
Il s’agit tout d’abord de la démarche qui, de la part de nos confrères, a consisté à solliciter et obtenir des explications de la part du ministre sénégalais. C’est là une preuve de plus, quant à la richesse du carnet d’adresses de ladite radio. C’est aussi la marque d’une confiance et d’une audience qui commencent à s’instaurer au-delà du strict territoire guinéen. Justement, c’est cela qui est salutaire. En effet, il est souhaitable, parce que nécessaire voire indispensable que les Guinéens, de toutes les activités, pensent de plus en plus et prennent en compte la dimension de globalisation du monde. Comparé à certains pays de la sous-région, de nombreux cadres guinéens ne semblent bons que dans les limites des frontières nationales.
C’est ainsi que leur nombre au sein des instances africaines et internationales n’est pas des plus pléthorique. De même, les “experts” guinéens de ceci ou de cela se font rarement entendre dans les grands débats qui ne sont pas que guinéens. Cet état de fait, beaucoup le déplorent et trouvent une explication plutôt simpliste dans la faiblesse du niveau la formation en Guinée. C’est une donnée qui n’est pas à négliger. Mais il est aussi question d’état d’esprit. Beaucoup de cadres guinéens semblent baigner dans le complexe selon lequel, ils ne peuvent pas servir au-delà de la Guinée ! Compétents, mais n’en ayant pas pleinement conscience, ils conçoivent l’ailleurs comme une forteresse qui leur serait imprenable. Ils ont une peur bleue vis-à-vis de la concurrence, il est vrai, très rude sur le marché international. En conséquence, ils ne se soucient aucunement de développer chez eux les qualités de rigueur, de probité, de transparence et de simplicité qui sont nécessaires ailleurs. En lieu et place, on préfère la sournoiserie et autres pots-de-vin pour demeurer éternellement dans l’administration guinéenne, ou dans des projets très étroitement liés à cette dernière. Toutes choses qui doivent changer si la Guinée ne veut pas être en marge et subir l’intégration africaine et la globalisation.
Un autre enseignement qu’on peut tirer du passage du ministre Haïdar el-Ali dans les “Grandes Gueules”, c’est tout d’abord sa disponibilité, mais aussi l’aisance avec laquelle il s’est exprimé. Il ne faut pas se gêner de le dire, certains ministres guinéens n’interviennent dans cette émission, que contraints et forcés…par les soupçons qui résulteraient pour eux de leur refus de répondre aux questions des “Gueulards”. Chez certains, le malaise se sent très vite. Beaucoup de hauts responsables guinéens ont fini par se laisser intimider par cette émission. Une attitude qui doit avoir son explication dans l’incompétence (la non maîtrise des sujets) et l’opacité dans la gestion de la chose publique.
Conséquence, quelques-uns cèdent très vite à la colère, tandis que d’autres se ridiculisent avec des affirmations approximatives et, quelque fois même, contradictoires. Or, dans le cas du ministre sénégalais, les règles de base étaient visiblement claires. L’heure du début de l’intervention et la durée de cette dernière étaient connues des deux parties. Par ailleurs, dès l’abord, Haïdar el-Ali a apporté la preuve de la maîtrise de ce dont il parle. Quand on lui a parlé d’un chalutier, il a tout de suite précisé qu’il s’agissait plutôt d’un grand navire dont il a donné la longueur et le tonnage précis. De même, il a donné des circonstances claires dans lesquelles le bateau a été arraisonné. Des raisons de cet arraisonnement et des conséquences que cette pratique de pêche illégale a pour son pays, il a été précis, chiffres et faits à l’appui. Enfin, il a même donné une idée de l’ampleur du phénomène qui selon lui, affecte toute la côte atlantique du centre. Il ne faut pas en tirer la conclusion selon laquelle on a eu affaire à un ministre surdoué. C’est qu’entre lui et les services techniques de son département, la communication semble bien établie.
Un dernier élément qui a retenu l’attention, c’est la courtoisie et la discipline républicaine qu’il a tenu à accorder à l’ancien président sénégalais. Quand un des animateurs de l’émission, parlant de ce dernier, a dit simplement « Abdoulaye Wade », Haïdar el-Ali a précisé « le président Abdoulaye Wade ». Quand on se réfère aux pratiques en vigueur notamment en occident, les journalistes peuvent user de la liberté qui singularise leur profession, pour ne pas se soumettre à la rigueur de répéter à tout-bout-de-champ, les titres des personnalités. Mais qu’un ministre du gouvernement qui a remplacé l’équipe partante insiste sur le respect qu’il faut accorder à l’ancien président sénégalais, a quelque chose d’instructif pour les Guinéens en général et les politiciens en particulier.
On en apprend notamment que ce n’est pas nécessairement, parce que vous êtes idéologiquement opposé à quelqu’un, qu’il faut tout de suite le rabaisser. Le débat doit se situer à un niveau plus élevé. La compétition est démocratique, mais il est souhaitable (et les déclarations du ministre sénégalais démontrent que ce n’est pas impossible) qu’elle soit saine et civilisée, en tenant compte du respect dû au rang de chacun.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















