
Nul doute que dans un avenir très proche, la Guinée sera à un autre croisement de son histoire. Il serait pénible que le mauvais sort qui a affligé ce pays, pendant plus de quatre décennies, perdure au delà de ce point. Il serait encore plus regrettable que les populations guinéennes abandonnent au sort, une fois de plus, une si belle opportunité d'édifier une nation qui stimule et protège leur bien être.
Par le passé, les grands événements ont semblé prendre les Guinéens de vitesse, les rendant impuissants à participer aux décisions importantes qui façonnent leur existence. Déjà, n'y étant pas adéquatement préparés, l'indépendance s'est avéré être une surprise. Le pays comptait peu d'administrateurs rompus à la tâche de gérer une économie déjà complexe. Pour des raisons évidentes, la France n'était pas disposée, comme dans le cas des autres anciennes colonies, à lui fournir les cadres expatriés pour prendre la relève.
Aussi, l'avènement de la Deuxième République a été un fait fortuit, intervenu à la faveur d'une mort que peu de personnes attendaient. Ceux qui ont hérité du pouvoir vacant n'avaient qu'une idée très naïve des problèmes délicats de gestion économique, politique et sociale. Le résultat n'est que trop apparent.
Tout le monde se doute qu'un autre changement inopiné est dans les cartes. L'idée que cet événement puisse intervenir sans que les Guinéens y soient préparés, devrait constituer un souci collectif. Le risque est que le pays s'engouffre dans un tourbillon qui ne fera que détériorer encore plus le niveau de vie, déjà effondré, de populations très appauvries et délaissées par les gouvernants précédents. Il serait salutaire que les partis politiques, la société civile, les élus et toutes les forces vives du pays s'engagent dans une sérieuse réflexion sur l'état des lieux pour dégager un consensus sur les reformes à entreprendre en vue de susciter une relance économique et réorganiser la société guinéenne sur des bases plus prometteuses. Cet exercice devrait aujourd'hui constituer la préoccupation essentielle de ceux qui nourrissent de nobles intensions pour ce pays. Entre autres, un tel débat pourrait sérieusement contribuer à souder les franges d'une société qui a, malheureusement, été grièvement fragmentée par les querelles politiciennes.
Les idées avancées ci-dessus sont loin de couvrir la somme des reformes souhaitables. D'ailleurs les sujets traités se limitent à des domaines familiers à l'auteur, et aux nombreuses personnes qui ont bien voulu contribuer avec leurs propres idées. A terme, si un tel exercice s'avérait être utile, il s'agira, à proprement dit, d'élaborer une feuille de route (pour emprunter une expression très à la mode ces derniers temps) qui définisse les priorités politiques, administratives, économiques et sociales, et édifie un plan d'actions concrètes. Ces grandes priorités comprendraient, entre autre, les thèmes débattus ici:
• La nécessité de créer un environnent politique harmonieux qui non seulement tienne compte de toutes les sensibilités du pays, mais qui de surcroît garantisse une plus grande participation de toutes les couches sociales aux décisions qui régissent leur vie.
• Une définition succincte du cadre juridique définissant les limites des pouvoirs des grandes institutions nationales, et une clarification de leurs rôles respectifs.
• Une identification des priorités macroéconomiques et sectorielles et des méthodes d'interventions susceptibles d'engendrer une véritable relance économique.
• Une profonde réorganisation de l'administration guinéenne.
I. Reformes Politiques
Le niveau de la contestation politique, qui a caractérisé la deuxième république, est un véritable hommage au courage de certains leaders des partis d'opposition et de leurs sympathisants. Ces femmes et hommes ont eu l'intrépidité d'exprimer leurs opinions, face à une rare intolérance et une répression sauvage. Cependant, beaucoup de ces partis ont aussi attisé l'ethnocentrisme que le pouvoir a utilisé pour consolider ses assises. Ceux-la ont, à leur tour, malheureusement eu recours à des arguments émotionnels pour galvaniser l'adhérence à leurs organisations. De ce fait, le danger le plus sérieux, aujourd'hui en Guinée, demeure cette partition de fait qui pourrait, dans le futur, empêcher une collaboration nécessaire entre tous les Guinéens.
