
GuineeConakry.info : El Hadj, pouvez-vous nous faire un résumé de votre parcours syndical ?
El Hadj Mamadou Alpha Gouby : Ayant été responsable d’école depuis des années, j’ai trouvé dans le syndicat une suite logique de mon engagement à venir auprès des autres. Je vous avoue que j’ai un sens inné pour la justice et le don de soi, pour plus faible que moi. Pour en revenir à votre question, c’est feu Ousmane Barry OB, que j’avais connu au lycée Béhanzin à Dalaba, dans les années 1976-1978, qui m’a parlé pour la première fois de syndicat, en collaboration avec feu Dr Ibrahima Fofana.
En 1992, lors de la crise qui a secoué la CNTG, dirigée à l’époque par feu Mohamed Samba Kébé, la décision fut prise de créer l’USTG. Bien que n’étant pas encore de la FESABAG, la Fédération syndicale des banques, j’ai suivi pas à pas les balbutiements de la naissance de la centrale USTG. Toutes les décisions prise par la FESABAG étaient transmises par les sections syndicales des différentes banques dont nous étions les fers de lance.
Au vu de mon engagement, ‘’Dr Fof’’, comme on l’appelait affectueusement, ainsi que ses pairs que je cite de mémoire Hadja Mariama Penda, feu Ousmane Barry OB, feu Zézé Akim Sovogui, Thierno Saïdou Diakité, Bréard, Feu Abdoulaye Camara, feu Aboubacar Demba Diawara, et d’autres m’ont adopté et indiqué les premiers pas à faire.
GCI : Le mouvement syndical a été particulièrement sollicité en 2010, en raison d’une grève dans le secteur bancaire. Relatez-nous les faits, puisque cette année sera fatale, avec la disparition tragique de Dr Fofana et de Hadja Magbè Bangoura…
EMAG: Ce jour fatidique du 16 avril 2010 était un vendredi, et la FESABAG était conviée à une rencontre à la primature, en vue de poursuivre les négociations pour lever le mot d’ordre de grève des banques. Ces négociations menées sous l’autorité du gouverneur de la Banque centrale avaient enregistré un échec. Le point de ralliement des syndicalistes était fixé à la BICIGUI. Aux environs de 8h, Dr Fofana arrive à bord de son véhicule 4X4, en compagnie de son chauffeur, deux de ses frères et le garde du corps. Il me demande aussitôt où est Abdoulaye Sow, l’un des syndicalistes ? Je lui réponds qu’il n’est pas encore là, mais qu’il ne saurait tarder. Quelques minutes après, il appelle Sow sur son portable. J’insiste pour que l’on attende tous à l’intérieur de la BICIGUI. Vers 8h30, Dr Fofana fait le forcing, et nous demande d’aller à la primature. Nous empruntons son véhicule pour nous y rendre. Tous les syndicalistes de la FESABAG étaient présents à notre arrivée, et nous avons rejoint les syndicalistes de Fria dans la salle de conférence de la primature. Dix minutes après, Hadja Mariama Penda, Ministre d’Etat de la Fonction publique arrive accompagnée d’un expert en dialogue social, du nom de Barry que Dr Fof nous présente comme étant de nationalité sénégalaise.
C’est à la primature que Dr Fof demandera à Abdoulaye Sow de l’accompagner à Fria, avec le spécialiste en dialogue social, pour tenter d’apaiser les tensions liées à la grève des travailleurs de l’usine. Ayant un rendez-vous avec une délégation belge, le syndicaliste Abdoulaye Sow a décliné son voyage sur Fria.
Je précise que c’est à la primature que Dr Fofana et nous-mêmes avons appris les résultats du vote du CNT, marquant le rejet de candidatures indépendantes aux élections présidentielles. A l’annonce de cette nouvelle, aucun commentaire n’a été fait. En attendant l’arrivée du premier ministre, divers autres sujets ont été évoqués dans la salle. Ce dernier ne venant toujours pas, la séance de travail a été reportée après la grande prière du vendredi. A notre retour à la primature, nous ne nous sommes plus revus avec Dr Fof. C’est aux environs de 20h30, que Tino m’a annoncé la triste nouvelle.
GCI : Quatre ans après la disparition de votre leader syndical, quel regard portez-vous sur la situation du mouvement syndical ?
EMAG: Quatre ans après le décès de Dr Fofana, le mouvement syndical est orphelin et est devenu un géant aux pieds d’argile : l’affairisme et la course aux postes de responsabilité ont cédé la pas à la conviction et à la défense des intérêts des travailleurs.
GCI : Nous avons comme l’impression de vivre une trêve sociale qui ne dit pas son nom. Etes-vous d’accord avec ce constat ?
EMAG: Les martyrs des événements de janvier février 2007 sont oubliés, de même que tous ceux qui ont succombé face à l’arbitraire. Le mouvement social qui avait fait tant d’émules est en train de sombrer dans une léthargie sans nom. Ceci est pire qu’une trêve sociale, car une trêve est une entente, dans le respect des règles et conventions, permettant en cas de difficultés dans une entreprise ou un pays, de surseoir à toutes revendications jusqu’à ce que la situation s’améliore.
GCI : Pour conclure cet entretien, en remontant le fil de l’histoire, quel jugement portez-vous sur la situation du pays depuis les événements de janvier 2007, auxquels vous avez pris une part active ?
EMAG: Je dirais que le mouvement social a été un moteur dans la prise de conscience des citoyens guinéens face à la précarité et à l’injustice. Ce mouvement a joué un rôle d’avant-garde, mais force est de constater aujourd’hui que cette entente cordiale et humanitaire entre tous les fils et filles de Guinée s’en est allée comme une peau de chagrin, par la déchirure du tissu social, la haine, le communautarisme et la promotion de la médiocrité, en lieu et place de la compétence et de l’honnêteté.
Je garde espoir que la nouvelle génération prendra ses responsabilités pour unir tous les Guinéens, afin de sortir de cette misère sans nom.
NDLR. Des indiscrétions rapportent que Dr Ibrahima Fofana est mort avec une ambition inassouvie. Celle de sa candidature aux présidentielles. Si le vote du CNT avait autorisé les candidatures indépendantes, il aurait tenté de se présenter aux présidentielles de 2010, pour aider le pays à sortir de la crise qui l’étranglait.
Thierno Saïdou Diakité pour GuineeConakry.info




















