
Car pour ceux-là la situation d'avant aujourd'hui était encore plus dégradée que pour l'ensemble de la population.
D'ailleurs, il n'y a qu'à promener son regard, au gré d'une promenade sur le long des rues de la ville de Conakry, pour se rendre compte que ces personnes peuvent constituer le reflet des multiples échecs et incarner la déchéance sociale. Beaucoup d'entre elles sont, en effet, réduits à faire la manche pour vivre.
Ils peuplent ainsi les environs de la grande mosquée Fayçal et accourent à la rencontre de tout véhicule roulant au ralenti, au carrefour de l'Hôtel Casino, à la Cité Chemins de fer. Plus généralement, ils sont fréquemment dans les différents marchés de Conakry, quelquefois pataugeant dans la boue, à même le sol, une autre fois, en proie alternativement au soleil ou à la pluie, c'est selon la saison.
Le plus cruel, c'est que ces conditions sont considérées comme normales. Du reste, rien de sérieux n'est entrepris, au niveau institutionnel, pour inverser cette tendance. Les quelques rares exceptions de scolarisation sont fruit des efforts exclusivement familiaux et de sacrifices personnels.
L'obstacle qui est dressé sur le marché de l'emploi n'est pas non plus de nature à inciter ces exemples à se généraliser. Comment en effet, convaincre un parent de sacrifier ses maigres ressources en vue de procurer de la formation à quelqu'un dont la chance de trouver de l'emploi, est de toutes les façons, presque nulle?
Les actions que mènent les associations de personnes, par ailleurs, ne sont que faiblement visibles et n'ont qu'une portée limitée sur la perception globale et les conditions de vie de ces personnes.
Finalement, pour les personnes qui ont le malheur de vivre un handicap en Guinée, l'horizon est presque bouché. Elles sont tenues dans un cercle vicieux. Parce que démunies et misérables, elles ne peuvent, du fait de la discrimination et de la marginalisation qui leur sont imposées en partie par leurs conditions matérielles de vie, avoir accès aux ressources leur permettant de pouvoir, in fine, rompre les chaines qui retiennent prisonnières leurs compétences et leurs ambitions légitimes.
Pourtant, jusqu'ici, rien ne semble indiquer que les choses pourraient s'améliorer. Car pour la société, un métier a été tout trouvé pour nos amis les handicapés: La mendicité.
En vérité, comment pourrait-on espérer que la situation puisse changer alors que la société guinéenne vivant avec de forts relents de superstitions, trouve réconfortant d'avoir à disposition une catégorie de personnes auprès de laquelle on viendrait confier ses soucis de compassion et le repentir de ses pêchés?
voilà pourquoi, il n'est nullement étonnant que, jusque-là, les initiatives les plus ingénieuses qu'on ait trouvées aient été celles qui concourent à confiner les personnes handicapées dans une sorte de prison, où leur accès par les porteurs d'aumônes et autres sacrifices devient plus facile. Car dans ces maisons auxquelles on donne pudiquement la dénomination de « cités de solidarité », aucune opportunité d'apprendre un quelconque métier n'est offerte.
Ainsi qu'on le voit, pour les handicapés de Guinée aussi, cette élection a quelque chose qui les laisse rêveurs. Ils voudraient qu'elle soit le début d'une nouvelle ère pour leur catégorie. Ere qui permettrait que les autorités, à tous les niveaux se penchent plus sérieusement sur leur situation.
Dommage que le 3 décembre prochain (date que les nations unies leur consacrent), le nouveau président ne sera pas encore installé! C'est une grande occasion d'annoncer les grandes couleurs qui sera ainsi perdue. Mais, n'est-ce pas, mieux vaut tard que jamais?
Boubacar sanso Barry pour GuineeConakry.info




















