GUINEE : Impasse politique en vue

Depuis l’annonce du chronogramme des échéances électorales, notamment celle de la tenue des communales avant la présidentielle, l’opposition et le pouvoir se regardent en chien de faïence. L’opposition guinéenne avait déjà dans une déclaration antérieure, mis la pression sur la Ceni (commission électorale nationale indépendante), pour qu’elle décline les dates de la tenue des élections communales et présidentielles. Elle avait également profité de l’occasion pour récuser les délégations spéciales qui selon elle, doivent être remplacées par des élus avec la tenue dans les plus brefs délais des élections communales avant la présidentielle, annoncée pour le 11 octobre prochain.

Dès la publication officielle du chronogramme, l’opposition a aussitôt rejeté l’annonce de la Ceni et menacé de réagir avec vigueur.

Cacophonie à la Ceni

L’institution en charge d’organiser les élections cristallise toutes les attentions, dans une sortie médiatique, la Ceni a tenu à se justifier sur le chronogramme qu’elle a proposé, fixant la date de la tenue des communales avant la présidentielle. Selon elle, techniquement et juridiquement une autre solution n’était pas envisageable, au risque d’échouer dans leur mission. Aussitôt des commissaires de l’institution affiliés  à l’opposition ont contesté  les arguments avancés  par leurs pairs, pointant du doigt une ingérence  externe qui aurait influé sur la prise de la décision relative au chronogramme lors de leur retraite à Kindia.

Quant au président de la Ceni, il ne semble pas être disposé au dialogue, dans un communiqué, il a invité les partis politiques de la mouvance, de l'opposition, les organisations de la société civile, et l'Administration du Territoire à  déposer la liste de leurs représentants dans les prochains  démembrements  de la CENI (CECI, CEPI, et CESPI) au plus tard le 19 mars 2015. 

Statut quo politique

L’opposition a promis de mettre leur menace à exécution dans les prochains jours par le retrait de ses députés à l’hémicycle, de ses commissaires à la Ceni, le rejet de toutes les décisions prises par cette dernière,  l’invitation des populations à descendre dans la rue pour chasser les délégations spéciales. Cette dernière mesure constitue un risque réel et évident d’escalade, si nous prenons en compte, la violence des manifestations de rue en Guinée.

A  cela s’ajoute l’intransigeance et la crise de confiance qui se sont  installées entre les deux camps, s’accusant mutuellement de mauvaise foi et de torpillage  du processus. Opposition et pouvoir se rejettent la responsabilité de cette impasse, la première accusant le second de jouer à des manœuvres politiciennes, en   caporalisant la Ceni et en s’ingérant dans les décisions  prises par l’institution, le second réplique en s’estimant en aucun cas concerné par ces allégations et rappelant, à chaque occasion, que c’est l’opposition qui a tenu à ce qu’il y’ait une Ceni  politique, excluant du coup l’éventualité d’une  recomposition de la Ceni comme le demande l’opposition !

La psychose s’installe 

Dans l’opinion les débats vont bon train quant à la tournure que pourraient prendre les événements et la crainte se dévoile dans les discours  de certains citoyens. C’est le cas de l’un d’entre eux, rencontré dans un quartier périphérique de Bambeto, zone considérée  à tort ou à raison comme épicentre de la contestation et fief de l’opposition. Il nous a confié ‘’sa décision de déménager dans un autre quartier de la banlieue, où  il se sentirait  en sécurité avec sa famille’’.

Comme ce citoyen, nombreux sont ceux qui s’inquiètent  de la radicalisation du discours politique, alimenté par ces mouvements de soutien aussi radicaux les uns que les autres et qui n’ont d’autres moyens d’expression que la violence physique ou verbale.

Encore des chances de renouer le dialogue

Malgré la crispation du débat politique, il y’a encore un espoir de sortie de crise, qui pourrait permettre de rassembler les protagonistes autour d’une table. Ibn Chambas  l’envoyé spécial du secrétaire générale des Nations unies devrait bientôt s’impliquer pour la reprise du dialogue et les discussions sur les points d’achoppement entre pouvoir et opposition

Enuite, le chronogramme publié par la Ceni n’est pas irrévocable, c’est une proposition, de la Ceni, quoique indépendante, nécessite la validation par un décret du président de la république, et enfin, l’opposition n’est pas contre la tenue de la présidentielle le 11 octobre prochain, qui représente pourtant l’enjeu le plus important.

Malgré l’espoir d’une sortie de crise, tous les ingrédients portent à croire que nous nous acheminons vers une zone de turbulences, qui pourrait plonger le pays dans un nouveau cycle de violences aux conséquences imprévisibles. 

Mamadou Aliou DIALLO  Pour GCI

2015 - GuineeConakry.Info

Recherche

Suivez-nous

GUINEE: Petit KANDIA "Birin Moulan"



  • Le célèbre chroniqueur est au cœur d’un bras de fer avec Mamadou Blaise Sangaré, conseiller spécial du Chef de l'Etat. Votre site avait relayé cette affaire portant sur des propos diffamatoires attribués à Ras Bath. Ce début de semaine mettra aux pr

Annonce