
La CENI serait-elle enfin indépendante ? S’il était permis d’emprunter un raccourci, tout heureux, on s’empresserait de répondre par l’affirmative. En effet, au regard du décalage entre le discours développé actuellement par la quasi-totalité des acteurs politiques de l’opposition à propos des élections locales et le silence relatif de leurs représentants au sein de l’instance en charge de l’organisation des élections et du référendum en Guinée, on en conclurait presque que les seconds ne dépendent plus des premiers !
Pendant que Cellou Dalein Diallo, Sydia Touré et d’autres s’alarment face au retard dans l’organisation des élections communales et communautaires, aucune voix ne s’élève à l’intérieur de la CENI pour se démarquer du discours officiel de l’institution, issu de la retraite de Kindia. Pour les commissaires de la CENI, il n’est visiblement plus question de s’aligner systématiquement sur les positions des différents états-majors politiques. Du moins pour ce qui est de l’opposition.
Pour autant, la loyauté de ces commissaires à la position officielle de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) n’est pas forcément un signe d’indépendance de l’institution en tant que telle. Certes, que lesdits membres de la CENI se tiennent à une distance raisonnable des structures politiques qui les avaient mandatées, et surtout qu’ils fassent valoir la discipline en vigueur au sein de l’institution de laquelle ils relèvent, est une attitude à saluer.
Le problème cependant, c’est que démarche semble à la fois provisoire et surtout justifiée par des mobiles autres que républicains. Des rumeurs persistantes affirment que les commissaires, eux aussi, font leur politique à eux ! Aux intérêts politiques globaux derrière lesquels courent Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et autres, les commissaires qui les représentent privilégient d’autres intérêts. Notamment pécuniaires, matéiels et autres…
Qui est fou ? Quand on a un emploi garanti comme c’est le cas d’un commissaire à la CENI et que, par ailleurs, on peut bénéficier d’avantages conséquents, dus et indus à la fois, on réfléchit un peu plus avant de poser un quelconque acte. Dans le cas présent, le risque que courraient des commissaires récalcitrants, ce serait que par les divergences qu’ils afficheraient par rapport à la position officielle de la CENI, ils décrédibiliseraient cette dernière. Et pourraient provoquer du coup, un débat sur sa refonte. Ce qui pourrait faire perdre à beaucoup de commissaires les privilèges auxquels ils ont actuellement accès et qui auront littéralement changé la vie de la quasi-totalité d’entre eux.
Sachant donc ce qu’ils pourraient perdre, les représentants de l’opposition, faisant valoir un certain réalisme, préfèrent rejoindre les rangs et permettre ainsi à la CENI d’afficher son unité et par ricochet, sa responsabilité et sa crédibilité. Ainsi, on sacrifie probablement peu ou prou sa conviction. Mais on s’assure tout au moins de vivre au-dessus de l’indigence. Et tant pis si cela risque de fâcher quelques barons de l’opposition.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















