
C’est à croire que les syndicalistes et les politiques s’étaient concertés pour harmoniser leurs agendas. En effet, s’il est vrai que l’opposition n’a jamais abandonné sa menace de recourir de nouveau à la rue, elle aura tout de même attendu que les centrales syndicales mettent le gouvernement dos au mur, pour adresser le premier courrier formel au premier ministre, Mohamed Saïd Fofana. Du coup, alors qu’on n’est pas tout à fait sorti de l’épidémie du virus Ebola, le pays pourrait faire face à deux crises d’envergure dans les prochaines semaines, voire dans les prochains mois.
Le risque est d’autant plus important que syndicalistes et gouvernement semblent, tous deux, camper sur leurs positions. Du côté des représentants de la classe ouvrière, on estime que les travailleurs sont soumis à une pression sociale telle qu’un geste de la part des autorités est non négociable. Aucune patience ne semble plus admissible.
En face, le gouvernement mettant en avant la rigueur imposée par un certain nombre de réformes voulues et préconisées par les partenaires de Breton Wood, dit n’avoir aucune marge de manœuvre. En conséquence le choc frontal sera difficilement évité. A moins que les autorités, faisant valoir un certain réalisme politique, ne fassent l’impossible.
Schéma identique en ce qui concerne les revendications de l’opposition guinéenne. Des cinq points qu’elle met en avant pour justifier la mise en place d’un cadre de concertation, un seul lui tient particulièrement à cœur. Il s’agit du ‘’choix, par appel à la concurrence internationale, d'un nouvel opérateur technique pour la révision du fichier électoral’’.
Pour ce qui est de l’organisation des élections communales et communautaires, il s’agit simplement de se conformer à une démarche de forme. Il en est de même du point relatif à l’indemnisation des victimes des marches ou de la poursuite des auteurs ou des commanditaires des actes de violence perpétrés dans le cadre des manifestations politiques d’avant les élections.
Cellou Dalein Diallo et ses camarades ne sont véritablement intéressés que par tout ce qui est en rapport direct avec les futures élections présidentielles. Ils ont cela en commun avec le pouvoir.
C’est justement là où les choses se corsent. Il est bien possible que le président Alpha Condé consente au recrutement d’un nouvel opérateur technique en charge d’établir un nouveau fichier électoral ; mais même si tel était le cas, il n’est pas certain qu’il accepte que les règles présidant au choix de ce nouvel opérateur soient consensuelles.
La rencontre qu’il a récemment eue, en catimini, avec les commissaires de la CENI proches de son camp politique illustre à suffisance la façon dont il compte s’y prendre. En ayant conscience que de l’importance stratégique du choix de l’opérateur dans l’issue des prochaines élections, le président Alpha Condé qui ne fait pas mystère de sa volonté de se faire réélire ne se laissera certainement pas faire, aussi facilement. Ce qui, là aussi, n’est pas de nature à calmer ses opposants.
Salématou Diallo pour GuineeConakry.info




















