
Concernant les massacres du 16 septembre 2014 à Womey, le premier paradoxe qui saute aux yeux, c’est le silence relatif de l’opposition dans son ensemble, et de Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré en particulier. Ces deux leaders parmi les plus importants de l’opposition guinéenne n’ont, en tout cas, pas eu une réaction à la mesure de la gravité des événements en question.
Le leader de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, s’est davantage ému de l’assassinat d’Amadou Oury Diallo que de celui des huit membres de la mission de sensibilisation qui s’était rendue à Womey. De sa part, cette attitude n’est pas une première. A chaque fois que de telles tragédies ont été enregistrées dans cette région, on a eu l’impression qu’il laissait le soin aux ressortissants de monter en première ligne. Alors que, quand il s’agit de problèmes en Moyenne Guinée, tout le monde s’aligne derrière lui. En réalité, il n’est pas seul à agir de cette façon.
Sidya Touré qui aime se présenter comme un ‘’leader transversal’’ a, au lendemain du fameux discours de Cellou Dalein Diallo à Chicago, démontré qu’en réalité, il compte surtout sur la Basse Guinée. Dans tous les cas, il n’a pas non plus, été particulièrement tranchant vis-à-vis de la gestion de la tragédie de Womey. Bien entendu, les grandes formations politiques rendent publiques des déclarations formelles et en profitent pour dénoncer les agissements de l’Etat, mais personne ne fait l’effort de poursuivre le dossier jusqu’au bout, quand il s’agit d’une région différente de la sienne, ou quand les victimes ne sont pas nécessairement de son origine ethnoculturelle !
Faya Millimono et le député Holomou Koni Kourouma qui semblent aujourd’hui les plus dynamiques dans la recherche de la vérité, n’avaient pas fait montre de la même proactivité au sujet des multiples conflits qui ont dernièrement émaillé la région du Fouta. Le leader du Bloc Libéral n’avait que très sommairement évoqué les violences consécutives aux dissidences internes au RPG à Siguiri. Tandis que l’opposition aurait pu dénoncer la dimension violation des droits humains de ces mêmes violences, elle y avait davantage vu la déchéance du parti présidentiel, ce dont elle s’est davantage réjouie. Pour sa part, le pouvoir dont la réaction est des plus promptes quand il s’agit de problèmes intéressant la Haute Guinée, use de la politique de l’autruche au sujet des conflits domaniaux au Fouta et se contente de pseudo-solutions par rapport aux violences récurrentes de la région forestière.
De manière passive ou active, tout le monde encourage ou entérine donc l’ethno-stratégie. Et la situation est d’autant plus complexe que le champ politique n’est plus le seul infesté par ce virus. En effet, même au niveau des organismes de défense des droits humains, une coïncidence suspecte fait que les ONG qui essaient de prendre en charge les crises de la Forêt, sont très souvent dirigées par des ressortissants de la région. C’est à croire que là aussi, les rôles seraient tacitement repartis par avance.
De même, Elie Kamano se singularise depuis un certain temps par une tendance à défendre ‘’sa région’’ face à ce qu’il conçoit comme une forme d’ostracisme dont cette dernière serait victime. Ce qui n’est pas sans rappeler une autre prise de position que l’autre reggae man, Takana Zion, avait eue face aux menaces qui, de son point de vue, planeraient sur les Soussous de la presqu’ile de Kaloum.
Comme on le voit, en dépit des dénégations et des plaidoyers formels en faveur de l’unité nationale, le repli identitaire semble s’incruster de manière très profonde dans les différentes sphères de la société guinéenne. Un drame d’autant plus regrettable que certains acteurs véhiculent le virus sans nécessairement en avoir pleinement conscience. Comme Ebola, la contagion se répand. Il est grand temps de trouver le remède à cet autre qui gangrène la Guinée.
Fodé Kalia KAMARA pour GuineeConakry.info




















