
Elles mangèrent le délicieux plat de couscous au lait préparé par Nenyaayé et se mirent aussitôt à chanter et danser.
Mais au cours de la danse, Binta s’arrêta brusquement: deux grosses larmes coulaient le long de ses joues. Binta, ne fréquentait pas l’école. Son père ne veut pas qu’elle aille à l’école. Elle pleurait beaucoup pour cela.
Les filles aussi n’étaient pas contentes. Kadiatou, la fille du directeur d’école promit alors d’en parler à son père. « Comme il est le Directeur de l’école, il nous aidera…» dit elle pour rassurer son amie Binta. Mais Binta n’était plus sûre de rien. Son père a toujours été dur avec elle et ne revenait jamais sur sa décision.
Le lendemain, après le petit déjeuner, au moment où Binta rassemblait les bols pour les laver, arrivèrent Mr Diallo le directeur d’école et sa fille Kadiatou. Binta accueillit Kadiatou avec un large sourire et lui indiqua un petit tabouret pour s’asseoir.
La visite de Monsieur Diallo suscita beaucoup d’interrogations chez El hadj, le père de Binta. Il pensait à ses deux garçons qui fréquentaient l’école. Ont-ils commis des infractions? Se demandait-il tout bas. Mais M. Diallo le rassura en lui disant que l’objet de sa visite était Binta et non les deux garçons. « Binta ne doit pas rester à la maison cette fois-ci, elle doit aller à l’école comme ses copines de yirde. »
Elhadj regarda longuement Monsieur Diallo et l’interrogea sur ce à quoi l’école pouvait bien servir à Binta, sa fille. Pour lui, une fille ne doit pas perdre son temps à l’école. Elle doit plus tôt se mettre à l’école de la maison! Là où sa mère est la seule maîtresse. « Surtout que Binta sait déjà nous faire à manger et s’occupe bien de ses frères comme une grande personne! » ajouta t-il à l’intention de Monsieur Diallo.
Monsieur Diallo, cependant, ne désarme pas. Il fait comprendre à Elhadj que de tout son yirde, seule Binta ne fréquentait pas l’école. Elhadj ouvrit de grands yeux et demanda à mieux comprendre. Mr Diallo n’alla pas par quatre chemins. « nous devons inscrire Binta à l’école. Nos filles aussi sont nos enfants tout comme les garçons à ce que je sache!» martela t-il.
Un lourd silence tomba. Elhadj secoua sa tête et fixa le ciel. Et Monsieur Diallo profita de cet instant pour reprendre sa plaidoirie. « Vous savez Elhadj, devant Dieu, et dans le Coran, filles et garçons sont égaux. A la Mosquée, on nous enseigne qu’il faut prendre nos enfants sur le même pied d’égalité. Nos filles et nos garçons doivent avoir les mêmes chances d’accès à l’éducation. Et nos filles, si elles accèdent à l’éducation au même titre que nos garçons, elles seront médecins, ingénieurs, enseignantes, ministres etc… Et quand elles le sont, c’est toute la communauté qui en bénéficie».
Elhadj soupira longuement! Il venait de comprendre son erreur! il a laissé sa fille pour compte sous prétexte qu’elle perdrait son temps en allant à l’école. Il fixa Monsieur Diallo droit dans les yeux et lui dit: « Je vous promets que ma fille Binta elle aussi, comme toutes ses copines d’âge, fréquentera l’école Inch Alla. Vous pouvez compter sur moi. »
M. Diallo était content de l’effet que sa visite venait de produire sur le père de Binta. « Nous vous remercions d’avoir compris que les enfants ont des droits et que l’un de ces droits est bien le droit à l’éducation». Ce droit recommande que tout enfant ait droit à un enseignement sûr qui lui inculque le respect de sa famille de son identité culturelle, de sa langue, des valeurs nationales de son pays. »
Elhadj souriait au fur et à mesure que Monsieur Diallo, avançait dans ses explications. Il avait si bien compris qu’il décida sur le champ de confier à Monsieur Diallo le soin d’aider sa fille Binta à rattraper le retard qu’elle a pris.
- Je reconnais que ce retard est dû à mon ignorance des droits des enfants. Inch Allah, Je passerai vous voir sans délai, pour son inscription. »
Durant tout l’entretien, Kadiatou et Binta n’ont rien dit. Elles se sont contentées d’échanger de temps en temps des regards pleins de confiance. Elles savaient maintenant qu’elles allaient se retrouver à l’école dès l’ouverture prochaine.
Zénab Koumanthio Diallo




















