
« Ensemble changeons la Guinée », c’est le slogan qui a motivé la majorité des Guinéens à élire celui dont le projet de société les a convaincus. Mais il est clair aujourd’hui, que les méthodes pour opérer ce changement ne sont pas favorables aux personnes handicapées. Elles ont réclamé le changement tant attendu qui devait en principe susciter l’espoir chez elles. Jusque-là, elles avaient soif de constater l’amélioration de leurs conditions de vie à tous les niveaux. Le diagnostic actuel révèle que leurs droits sont systématiquement violés. Représentant une frange importante de la population électorale, l’expression de leur suffrage était sollicitée dans les urnes. Elles sont à présent stigmatisées après l’obtention de celle-ci.
La pleine insertion socioprofessionnelle des handicapées, l’éducation inclusive pour tous les handicapés et la valorisation de l’enseignement spéciale sont des priorités ignorées. La construction de la ‘’Maison de solidarité’’ est l’œuvre de l’ancien Président Ahmed Sékou Touré. Les pauvres handicapés qui y vivaient bénéficiaient alors du soutien de l’Etat, qui leur assurait la pension alimentaire. Cette ‘’maison de solidarité’’ a été construite en vue de freiner la mendicité à Conakry et d’empêcher que les handicapés soient dans la rue. Déterminés à défendre les intérêts des handicapés, les intellectuels handicapés profitant de la libéralisation des initiatives privées, ont mis en place des organisations non gouvernementales.
Ainsi, l’Association Guinéenne pour la Promotion des Aveugles (AGUIPA) fondée en décembre 1988, crée la première école pour aveugles et malvoyants. La Fédération Guinéenne des Associations de Personnes Handicapées (FEGUIPHA) fondée également en avril 1993, est chargée de coordonner les actions de ces différentes associations en charge de la personne handicapée. L’Association Guinéenne pour la Formation et la Réinsertion Sociale des handicapés, l’Association Guinéenne des Parents des Handicapés Mentaux et l’Association Guinéenne des Malentendants ont été agréées pour donner un sens au combat en faveur de la protection réelle des droits du handicapé.
En 1996, Madame Hadja Saran Daraba, Ministre des affaires sociales, de la promotion féminine et de l’enfance d’alors, décide de changer les données de l’équation. Les handicapés de la ‘’Maison de solidarité’’ ne percevront plus leur pension alimentaire habituelle. L’objectif était de faciliter le financement et la mise en œuvre du projet de réhabilitation à base communautaire. Ce projet dont la réalisation a finalement été impossible, prévoyait le retour des handicapés dans leurs milieux d’origine, avec des mesures d’accompagnement leur permettant de vivre. Sous le mandat du Général Lansana Conté, d’autres efforts en termes d’appui aux handicapés ont été enregistrés.
L’adoption en 2008 de la proposition de loi sur la promotion et la protection des personnes handicapées, la ratification des conventions internationales dont celle relative au respect des droits des handicapés et la convention 159 du Bureau International de Travail sur la réadaptation professionnelle et l’emploi des personnes handicapées, illustrent le cadre juridique approprié en leur faveur.
La constitution guinéenne de 2010 en son article 19, leur consacre aussi le droit à l’assistance. Loin de la victimisation, les porteurs de handicap en général sont considérés dans ce pays comme ceux qui tendent la main devant les mosquées et les églises, à la recherche du pain quotidien. Malgré quelques bonnes intentions pour répondre à nos profondes aspirations, le gouvernement ne parvient pas d’abord à tenir compte de nos préoccupations.
Nous avons pourtant déclaré que nous sommes exclus de la gestion de nos propres affaires. En 2013, la révélation de la presse portait sur le détournement de fonds destinés à la réalisation du projet de l’éducation inclusive. Ce gros scandale financier mettait en cause l’ancienne patronne du département ministériel des affaires sociales et certains cadres véreux. Aucune sanction pénale n’est encore envisagée contre les présumés auteurs des faits, alors que les lois de la république traduisent exactement la volonté et l’expression du peuple. Leur application rigoureuse rend les institutions républicaines fortes et leur imprime une dynamique de crédibilité. Les responsables au sommet de l’Etat se plaisent à nous observer dans la misère !
Classé dans le portefeuille du Ministère de l’action sociale, de la promotion féminine et de l’enfance en 2003, l’école Sogué des aveugles et malvoyants reste confrontée aux difficultés liées à la formation académique des enfants déficients visuels qui y sont inscrits. Le manque de qualification du personnel enseignant et d’autres problèmes majeurs, constituent des maux qui minent cette institution d’enseignement élémentaire spécial. Des propositions de solutions afin de corriger ces insuffisances ont été faites aux autorités de notre ministère de tutelle. Des mesures efficaces pour mettre en application nos recommandations tardent toujours.
Des questions sensibles qui touchent à l’emploi des jeunes, préoccupent nos gouvernants et en font leur cheval de bataille. Celles qui concernent l’intégration des handicapés dans le monde du travail en République de Guinée, ne sont pas au centre de leurs préoccupations ! De nombreux jeunes handicapés éprouvent des difficultés à accéder aux stages et au premier emploi. Les meilleurs qui travaillent pour le compte de l’administration publique, sont nettement discriminés et ne peuvent faire valoir leurs compétences au service de la Nation.
Tendre des enveloppes financières insignifiantes aux handicapés en les renvoyant dans leur ville d’origine parce qu’ils encombrent les rues de la capitale, n’est pas un moyen de lutte efficace contre la mendicité. Leur permettre d’exercer des activités génératrices de revenu en favorisant la création des centres de formation professionnelle, est fondamental. Cela ne doit pas être une simple opération de charme à laquelle il faut se livrer. Il est donc impérieux de traduire les gestes en actes concrets.
Contribuer valablement à l’amélioration du système de bonne gouvernance, obéit aux critères de renforcement des capacités de tous les secteurs de l’administration. Promouvoir et valoriser les compétences, encourager l’excellence et le mérite, ne sont que des facteurs de progrès et de développement économique.
Gouverner sur la base des convictions qui ne répondent pas aux attentes du peuple, est un comportement qui met en péril des efforts de croissance économique et de réformes administratives. Notre réussite ne doit pas être perçue comme celle qui relève de l’ordre des exceptions.
Bakary MANSARE pour GCI
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