
Si les populations de Conakry ne se sont pas mobilisées ce soir, comme elles l’ont fait le lundi dernier pour le roi Mohamed VI, la communauté malienne, elle, n’a pas boudé son plaisir. De même, des élèves de plusieurs établissements de la capitale guinéenne ont été sollicités pour ovationner le convoi présidentiel qui, de l’aéroport international de Conakry-Gbessia, a pris la direction des Cases de Bellevue, où devait avoir lieu le premier tête-à-tête entre les présidents Alpha Condé et Ibrahim Boubacar Keïta.
L’animation était cependant plus festive aux abords de l’aéroport où certains, arborant des accoutrements aux couleurs des deux pays, avaient clairement choisi de venir avec des instruments de musique. De même, sur le long tout le trajet, le public, massé de part et d’autre de la chaussée, brandissait des drapeaux des deux pays et scandait ”Prési ! Prési ! Prési !”.
Trois jours pour effacer le retard
Arrivé ce soir un peu après 15 heures, le chef de l’Etat malien restera trois jours. Ce sera pour lui l’occasion de gommer toutes les supputations auxquelles se livrent les médias guinéens, à propos du retard qu’il accuse (6 mois depuis son élection, NDLR) avant de se rendre en Guinée. Un retard que Conakry et Bamako essaient tant bien que mal de relativiser. "C’est avec un bonheur que je ne peux pas cacher que je suis ici…tout lie nos deux peuples... C’est une visite d’Etat mais également une visite d’amitié. J’entame mon séjour à Conakry avec beaucoup, beaucoup de bonheur et de la conviction." a déclaré le président IBK.
Cependant, un officiel guinéen interrogé sur le sujet a simplement répondu que : « Le président IBK se rend enfin en Guinée sur invitation de son frère et ami ». Une telle déclaration sous-entend-elle que si le président malien ne s’était jusqu’ici pas rendu en Guinée, c’est parce qu’il n’avait formellement reçu l’invitation de son homologue ? Le débat est ouvert. Toutefois, il n’est pas exclu que ce retard soit en réalité la conséquence à une divergence subtile que les deux dirigeants pourraient avoir eu au sujet de la crise dans le nord-Mali.
En effet, bien que la Guinée ait contribué en hommes et en ressources financières à l’effort de la guerre visant à préserver l’intégrité de la souveraineté du Mali, Alpha Condé a toutefois mis certaines occasions à profit pour afficher une position plutôt conciliante à l’égard du MNLA. Pour lui, il y a les islamistes qui ne méritent aucune pitié et les touaregs dont les revendications identitaires devraient être écoutées. Or, un tel distingo n’est pas admis à Bamako. Même de la part de la France. C’est d’ailleurs, cette même position conciliante à l’égard des mouvements touaregs qui a coûté à Blaise Compaoré, ses fonctions de médiateur dans la crise malienne.
Mais ces subtiles nuances, les présidents guinéen et malien semblent avoir finalement décidé de les mettre de côté, et de poursuivre dans la dynamique d’une coopération qui soit mutuellement avantageuse pour leurs pays. C’est ainsi qu’IBK arrive en Guinée pour y passer 72 heures. Alors que dans les autres pays qu’il avait visités bien avant même son investiture pour les remercier, il avait à peine passé quelques heures. C’est à croire qu’il a voulu se racheter !...
Des préoccupations communes
Justement, la gratitude et la reconnaissance au peuple de Guinée figurent en première position des motifs de son déplacement. Interrogé par nos confrères de la RTG, le chef de cabinet de la présidence malienne l’aura, du reste, clairement reconnu. Cependant, par les temps qui courent, la coopération n’a pas qu’un contenu creux ou symbolique. En la matière, Alpha Condé et Ibrahim Boubacar Keïta ne font pas exception à la règle. C’est ainsi que durant les trois jours de son séjour en Guinée, le président malien discutera avec son homologue guinéen de possibilités dans des domaines aussi variés que la sécurité, le transport, l’énergie, l’eau, la culture, etc.
Dans le domaine de la sécurité, il pourrait être notamment question de celle au niveau de la frontière entre les deux pays. Des populations habitants de part et d’autre de la ligne de démarcation entre le Mali et la Guinée divergeant très souvent à propos des terres agricoles ou encore des pâturages. Naturellement, les deux présidents pourraient également saisir l’occasion pour évoquer la sécurité dans une approche plus globale.
L’islamisme menaçant plus ou moins toute la région pourrait en particulier constituer un sujet de débat. Pour ce qui est du volet transport, c’est certainement le Mali qui sollicite le débat. Enclavé, le pays d’IBK n’est ravitaillé que via les pays côtiers qui l’entourent. Or, dans ce domaine, le Port autonome de Conakry (PAC) demeure le port le plus proche de Bamako. D’où le souhait des Maliens d’échanger avec la Guinée de certains aspects techniques relatifs au transport des produits via le port de Conakry.
Selon nos informations, le chef de l’Etat guinéen pourrait tout de même mettre l’occasion à profit pour remettre sur la table une idée qui lui semble très chère : le prolongement des voies ferrées, Conakry-Niger, jusqu’à Bamako. Mais on imagine que les choses se limiteront aux échanges préliminaires. Autrement, les deux pays auront besoin de mobiliser de grosses ressources pour voir ce rêve se traduire en réalité.
Enfin, en raison de la problématique de l’énergie à laquelle tous les pays africains en général se trouvent confrontés de nos jours, les deux présidents pourraient bien discuter de projets hydro énergétiques intégrés.
Fodé Kalia Kamara pour GuineeConakry.info




