Pour palier à cette division, il serait indispensable de mettre en place des codes, qui contraignent les partis politiques à adopter un langage plus inclusif. Ainsi une formule à considérer serait de modifier les règles électorales de telle sorte à ce que lors d'élections nationales, les partis politiques soient tenus d'obtenir une proportion (par exemple 10%) de leur suffrage en dehors de la région où ils auront obtenu les plus grands scores. Ainsi tous les partis seront contraints de solliciter des adhérents dans les autres régions, et par ce biais encouragés à tenir un langage plus républicain.
La décentralisation, la dévolution de pouvoirs politiques, financiers et administratifs à des institutions et personnes physiques élues aux niveaux des municipalités locales, est une tendance croissante dont l'expérience prouve être un schéma administratif qui encourage la démocratie. Pendant qu'un nombre croissant de pays du tiers monde travaillent à développer les capacités et accroître l'autorité des élus locaux, il est regrettable que le gouvernement guinéen lui a choisi d'abroger (illégalement disent certain juristes) des provisions de la constitution qui encourageaient une plus grande décentralisation.
La décentralisation est une forme de gestion administrative qui comporte plusieurs avantages dont:
• Une segmentation de l'autorité en des pouvoirs plus restreints et moins successibles de produire la dictature et la corruption.
• Un accroissement de l'efficacité administrative.
• Une réduction de l'ampleur du gouvernement central.
• Une plus grande participation des citoyens dans la gouvernance.
• Une meilleure capacité pour les citoyens de jauger les processus de décisions gouvernementales.
Pour être efficace ce pouvoir local doit hériter d'une autonomie politique (organisation et gestion des structures), une indépendance financière (à travers une fiscalité propre ou une allocation du gouvernement centrale) et une responsabilité administrative définie. La décentralisation véritable exige la présence d'élus locaux qui répondent à leurs électeurs. Quand de tels gouvernants sont nommés, plutôt qu'élus, ils ne tiennent pas compte des aspirations des citoyens et deviennent plutôt tributaires de l'administration centrale duquel dépend leur emploi.
La décentralisation est un catalyseur pour la démocratie dans la mesure où elle apporte la gouvernance à proximité des citoyens, et encourage leur participation dans l'identification et l'élaboration des projets, des codes et des lois qui affectent la communauté. Dans un gouvernement décentralisé, les populations, même celle vivant dans les coins les plus reculés du pays, ont l'assurance d'une participation direct aux décisions qui non seulement affectent leur bien être mais qui contribuent aussi à façonner les politiques générales du pays qu'ils partagent avec leur concitoyens. La décentralisation a tendance à encourager une plus grande participation dans la mesure où son efficacité est tributaire des organisations locales qui aident les citoyens à participer au processus d'identification des priorités, de leur suivi et des résultats obtenus par les élus.
Un système décentralisé repose nécessairement sur une structure politique expérimentée. Il est juste de reconnaître que la première république a été en mesure de développer une charpente politique très décentralisée. Ceci offre aux Guinéens une expérience et une structure qui peut servir de base à une administration décentralisée et efficace.
Un système décentralisé a aussi besoin de ressources humaines compétentes pour la gestion de ses administrations. Ceci inclus la gestion de personnel et des finances, la capacité d'élaborer des programmes et projets et d'en faire le suivi. C'est la peut être que réside la plus grande carence des futures localités Guinéenne. Sur ce point plusieurs institutions multilatérales ont déjà entrepris un effort de formation appréciable qui devrait être accentué par les futurs gouvernants Guinéens.
II. Reformes des Institutions Nationales
Les experts et autres chercheurs conviennent de nos jours qu'un développement économique et social soutenu ne peut intervenir que dans une atmosphère qui embrasse des valeurs démocratiques saines. L'aspect fondamental et le garant principal d'une démocratie est la séparation des pouvoirs du gouvernement entre les branches de l'exécutif, du législatif et du judiciaire. Cette séparation, pour être efficace, doit être accompagnée de systèmes de contrôle mutuels entre ces branches afin de limiter les abus et encourager l'usage de ces pouvoirs à des fins honorables.
