INTERVIEW EXCLUSIVE : Avec Amadou Balakè TRAORE

Voici en exclusivité pour GCI, l’interview que le désormais regretté Amadou Balakè TRAORE, a accordé à notre confrère Jean Baptiste Williams, Directeur national des Arts, le 7 avril 2003 sur RGI (Radio Guinée Internationale). Mémorable.

Amadou BalakèTRAORE : Je suis Amadou TRORE dit ‘’Balakè’’ du Burkina Faso, né le 8 mars 1944 à Ouaouguiyah. J’ai tourné ma bosse un peu partout. J’ai joué ici en Guinée (je suis le premier chef d’orchestre de Horoya Band de Kankan !) avec les Alkaly TOURE, Kabinet DIOUBATE, ensuite on n’est venu me chercher pour  Mamou avec Djély Bakar KOUYATE, le regretté où on m’a invité à intégrer l’orchestre  Bafing Jazz. De Mamou, je fais un tour dans l’orchestre national Balla et ses Baladins et je suis rentré chez moi en Haute volta, où j’ai repris la chanson ‘’Ballakè’’ à ma façon. J’ai été donc le premier à interpréter  ce titre  de Demba CAMARA, qui a fait  monter  ma cote de popularité au sommet, on a même acheté et mis à ma disposition, un orchestre complet, rien qu’à cause de son succès en Haute Volta, aujourd’hui Burkina Faso ! 

JBW : Connaissiez-vous au paravent  l’auteur de la chanson Ballakè, Demba CAMARA du Bembeya Jazz national de Guinée ?

ABT : Non !  Quand il est venu jouer au Sélect bar à Kankan oui, Sékou ‘’Bembeya’’ lui  je l’ai rencontré à Conakry. La chanson de Demba CAMARA inspirait  la guitare de Sékou ‘’Bembeya’’ les deux se complétaient. La mort de Demba CAMARA a été une grande perte pour  la musique de notre continent,  parce qu’il était le plus grand artiste de toute l’Afrique. Quand il nous quittait, il était au sommet de la gloire. C’est pourquoi  j’ai  interprété et porté  avec fierté, le nom de sa chanson Ballakè sur tous mes dossiers.

JBW : Vos débuts à la chanson ?

ABT : Je suis fils d’un Gourmaché,  ancien  garde républicain, mon père porte un nom du village qui est FIOUFOU LOMPO, converti à l’Islam, il sera baptisé Samba TRAORE. Voilà comment on est devenu TRAORE.  J’ai commencé à jouer  de la musique en 1956, alors que j’étais apprenti-chauffeur (Mopti-Ouaga  avec les transporteurs- camions) et un jour j’ai abandonné, préférant faire de la percussion. En Haute Volta, je me suis fais connaitre dans l’orchestre l’Harmonie Voltaïque,  avant de prendre le chemin de l’aventure qui va me conduire  au Mali en 1962. Abdoulaye SOW  qui deviendra plus tard premier Ministre, était à l’époque  le directeur du grand  hôtel  de Bamako, à cette période, nous  nous jouions au ‘’Moulin Rouge’’ qui est devenu ‘’le Village’’ , avec l’orchestre qu’on appelait  les Ambassadeurs, parce qu’on était cinq et des étrangers : Amadou TRAORE, King Moctar, Jacob,  Sanday , Koniko  et deux Maliens. Après  on nous a affecté au ‘’ Motel’’,  c’est là où  le groupe a gardé le nom les Ambassadeurs du Motel.

C’est d’ailleurs Mr Abdoulaye SOW qui m’a encouragé à chanter, parce qu’il me disait que j’avais une belle voix, soit dit en passant. Début  1963, je suis parti en Côte d’Ivoire avec Hilarion SANCHEZ  notre pianiste  dans  ‘’Los Mate Cocos’’. Moi j’étais percussionniste. J’ai joué au ‘’Tropicana’’, à l’hôtel Ivoire, il y avait une femme qui s’appelait Moundo Rivel, qui  a même fait des films, moi je l’accompagnais aux bongos et elle, faisait le strip-tease. En 1964,  mon aventure me conduit à Kankan, où je viens à l’invitation du grand guitariste ‘’Grand Papa’’ DIABATE  qui était  parti, m’a-t-on dit à Bamako, où il va créer le ‘’Tiwara Band’’ de Kati.  Plus tard, il jouera à ‘’ La Boule noire’’ d’Abidjan  avant de créer le groupe ‘’African virtuoses’’.

