
Faisant de la résistance qui cachait mal sa gêne, la France se refusait jusqu’à ces derniers temps, d’envisager son retour en Libye. Implicitement, elle savait qu’une telle alternative reviendrait à admettre que l’on s’est trompé en liquidant Kadhafi. Mais les violences et l’anarchie se généralisant dans le pays depuis la chute du guide, les diplomates français sont bien obligés de remballer leur fierté. C’est ainsi que dans une interview accordée le mardi dernier à nos confrères du Figaro, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian a formulé la seconde intervention française en Libye en termes de “devoir pour la France”. Un “devoir” qu’il justifie par la menace que l’insécurité en Libye fait peser sur tous les pays environnants dont la Tunisie et l’Egypte.
Au-delà, il pense que le non-Etat qui prévaut actuellement aussi bien à Benghazi qu’à Tripoli, est de nature à alimenter une forme de terrorisme islamiste qui peut aller jusqu’à menacer l’Europe. C’est peut-être même la véritable raison de la probable intervention. Même si certains pensent qu’une seconde invasion française de la Libye aurait une arrière-pensée de politique interne, en ce sens que cela signifierait qu’Hollande parachève le travail que Sarkozy n’a pas pu conduire à terme. On se serait trop tôt retiré. C’est la parade qu’on a trouvée pour ne pas admettre que l’intervention en tant que telle était inopportune.
Un seul hic cependant ? Il ne sera pas évident de trouver du monde pour une nouvelle coalition. Avec le recul, quelques anciens alliés réalisent qu’ils ont été peut-être bernés. On reproche globalement à la France, et dans une moindre mesure, à l’Angleterre d’avoir lâchement assassiné Mouammar Kadhafi, en exploitant malicieusement une résolution des Nations unies qui n’autorisait que l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne!
Sarkozy avait des comptes personnels à régler avec le guide libyen. Mais surfant sur de prétendus arguments humanitaires, il avait embarqué tout le monde dans son projet. Après une telle expérience, tout le monde réfléchira par deux fois avant de s’engager. Surtout que depuis qu’il a quitté ses fonctions présidentielles, l’identité véritable et pas forcément élogieuse de l’ancien chef d’Etat français apparait progressivement au grand jour. Ayant déjà la mort de l’ex-guide libyen et les troubles actuels dans le pays et dans toute la région sahélienne sur la conscience, beaucoup n’y mettront pas les pieds, une nouvelle fois.
Cette difficulté très probable à convaincre les partenaires, la France en a conscience. Une des manœuvres qu’on semble avoir trouvé pour la contourner, est de manifester la nécessité de l’intervention, au même moment où les Etats-Unis agitent le spectre de leur propre intervention contre l’EI en Irak et Syrie. La France, tout en battant “campagne pour une campagne militaire’’ en Libye, manifeste bruyamment sa disponibilité à venir aux côtés des Américains en Irak et en Syrie.
On espère qu’en retour, le pays de l’Oncle Sam se montrera reconnaissant, en se rendant aussi disponible sur le font libyen. A défaut des GI’s, les diplomates et les chefs d’Etat-major de l’armée française souhaitent tout au moins convaincre quelques-uns des pays qui prendront part à la campagne contre les combattants de l’Etat islamique. Un autre subterfuge que les Français semblent avoir trouvé, c’est de s’allier l’Algérie et l’Egypte notamment. En extrapolant au besoin la menace terroriste que représenterait la Libye d’aujourd’hui, mais aussi en encensant les responsables algériens et égyptiens, on espère les convaincre de se joindre à une nouvelle “expédition” en Libye.
Au finish, sur la forme et le fond, quelles différences entre Hollande et Sarkozy ?
Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.Info




















