
Il y a également l’audace des journalistes qui ont certainement résisté à toutes sortes de pression pour que l’émission phare de la radio Espace FM Guinée continue son petit bonhomme de chemin. En cela, elle est l’émanation d’une créativité et d’une imagination qui contribuent largement au recul de la censure et de l’intimidation dans le monde des médias en Guinée. Mais.
Mais des lacunes, cette émission en recèle également. Aussi bien sur le fond que sur la forme. L’empoignade dont nous parlions précédemment à propos d’Aboubacar Titi Camara, le ministre guinéen des sports relève plutôt du fond. Il s’agit d’un aspect relatif à la ligne éditoriale de l’émission.
En effet, les animateurs ne loupent aucune occasion pour proclamer que le rendez-vous matinal d’Espace FM Guinée, n’est pour et contre personne. Objectivité, impartialité et neutralité ce sont les mots par lesquels on jure dans les « Grandes Gueules »! Mais il faut dire que cela reste plus un crédo qu’une réalité. Le patron de la radio notamment a une série de personnalités guinéennes qu’il serait interdit d’attaquer. Au premier rang de cette équipe de privilégiés, on a évidemment Titi Camara, présenté comme le "mal-aimé" du gouvernement. Celui contre lequel tout le monde se liguerait.
Une première fois, Séga Diallo en avait fait les frais quand il a voulu révéler certains aspects de la gestion plutôt dénoncée du ministre des sports dans le dossier de la CAN. Dans un tel contexte, on peut dire que Robbie n’a pas été surpris de la réaction de Lamine. Parce qu’apparemment, s’en prendre à Titi, c’est toucher Lamine Guirassy lui-même!?. A un degré moindre, le même traitement de faveurs est accordé à Moustapha Naïté, au général Mathurin Bangoura, à Mouctar Diallo, Amadou Diaby, Fodéba Isto Keïra, Ousmane Bah, entre autres. En ce qui les concerne, il est très fréquent d’entendre dire : « Le mec, il est intègre quoi! ». Comme si l’intégrité devait s’apprécier exclusivement sur la base du discours.
Par contre, Sanoussy Bantama Sow, Hadja Ramatoulaye Bah, etc ne sont pas forcément en odeur de sainteté dans les « Grandes Gueules ». Que nos confrères se détrompent. Ils font un travail remarquable, mais les grandes tendances n’échappent à personne.
Sur la forme aussi, il y a des choses à dire. En premier, il y a une évidente d'insuffisance de préparation préalable à la prise d’antenne. De sorte que dans les « Grandes Gueules », l’improvisation est manifestement la chose la plus prisée. Sauf que cet exercice a quelques revers : fautes grammaticales à la pelle et analyses approximatives, décousues et sur fond de néologismes insensés.
Tout cela parce que quelque part, on n’a pas jugé utile de mettre sur papier les grandes lignes de la façon dont on voudrait aborder tel ou tel autre sujet. Mais cette attitude semble dictée par le fait les animateurs surfent un peu sur le succès retentissant de l’émission. Ils se voient un peu en experts en analyses qui, conséquemment, n’ont pas forcément besoin de prendre notes et d’avoir un minimum de préparation. Sauf qu’ils se trompent énormément. Parce que les plus grands analystes sont justement ceux qui prennent le temps de structurer leurs interventions. Par ailleurs, la meilleure façon de gérer et de faire durer son succès, c’est bien de l’appréhender avec une certaine humilité.
En toute modestie, il est à espérer que les animateurs des « Grandes Gueules » comprennent et intègrent ces conseils confraternels qui pourraient aider à améliorer la perception de l’émission au sein de l’opinion publique guinéenne, à féconder leur objectivité, à éviter les jugements de valeur faciles et beucoup d'autres écueils de cette nature.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















