers. C’est ce qui est mauvais pour nous et qu’il faut coûte que coûte éviter en se donnant la main.

GCI : Concrètement, est-ce qu’il y a eu des signatures de contrats ?    

MAC : Pour le moment, je peux vous dire que nous n’avons eu que des promesses. Mais, nous avons beaucoup d’espoir. Parce que nous pensons qu’on s’est très bien séparé avec les investisseurs français, notamment, dans une atmosphère conviviale et sincère. Vous savez pour un premier contact, on ne peut pas dire tout de suite de signer un contrat, il y a un processus à suivre. Tout compte fait, ça sera un partenariat basé sur du gagnant-gagnant. Nous sommes responsables, nous avons un rôle à assumer au niveau de nos mandants, celui de la restitution de tout ce qui s’est passé, pour que cela soit objet de réflexion.

GCI : Combien d’entreprises compose le GOHA et quels sont les buts visés ?

MAC : Le but visé, c’est le développement socioéconomique de la Guinée et voir même international. Parce que c’est la première fois en guinée, qu’on crée une ONG et qu’elle devienne internationale. Nous sommes présents dans beaucoup de pays africains et de par le monde entier. Ce qui fait qu’en termes de chiffre exact, je ne puis vous dire combien d’entreprises composent le GOHA. Mais je puis vous dire qu’il y a des milliers de chef d’entreprises qui sont membres du GOHA, qui sont à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

GCI : Pouvez-vous nous parler de quelques un des ses acquis ?

MAC : Le GOHA en dépit de son rôle de protéger et de défendre les investisseurs et leurs investissements, participe aussi, à l’instauration d’un climat apaisé et favorable dans le pays. Puisqu’il est évident que, lorsque ça ne va pas dans un pays, le plus souvent, ce sont les investisseurs et leurs investissements qui sont les premières victimes. D’où notre implication pendant les chaudes tensions et lors des dernières élections présidentielles qui ont secoué et fragilisé le pays. Nous avons lancé des discours d’apaisement, à l’endroit des politiques, des leaders d’opinion, du peuple de Guinée. Il a été aussi organisé récemment, un séminaire de formation des opérateurs économiques guinéens en droits et devoirs. Tout cela, pour que chacun puisse s’atteler à son travail.

GCI : En tant que responsable d’une instance patronale, quelle appréciation des six premiers mois du Pr Alpha Condé ?

MAC : Nous nous ne sommes pas là pour juger le gouvernement, mais plutôt, attirer toujours leur attention sur un certain nombre de problèmes qui assaillent le Guinéen. Par ce que dès qu’il y a problème, ce sont les investissements à l’interne qui paient les conséquences. Pour ce, ils doivent savoir que le peuple de Guinée a longuement souffert pour avoir cet acquis, qui doit être jalousement et impérativement sauvegardé. Ils doivent donner leur maximum pour que la Guinée et les Guinéens sortent de l’ornière.

GCI : Quel message auriez-vous à adresser aux autorités et au peuple de Guinée ?

MAC : Mon message reste et demeure le même. Nous avons beaucoup lutté ensemble, nous avons beaucoup souffert ensemble pour qu’on ait un début de démocratie dans ce pays.

Dans ce cas, et les autorités et le peuple de Guinée, doivent se donner la main, pour sauvegarder cet acquis. Tous les extrémistes qui prononcent des discours ou tiennent des propos incendiaires, doivent être mis en quarantaine. Parce qu’il est évident que si nous allumons ce pays, en mettant le feu à la poudre, c’est toute la Guinée qui paiera les conséquences sans exception.

La paix, la santé, la liberté, n’ont pas de prix. Il faut qu’on inculque cela dans nos mentalités et dans nos comportements. Il est bien clair que nous sommes une famille en Guinée. Donc, il ne faudrait pas qu’on nous divise pour des intérêts égoïstes et personnels. Que Dieu sauve et bénisse la Guinée et les Guinéens!

Propos recueillis par Lamine Camara pour GuineeConakry.info

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