Les paragraphes suivants illustrent le genre de reformes qui sont nécessaires à la restructuration d'un système juridique efficace non seulement dans sa capacité à résoudre les conflits, mais qui est surtout en mesure d'inspirer confiance au sein des communautés locales et étrangères.
La présence d'un système judiciaire performant et fiable, qui puisse trancher objectivement les litiges, est l'un des repères indispensables à la bonne conduite de la démocratie. L'importance d'une justice fiable réside dans l'assurance que les contrats et lois seront respectés. Cette assurance est ce qui motive l'initiative privée des entrepreneurs et forme la base d'une économie vibrante.
Bien que possédant des juges dont la compétence n'a rien à envier aux autres juridictions africaines, il est évident que le système judiciaire guinéen souffre de sérieuses carences qui donnent lieu à une appréciation mitigée de son impartialité. De folles rumeurs circulent à Conakry selon lesquelles la plupart des décisions sont faites sur la base des capacités des litigants à graisser les rouages. Dans d'autres cas, les décisions juridiques sont fortement influencées par le pouvoir qui s'en sert pour ‘régler les comptes' de personnes jugées opposées au régime. Dans tous les cas la crédibilité du système juridiques guinéen est sérieusement en faillite.
L'indépendance du système judiciaire (l'absence de pression de la part d'individus ou de groupes) est essentielle pour qu'un système juridique puisse conserver une objectivité dans ses décisions. Les menaces posées à cette indépendance émanent souvent d'individus ou de groupes en quête d'un plus grand pouvoir, tel l'exécutif, le législatif, les partis politiques, des individus ou associations de criminels, et parfois la hiérarchie judiciaire elle-même. L'indépendance de la justice renforce la confiance du public vis-à-vis de la capacité du gouvernement à protéger les droits des individus, leur sécurité et leurs propriétés. Cette indépendance encourage l'investissement et les activités économiques parce qu'elle procure aux agent économiques la certitude que les contrats (sociaux et commerciaux) seront respectés et que les disputes (commerciales et politiques) seront résolues équitablement.
Pour encourager l'indépendance du système judiciaire en Guinée, plusieurs reformes seront nécessaires tels:
• Dépolitiser le processus de nominations et de promotion administratives des juges, en supprimant l'autorité de l'administration et en confiant ce rôle à un conseil indépendant.
• Retirer l'autonomie du Ministère de la Justice sur l'administration des cours de justice, pour parfaire la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire.
• Améliorer les conditions matérielles des juges afin de les mettre outre porté de certaines tentations.
• Améliorer l'administration des cours de justice, à travers l'informatisation des moyens de communication et de la gestion des informations.
• Mettre à la disposition des juges des bibliothèques et autres bases de données nécessaires à la bonne conduite de leur profession.
• Renforcer les curriculums universitaires et offrir périodiquement aux nouveaux juges des stages de formation dans des pays Africains à forte tradition judicaire.
• Avant d'opérationnaliser les reformes profondes, créer un comité de révision des décisions juridiques avant qu'elle ne soient entérinées par les courts. Ce comité pourrait être composé d'experts venus de pays Africains étrangers, pour préserver une impartialité absolue.
• Accorder une plus grande transparence dans la diffusion des processus et décisions juridiques, pour permettre aux individus et groupes de documenter et suivre ces décisions et d'apprécier le degré d'impartialité de chaque juge.
• Désenclaver le système judiciaire en créant des méthodes parallèles de résolution de certains types de conflits, permettant aux litigants de résoudre leurs disputes à moindres coûts.
• Développer et appliquer rigoureusement un code d'étique qui prévoie des sanctions exemplaires pour délit commis par des agents assermentés de la justice.