C’est sa sœur,  Mme Djédoua KOUROUMA qui va m’héberger donc à Kankan. La nuit je me rends au ‘’Select Bar ‘’ où j’offre une prestation, toujours  le chant, la percussion et  la flute, avec mes deux doigts. Mme Djédoua KOUROUMA  membre très influente du bureau fédéral de Kankan m’a tout de suite recruté, et ils m’ont nommé chef d’orchestre du  Horoya Band durant un bref séjour. Un soir  après avoir fini d’installer  les instruments pour animer une soirée dansante, Kabinet DIOUBATE notre guitariste nous quitte pour prendre sa douche, et  plus tard c’est la triste nouvelle de son décès qui nous parvient. On a  plus joué dommage !

Le choc était grand pour moi,  j’étais bouleversé. C’est après le décès de Kabinet DIOUBATE que je vais me rendre à la gare, accompagné d’Alkaly TOURE, le trompettiste et j’ai  ‘’fui’’ de Kankan, en somme pour  me retrouver à Conakry dans l’orchestre national  Balla et ses Baladins,  j’habitais chez ’’Docteur’’Sékou  DIABATE, le regretté brillant guitariste soliste. J’ai  joué avec les Baladins comme tumbiste- chanteur ;  on se souviendra  encore de mon célèbre titre High life ’’ Like to go’’ (il chante un bout),  après  Maestro Kèlètigui  TRAORE m’a ‘’kidnappé’’ pour ‘’La Paillote’’, où je fais office de tumbiste. C’est après que Sékou ‘’Docteur ‘’ va me demander de partir à Mamou, où son beau frère est secrétaire Général de région Djely Bakar KOUYATE, qui sera heureux de me voir rehausser le Bafing Jazz.

Voilà comment je suis retrouvé à Mamou. On m’a confié l’orchestre avec Fatou ARIBOT, alors j’ai joué, cela a énormément fait plaisir aux populations, à tout le monde, je me souviens avoir fait une tournée avec le chef de l’état, le Président Ahmed Sékou TOURE à Dalaba, Pita et  Mali. J’ai joué avec ‘’Window’’ KOUROUMA au chant, Gérard DIALLO à la trompette. Jeannot, pour un peu d’humour, je vais essayer de parler en langue Soussou le peu qui me reste : « N’tan mou sosso  khui mèma n’na mèma  dondoroti (rires) en pular que j’ai appris à Mamou  (Mi naneta pular mi nanta fota) (rires) » bon le malinké, nous le parlons chez nous (rires).

JBW : C’est vrai que moi je vous ai découvert en 1967, avec l’orchestre de Mamou le Bafing Jazz, vous étiez tumbiste, chanteur et flutiste, avec vos deux doigts, c’était à la permanence fédérale de Conakry II, à l’occasion de la quinzaine artistique !...

ABT : Dans le Bafing Jazz,  j’ai chanté des titres comme ‘’Andrée’’ un titre composée par Mme Fatou ARIBOT, une chanson dédiée au Président  Sékou TOURE  intitulée, ’’ Abarana Sékou Kamarén Bèrè’’ une autre chanson, quand on avait kidnappé la délégation guinéenne conduite par  le ministre des Affaires Etrangères Dr Lansana BEAVOGUI en Côte d’Ivoire. A leur retour le ministre BEAVOGUI m’avait offert un costume ’’ Herald’’.  En 1968, j’ai décidé de renter chez moi, parce que là, il y avait une chanson qu’on chantait ‘’Mambi’’ (chœur de la troupe fédérale de Mamou) qui parlait des méfaits de l’exil. Ça m’a choqué, moi TRAORE, l’aventurier (rires).

Dans mon for intérieur,  j’ai décidé sur le coup de rentrer chez moi. Je suis venu rencontrer le Président  de la République, Ahmed Sékou TOURE à qui  j’ai respectueusement formulé mon désir de  retourner dans mon pays natal. Il dit ; «  bon pourquoi ? »  Je réponds, je suis  l’unique garçon de maman et je voudrais rester à coté d’elle, aussi, mais mes poches  sont vides. Le Président a accédé à ma sollicitation, il m’a donné des devises, des traveler’s chèques et a ordonné de me conduire dans sa voiture chez mon chef d’orchestre, Balla ONOVOGUI. Le lendemain, j’ai pris mon vol pour  Ouaga via Bamako. Quand je suis définitivement rentré en 1968,  j’ai réintégré mon ancien groupe ’’ Harmonie Voltaïque’’. J’avais toujours la Guinée à cœur et  je voulais revenir,  j’ai beaucoup aimé ce pays, ma mère a dit « non  tu choisi entre la Guinée et moi, tu es le seul fils que j’ai : je ne veux plus que tu voyages. »  J’ai donc respecté le vœu de ma chère mère.

