GUINEE : de la nécessité de refonder le système politique national

Les deux principales formations politiques du pays dont le RPG, parti au pouvoir et l’UFDG, le principal parti d’opposition en Guinée, sont dans des impasses difficiles. Ce qui traduit en soi même, l’état de la situation politique du pays. Mais pour l’un comme l’autre, il y a du chemin à faire pour faire face aux crises internes respectives, qui trouvent leurs sources dans le fonctionnement peu orthodoxes de ces différentes formations politiques.

Si quelques mois après son accession au pouvoir, le président guinéen Alpha Condé a juré de faire « disparaitre l’opposition en six mois », et même si on ne peut mettre à son compte l’affaiblissement de l’opposition incarné par l’Ufdg, cette dernière, a par ailleurs contribué à se fragiliser d’elle-même, par ses échecs répétitifs, son manque de répartie et son déficit de stratégie. Misant tout sur la stratégie de la rue, ce qui a contribué à alimenter un sentiment de lassitude chez les militants, qui n’en voyaient pas tellement l’efficacité.  En plus de la soixantaine de morts dans ses rangs depuis maintenant six ans. 

 

De l’Ufdg

Aujourd’hui l’Ufdg fait face à la plus grave crise de son histoire. Le conflit de leadership qui continue d’opposer Cellou Dalein Diallo, président et son ex vice-président Bah Oury, a pris des tournures aux aboutissements dramatiques. 

L’exclusion de ce dernier et l’assassinat de journaliste Koula Diallo, ont été les points culminants de ces querelles de clochers qui minent actuellement ce grand parti. Les deux frères ennemis se livrent désormais une bataille judiciaire et médiatique sans merci. Avec toutes les ‘’chances’’ d’affaiblir encore plus le parti, qu’il ne l’est déjà, avec toutes ces arrestations et condamnations.

Du Rpg

Du côté du parti présidentiel, après un mandat au pouvoir, le président de la république Alpha Condé qui, en même temps, est président du RPG, fait face également depuis plusieurs mois à une série de crises au sein de son parti. Une querelle oppose les militants dits « originels » et ceux dits « de la dernière heure », qui en faveur de l’arc en ciel, ont rejoint le parti. Cela a conduit à une fronde qui s’est muée en contestation et en réclamation de la tenue d’un congrès pour renouveler les instances du parti. Certains militants accusant le président de « manque de reconnaissance ».

A cela s’ajoute les polémiques incessantes créées par les déclarations du président, qui attisent la division et le clivage au RPG. En même temps, les responsables du parti sont notamment divisés sur la question d’un troisième mandat du président sortant : les uns souhaitant un mandat pour le RPG et non pour Alpha Condé, alors que d’autres n’excluent pas de soutenir ce dernier dans l’éventualité d’une modification constitutionnelle. Ceci intervenant sur fond de tensions dans les fiefs du parti, occasionnés par la récente polémique suscitée par les déclarations du président sur « les cadres malinkés », avec l’exclusion dans la foulée d’Ousmane Kaba et Mamady Diawara.

Est-ce pour avoir osé adressé une lettre ouverte au président, avec deux autres cadres du parti, par rapport aux propos du président, ou bien cela s’explique par  ces propos jugés « outranciers », tenus en aparté contre Alpha Condé et en contre une autre communauté, ensuite relayés par les medias ?

Engager des réformes

Quoiqu’il en soit, au RPG comme à l’UFDG, ces partis sont imperméables au débat et à la contradiction. C’est un fait. Le risque encouru par cette situation pour le parti au pouvoir, c’est d’avoir le même sort que les défunts PUP ou PDG, les deux premiers partis présidentiels qui ont régné sur la Guinée pendant cinq décennies sans partage, c'est-à-dire l’implosion après la perte du pouvoir. 

Si à l’UFDG, certains militants voient derrière cette crise la main cachée du pouvoir qui se servirait de Bah Oury comme son bras armé, ce qui reste à prouver ;  force est de reconnaitre  cependant,  que l’Ufdg tout comme le RPG ont  le devoir d’engager des réformes allant dans le sens de la démocratisation en profondeur de leurs partis respectifs, en sortant du culte de la personnalité du chef de parti, en donnant la possibilité au renouvellement des instances et la chance à tous ces militants qui en ont le mérite, de briguer en leur sein des postes de responsabilités sans contrainte aucune.

Si l’attitude de Bah Oury vis-à-vis du parti du parti Ufdg, n’est pas exempte de reproche, son exclusion précipitée a été, selon l’avis de beaucoup d’observateurs, une démarche maladroite qui n’a pas été sans conséquence. Avec notamment l’existence au sein d’un même parti des pros Cellou Dalein et Bah Oury. Ce qui n’est pas de nature a redynamisé le parti.  

En plus les échecs successifs aux présidentielles de 2010 et 2015, il y a matière à réfléchir à de meilleurs méthodes et stratégies pour affronter les nouvelles échéances électorales.

Nécessité de refonder le système politique national

Dans un cadre plus général, il y a en Guinée, une nécessité de refonder le système politique national en renouvelant la classe politique,  en revisitant les textes de lois qui réglementent les échéances électorales (le code électoral) et l’exercice de la liberté politique, institutionnaliser et contraindre les partis politiques à plus de professionnalisme, en mettant fin notamment à la prolifération des partis politiques à base ethnique et dont les stratégies sont batties sur le régionalisme et l’ethnostratégie, qui sont les deux éléments les mieux partagés par les partis politiques guinéen.

Plus loin, l’Etat doit favoriser un espace politique bâti sur des analyses de situation objectives et non des considérations subjectives. Ouvrir le champ politique aux nouveaux talents, ne pas laisser aux seuls partis, le soin de décider de celui ou celle qui devra diriger le pays. Cet enjeu-là, sera tôt ou tard à l’ordre du jour pour que le pays avance.

 

Mamadou Aliou Diallo et Maria de BABIA pour GCI

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