Des reformes similaires sont à contempler dans tous les secteurs de l'administration guinéenne. Ces reformes éclairciront, par exemple, le rôle constitutionnel de l'Assemblée Nationale et de ses membres. Elles définiront leur droit de regard sur les activités de l'exécutif et précisera leur autorité de sanctionner les hauts fonctionnaires à l'inclusion même de Chef de l'Etat dans des situations où ce dernier aurait abusé du pouvoir qui lui aurait été conféré par les électeurs.
III. Reformes Economiques.
L'économie Guinéenne est confrontée à un grand nombre de difficultés structurelles. Attaquer un problème isolé, en fait tend à plutôt aggraver la situation générale en créant un déséquilibre encore plus aiguisé. Ce qui est plus salutaire serait de développer une stratégie globale qui s'attaque aux carences structurelles de l'ensemble de l'économie. Une telle stratégie devrait être l'ouvrage de techniciens Guinéens compétents, plutôt que le dictat d'experts étrangers. Bien que l'assistance technique étrangère peut apporter à la Guinée des instruments de gestion macroéconomique performants, leur efficacité demeure dans le fait qu'ils doivent rester des instruments qui sont maniés par les agents nationaux.
Par le passé, la Guinée a réservé une audience très attentionnée aux prescriptions des institutions internationales (spécialement la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International) en matière de gestion économique. Cette dépendance aurait pu entraver le développement de capacités locales pour analyser, concevoir et gérer un système économique mieux adapté aux réalités objectives du pays. Cependant de plus en plus d'évidences suggèrent que les pays qui ont été en mesure d'émerger du sous-développement sont ceux qui ont facilité cette capacité endogène de gérer leur propre économie, et qui ont assumé le courage de développer des solutions locales, même quand parfois ces conceptions sont en désaccord avec les prescriptions dogmatiques des institutions multilatérales.
Approche sectorielle. Bien que contraire aux prescriptions du FMI et de la Banque Mondiale, les exemples des pays du sud-est asiatique, et même de la Côte d'Ivoire, plus à côté, démontrent que les fortes croissances économiques sont liées à la bonne maîtrise de filières nationales. Ce modèle vise l'identification et la concentration des ressources à développer toutes les structures de production et de commercialisation de produits pour lesquels le pays a, à priori, un avantage comparatif (dû à la présence massive de ces éléments dans le sous-sol; les condition climatiques spéciales; la pluviométrie; la composition chimique du terrain etc…). La gestion d'une telle filière devra nécessairement bénéficier d'une implication active de l'état, pour faciliter un environnement économique propice à l'évolution de sociétés privées, à charge d'exploiter ces avantages. Le cumule des efforts de ces entreprises est ce qui ultimement crée un grand nombre d'emplois, et dégage des ressources financières supplémentaires à travers un surplus à exporter. L'assistance de l'état pourrait se limiter à la coordination des opérations d'introduction et de vulgarisation des techniques de production et de commercialisation.
Vu la situation géologique de la Guinée, les secteurs miniers et agricoles présentent des opportunités particulièrement attrayantes pour développer des pôles économiques qui entraîneraient les autres secteurs dans leur croissance.
Réformes macroéconomiques. Des réformes profondes sont indiquées pour remettre sur les rails un pays dont la gestion économique a été au mieux hasardeuse. Redresser les équilibres dans les marchés financiers serait la première étape d'un tel projet. Ceci permettrait d'inciter les entrepreneurs et autres agents économiques à promouvoir des activités qui génèrent l'emploi, l'épargne et la croissance.