JBW : Que pensez-vous de la musique guinéenne  que vous avez pratiquée ?

ABT : La musique guinéenne est formidable. C’est la meilleure des musiques pour moi. J’en suis certain, je ne dis pas ça parce que je suis en Guinée ! C’est une musique que je ressens mieux que les autres musiques.

JBW : Après votre départ de Conakry en 1968, après  votre groupe ‘’Harmonie Voltaïque’’. Il y a d’autres expériences qui méritent d’être évoquées ?

ABT : Avec ‘’Sacodisc’’ dirigé par  Aboudou LASSISSI (1971-1972), nous sommes aller travailler aux Etats Unis d’Amérique,  avec ’’ Monguito’’,’’ Chocolaté’’, ‘’Papaito’’. J’ai obtenu mon premier disque d’or des mains de Mr Laurent Dona FOLOGO à l’Hôtel Ivoire. On n’a fait une grande tournée  africaine ‘’La nuit de la salsa’’. Après la tournée, il a refusé de me payer mes cachets. J’ai donc quitté l’orchestre, en plein New York que je ne connaissais pas  très bien. C’est grâce à un ami malien TRAORE Guibassy qui était à l’hôtel Hollywood, c’est lui qui a appelé MIKE Amitin,  le chef d’orchestre pour lui demander mon intégration dans ‘’Broadway orchestra’’.

Alors ça commencé à bien marcher pour moi, jusqu’au moment où je reçois un télégramme m’informant que ma maman que j’avais déjà envoyé à la Mecque, est revenue, mais dans le coma.  Voila que je vais tout abandonner et rentrer au pays, où  j’ai trouvé ma maman qui pilait. Jeannot comme on le dit,  elle n’avait rien ! Je me suis fâché et j’ai dit ce n’est pas gentil, chaque fois que je veux avancer,  tu me mets en retard ça veut dire quoi ? Elle dit non je ne t’ai jamais appelé. J’ai dit et le télégramme ? Elle dit, je ne sais pas. Je ne suis plus reparti, ayant rompu le contrat. Bon, comme je l’ai trouvée en bonne santé, c’était ça l’essentiel.  Moi j’avais formé mon orchestre à Ouagadougou  qui s’appelait ‘’Les 5 consuls de Ballakè’’. En 2002 BONCANA  qui est MAÏGA comme ma maman, que j’appelle mon oncle depuis que je travaillais avec LASSISSI , m’a dit de toutes les façons tu vas travailler un jour avec moi ! J’ai dit ça me fera plaisir. En 2002 BONCANA MAÏGA me contacte pour ma participation dans le groupe  ‘’Africando’’ de M. Ibrahima SYLLA,  sans problème,  vous connaissez la suite, avec à la clé un autre disque d’or ‘’Bétécé’’ (cinq cent milles exemplaires vendus rien qu’en Angleterre !). Un titre titre que j’ai chanté en hommage à un ami décédé  qui était très galant. Il s’agit de  Ben Sidi OUATTARA.

Je dis en substance dans la chanson, il n’est pas donné à n’importe quel homme d’être galant. Moi Balakè TRAORE, je n’ai pas eu de chance, moi je ne suis pas un intellectuel ; je n’ai jamais fait un jour de classe à l’école. Issu d’une famille religieuse, J’ai étudié le Coran. Du vivant de mon père, je n’allais pas faire de la musique. Je n’envie pas ceux qui savent lire et écrire.  Je me contente de ce que je suis.  J’aime bien la musique. Je compose spontanément, quand il y a la, car je ne peux écrire un mot. Aller à l’école c’est bien quoi,  mais pas forcément. Je remercie Dieu, j’ai construit, j’ai envoyé ma mère à la Mecque, je supporte une famille nombreuse, et  j’ai  deux épouses et neuf grands enfants.

JBW : Le mot de la fin ?

ABT :  Mon dernier mot, c’est d’encourager la jeunesse et la musique guinéenne de continuer à faire de la musique, à créer faire des trucs positifs comme le fait le frère Sékouba ‘’Bambino’’. Bambino est l’enfant chou chou de toute l’Afrique aujourd’hui.  il est bien éduqué, très poli. Je demande aux autres jeunes de prendre l’exemple sur lui.

Propos recueillis par Jean Baptiste WILLIAMS, publiés exclusivement sur GuineeConakry.info

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