
Il n’est pas ici particulièrement pertinent de s’attarder sur les longues files d’électeurs que reporters et autres témoins évoquent au sujet des élections législatives qui se tenaient hier en Guinée Bissau. La sérénité qui a caractérisé la journée n’est pas non plus une surprise. Si sous d’autres cieux, ces éléments auraient été interprétés comme symbolisant l’adhésion du peuple aux valeurs démocratiques, dans le cas de la Guinée Bissau, ils traduisent l’espoir d’un peuple qui veut en finir avec un long cycle de violences et d’extrême pauvreté.
A la limite, les Bissau guinéens n’ont pas besoin de savoir qui a gagné. Quel qu’il soit, ils attendent juste de leur futur président, qu’il les aide à oublier les pages sombres de l’histoire de leur pays. Des pages si sombres qu’elles ont été essentiellement caractérisées par des coups d’Etat récurrents et des assassinats politiques à répétitions.
Le chantier est, ainsi qu’on le voit, si grand qu’on pourrait même plaindre le futur vainqueur de ces élections présidentielles. Car incarner et concentrer sur soi de si grandes attentes, ce n’est pas la meilleure posture qui soit. Surtout quand, au nombre des adversaires à affronter, il y a une hiérarchie militaire qui voudra continuer à tirer les profits du narcotrafic.
Pour le prochain président, la tâche est d’autant plus complexe que c’est à priori sur ces mêmes responsables militaires qu’il devra compter quand il sera question de remettre le pays en selle sur le plan sécuritaire. Cette épineuse question est celle à laquelle tous les dirigeants de ces vingt dernières années se sont butés et qui aura provoqué leur perte ou leur déchéance.
Or, il est justement attendu du président que les Bissau guinéens éliront qu’il réussisse à survivre dans un environnement des plus hostiles. Car, il faut que le pays rompe également avec cette espèce de tradition, qui veut que les chefs n’aillent presque jamais au bout de leurs mandats. Qu’il cajole ou qu’il gronde, le nouveau président devra réussir à concilier la lutte contre l’image de narco-Etat qui colle à son pays et l’inculcation de la culture de la dévotion du pouvoir par les voies démocratiques. Ce n’est pas évident comme équation. Mais ce que souhaitent les 1.600.000 Bissau-Guinéens et le monde entier.
Enfin, parallèlement à ces chantiers de l’ordre de la superstructure du pays, les futures autorités devront nécessairement tenir compte du contexte socioéconomique. La Guinée Bissau est l’un des pays les plus pauvres au monde. La misère y est perceptible à l’état brut. Les besoins en termes d’éducation, de soins de santé et d’énergie y sont colossaux. La problématique de la jeunesse majoritairement désœuvrée est également un sujet avec lequel le futur président devra composer. Plus globalement, les nouveaux responsables du pays auront à remettre sur pied une économie exsangue ou inexistante.
Avec autant de chantiers qui attendent le nouvel élu !
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