Les reformes macroéconomiques prioritaires doivent respecter une séquence précise, pour être en mesure de redynamiser l'économie Guinéenne. Parmis les reformes à entreprendre il y a lieu de considérer les suivantes:
• Rigueur Monétaire : L'instrument essentiel d'une bonne gestion économique reste la monnaie. Le Franc Guinéen fait preuve d'une grande instabilité est la source d'une forte pression inflationniste. Les premières reformes doivent rationaliser les opérations de la Banque Centrale, afin de renforcer ou, tout au moins, stabiliser la monnaie. De ce point de vue les efforts à entreprendre seront gargantuesques, dans la mesure où non seulement cette institution a été très mal gérée, à en juger par la détérioration vertigineuse du Franc Guinéen (due à une émission monétaire désorganisée), mais par son biais, de graves crimes ont été commis contre l'humanité Guinéenne. L'incapacité du pays à procurer à ses habitants les nécessités essentielles tel que l'eau, électricité, et autres services publics, est liée à la débauche financière incontrôlée qui y règne. Les sorties frauduleuses de vastes sommes de monnaie locale, devises étrangères, les ventes et transferts illicites des réserves d'or du pays s'ajoutent à un endettement du trésor auprès de la Banque Central qui se situe à un niveau sans précèdent (plus de mille milliards de francs Guinéens). L'ampleur de cette irresponsabilité est telle que pour rembourser ces créances il faudrait que tous les Guinéens acceptent de reverser tout leur salaire annuel à l'état pendant au moins deux ans à venir.
Pour reformer cette institution il faudrait commencer par entreprendre un audit détaillé de l'utilisation qui a été faite de ses ressources, afin d'établir les responsabilités individuelles et les carences de l'institution. Il faudra ensuite mettre en place un system de gestion plus strict et absolument transparent, sur lequel les institutions républicaines (particulièrement l'Assemblé Nationale) aurait un droit de regard. L'objectif essentiellement viserait la stabilité du Franc Guinéen, afin de susciter la confiance en l'économie et par ce biais attirer les investisseurs.
L'économie étant majoritairement tributaire des activités de l'état, une plus stricte discipline fiscale et une réorganisation des postes de dépense publiques, aura des répercussions salutaires sur le reste de l'économie. Il serait nécessaire de mettre sur pied un système budgétaire transparent, cautionné par l'Assemblé Nationale, au moins dans les grands postes de dépenses et recettes. De plus l'état devra renforcer ses moyens de collecte fiscale et supprimer toutes les exonérations fantaisistes, fréquentes de nos jours.
• Il sera essentiel d'avoir une maîtrise infaillible des recettes et dépenses gouvernementales. La rigueur fiscale induit un meilleur contrôle des déficits budgétaires et des taux d'inflation élevés qui affectent plus sévèrement les plus pauvres. La réorganisation des dépenses publiques impliquerait une priorité pour les activités qui stimulent la croissance, dans des secteurs tels la santé, l'éducation et les infrastructures. La bonne planification et discipline faisant défaut, le gouvernement actuel manque la crédibilité fiscale nécessaire pour combler les déséquilibres à travers les emprunts auprès des marchés financiers. Cependant le recours à l'emprunt est un véhicule indispensable à la gestion des pays.
• Une redéfinition de la politique commerciale et du taux d'échange encouragerait la production locale et l'exportation, pour favoriser la création d'emploi et dégager des valeurs ajoutées. Pour ce faire une priorité devrait être accordée à la baisse des tarifs et une simplification des formalités administratives inutiles qui défavorisent aussi bien les importations d'intrants (tel l'engrain) que les exportations de produits locaux.
• Revoir les modalités de privatisation des entreprises publiques (passé et future) et le processus d'octroi des concessions d'exploitation (surtout minier) pour s'assurer que le pays recouvre la juste valeur des actifs cédés.
IV. Reformes Administratives.
L'urgente priorité serait de créer un environnent administratif où toutes les décisions de l'état sont prises en fonction de leurs mérites et par rapport au bien être des Guinéens. Dans ces circonstances, contenir la corruption, l'usage abusif d'une fonction publique pour assurer un gain privé, devient un objectif majeur. Car l'impact économique et social, de la corruption, est un des éléments les plus contraignants à la croissance de pays en voie de développement. La corruption affecte toute l'étoffe d'une société. Sa nature invasive est un véritable challenge au développement économique. Malheureusement les couches sociales les plus affectées par ses méfaits sont aussi les groupes les plus fragiles (les pauvres, les femmes, les sans-emploi) qui ont alors plus de mal à accéder aux biens et services nécessaires à une amélioration de leur standard de vie. L'impact négatif de la corruption peut s'étendre même aux aspects vitaux de l'existence des citoyens, tel l'accès aux soins médicaux, quand les agents sanitaires imposent aux patients des ‘dessous-de-table' pour accéder à des procédures critiques.
La corruption encourage l'inefficacité des marchés et pousse les agents à négliger les projets d'investissement les plus bénéfiques à la société. Elle détruit la notion de service public dans le processus de décision, et par ce biais sape la légitimité des institutions de l'état. Les marchés soumis à la corruption greffent les prix des biens et services et détruisent la compétition. Au niveau du système judiciaire la corruption met en doute l'applicabilité des contrats passés entre personnes physiques et entre les sociétés, ce qui crée une forte détérence à l'investissement
Sous la deuxième république, la corruption a pris des dimensions tentaculaires. Elle est devenue un comportement institutionnalisé dans tous les rouages de l'administration. Elle est non seulement tolérée mais même encouragée dans les normes sociales. L'éradication d'un tel fléau demande aussi bien des changement profonds dans la structure du fonctionnement de l'appareil d'état, que des mesures accompagnatrices, destinées a modifier a long terme les meurs et conceptions sociales.
Les mesures contre la corruption doivent commencer par la promulgation de lois strictes qui criminalisent l'acte de solliciter, offrir ou accepter des pots de vin. Pour être efficace la loi doit être accompagnée de plusieurs mesures complémentaires dont:
• L'élaboration d'un ‘Code de Conduite de l'Administrateur‘ qui définissent clairement les comportements à éviter ou à signaler aux autorités, au risque être cité pour délit de complicité.
• La création d'un bureau d'audit, indépendant de l'exécutif, rattaché à l'Assemblée Nationale. La fonction essentielle de ce bureau sera de conduire des enquêtes sur les délits de corruption.
• Donner à ce bureau la capacité de mener des enquêtes sur les sources extravagantes de richesse ou de comptes en banque excessifs par rapport aux revenues justifiables.
• La création d'un mécanisme pour que les citoyens puissent anonymement signaler les délits.
• Donner à l'Assemblée Nationale un droit de regards sur l'attribution des très grands marchés d'état.
• L'imposition de pénalités spéciales pour les agents de l'état, tel la perte de la pension de retraite.
• Le renforcement des systèmes de compétition pour les marchés d'état (ouverture publique des offres, clarification des critères et procédures d'attribution).
• Imposer une plus grande transparence dans les marchés d'état (accroître l'accès du public aux informations y afférent; éduquer les citoyens sur les procédures et soumettre à la presse et aux ONG les documents de passation de marché).
• L'utilisation de la technologie informatique pour améliorer la gestion financière des services de l'état
• Promouvoir des reformes judiciaires ciblées (indépendance et impartialité des cours; modernisation des méthodes de gestion des dossiers; procurer à la court des moyens d'investigation).
Les mesures sociales. Pour être plus efficace, la lutte contre la corruption devrait entreprendre, à long terme, de changer la mentalité de tolérance (et même d'encouragement), vis-à-vis de la corruption, qui prévaut de nos jours en Guinée. Le succès d'une telle opération résidera dans la volonté politique affichée au plus haut niveau de l'état. Les reformes sociales comportent:
• Susciter un support des électeurs dans la lutte contre la corruption (éducation des masses sur les conséquences de ce fléau; entreprendre une campagne d'explications; mesurer la tendance et les changements dans la perception publique).
• Encourager et protéger les investigations des journalistes sur les cas de corruption (protéger les journalistes contre les répercussions d'un tel déballage; offrir des stages de formation sur les techniques d'investigation; encourager la formation de branches locales d'organisations tels ‘Transparency International ‘).
• Mobiliser la volonté politique (ateliers d'explication pour les responsable politiques ; solliciter l'adhésion des plus hauts responsables à l'effort ; encourager une participation internationale ; obliger les leaders à adhérer aux traités régionaux et internationaux qui accentuent la lutte contre la corruption).
• Aider à la création d'un organisme national indépendant pour coordonner tous les efforts et l'information.
Mori Diané
Washington




















