GRANDE INTERVIEW GCI: Takana Zion veut mettre le feu à « l’hypocrisie, l’injustice, l’ethnocentrisme et l’égoïsme » des politiciens.

En dépit de l’élection présidentielle de tous les espoirs en 2010, la Guinée est toujours hantée par les fléaux de la division sociale et de la misère. Cristallisée au tour du processus électoral, une indicible et lancinante crise politique, qui a cours depuis environ deux ans, menace particulièrement les fondements de la nation. Les risques de cette regrettable situation sont, bien entendu, à la fois élevés et évidents. C’est pourquoi ce contexte explosif ne laisse personne indifférent. A commencer par les leaders d’opinion, parmi lesquels le reggae man guinéen, Takana Zion. C’est ainsi que dans la journée du jeudi 6 septembre, le détenteur du meilleur album reggae. C’est ainsi que dans la journée du jeudi 6 septembre, le détenteur du meilleur album reggae africain 2011 (Rasta Government) a initié et conduit une marche pacifique de jeunes, qui est allée de la Camayenne au palais Sékhoutouréyah. A la différence des autres marches que la capitale guinéenne a connues ces derniers temps, Takana Zion dit que la sienne "était destinée à dire le ras-le-bol du peuple de Guinée vis-à-vis de la légèreté et du peu de sérieux avec lesquels les politiciens guinéens de tous bords appréhendent les grands enjeux du pays". Après cette première pour laquelle Mohamed Mouctar Soumah n’exclut pas de suite, GCI a joint l’idole de la jeunesse guinéenne... 23:08 7-9-2012

GuineeConakry.Info : Qui est-ce qui a motivé la manifestation que vous aviez conduite hier ?

Takana Zion : Ecoutez, dans ce pays, on commence à être exaspéré par la démagogie! La duplicité, le manque de sincérité avec lesquels on aborde les problèmes auxquels le peuple fait face commence à être révoltant, man ! En particulier, sur la question de la réconciliation, tu sais, toi-même que depuis de nombreuses années, on tourne en rond. On n’avance pas. La raison se situe dans le fait que les acteurs politiques guinéens, pouvoir et opposition réunis, sont loin d’être sincères. Chacun fait semblant de vouloir trouver la solution. Alors que dans la réalité, personne ne pose l’acte qu’il faut. Or, c’est le peuple et son destin qui sont pris en tenaille, man ! C’est l’avenir de la jeunesse qu’on sacrifie. Et c’est pourquoi, le mouvement Rasta a cru bon de hausser le ton, et de dire aux uns et aux autres qu’on en a marre! 

L’idée était de dénoncer l’hypocrisie, l’injustice, l’ethnocentrisme et l’égoïsme. Symboliquement, notre marche visait à "brûler" ces quatre fléaux qui font tant de mal à la Guinée. Il faut que les gens arrêtent la plaisanterie. C’est trop risqué de s’amuser avec le destin d’un pays. A moins que l’on ne souhaite voir ce pays exploser un jour ou l’autre, il faut que tout le monde comprenne qu’en Guinée, aucune ethnie n’est supérieure à une autre. Tous, nous sommes sommes égaux et nous avons tous droit au bonheur et à la prospérité.

Or, ce que l’on vit sur le terrain c’est qu’à force de manipulation, les politiciens ont fini par opposer les Guinéens, les uns contre les autres. Savez-vous qu’aujourd’hui, on a des mosquées peules et d’autres mosquées malinkées et autres ? C’est le summum de la bêtise que les politiques ont réussi à instaurer dans ce pays !

GCI : De manière un peu plus précise, pouvez-vous dire à nos lecteurs ce qui justifie que Takana, lui-même se soit impliqué dans cette manifestation ?

TZ : Man ! Tous ceux qui me connaissent savent quel rapport j’entretiens avec la paix et la cohésion en Guinée. Je tiens à rappeler que quand le président Lansana Conté est décédé en décembre 2008, j’ai été le tout premier, une semaine après, à faire tenir un concert dans l’enceinte du stade du 28 septembre en faveur de la paix. Egalement, quand le 28 septembre 2009, dans l’enceinte du même nom, il y a eu les horreurs que tu  connais, nous avions également tenu un concert dont une partie des recettes avait d’ailleurs été déposée à l’hôpital pour aider au soin des blessés.

Tout mon combat tend vers la promotion de la paix et de la quiétude sociale. Si les uns et les autres ne font pas attention et n’agissent pas avec une certaine responsabilité, la paix demeure menacée en Guinée. Notre manifestation s’inscrit donc dans le cadre de la prévention de l’explosion sociale.       

GCI : A la base y a-t-il eu un mouvement formel pour conduire cette manifestation ou bien s’est-il agi d’une protestation spontanée ?

TZ : A la base de notre manifestation, il y a la plus grande organisation qui soit, man ! Il s’agit du mouvement "Black Mafia". D’inspiration du rastafarisme jamaïcain, "Black Mafia" est une entité qui se donne pour vocation de promouvoir la puissance notamment économique de la race noire. Il s’agit donc d’un mouvement qui transcende les problèmes qui sont particuliers à la Guinée. Je voudrais rappeler que ces dernières années, je fais l’effort de mettre en avant ce mouvement. Ce n’est pas anodin. Ainsi, en janvier 2010, quand je suis allé en Jamaïque, j’avais solennellement obtenu le soutien des Jamaïcains pour promouvoir le "Black Mafia".

L’objectif ultime est de faire émerger la race noire et de la hisser au sommet. C’est donc une illusion que de penser que notre manifestation était spontanée ou suscitée sur la base d’un coup de tête.       

GCI : En quoi ce genre de manifestation peut-il faire aboutir vos revendications ?

TZ : Tu sais,, le drame de la Guinée aujourd’hui, c’est qu’on a exclusivement deux camps en présence. A savoir le pouvoir et l’opposition. Il n’y a pas de structures ou d’entités intermédiaires. Et, dans ces deux camps, l’intérêt du peuple et du pays n’est pas sincèrement la priorité. Les objectifs égoïstes que les uns et les autres poursuivent font qu’ils abordent les problèmes cruciaux avec une démagogie révoltante. C’est pourquoi nous avons pensé qu’il fallait qu’une troisième voix se fasse entendre pour prendre en charge les intérêts supérieurs du pays. C’est l’idée de base de notre manifestation. Il faut qu’on réussisse à amener tous les acteurs politiques à se montrer plus responsables et plus sincères, quand il est question des intérêts relatifs à la nation Guinée, notre maison commune.     

 

GCI : Combien étiez-vous?

TZ : Nous étions 500 environ. Chacun de nous était muni d’un foulard blanc et d’un sachet d’eau glacée. C’était là le symbole de la paix. Nous voulions ainsi dire que nous ne sommes nullement animés par des préoccupations particularistes comme c’est souvent le cas des autres mouvements de protestation. Nous avons pacifiquement marché de la Camayenne à la présidence de la République. Quand nous y sommes arrivés, les différents membres du gouvernement sortaient du conseil des ministres. Quelques-uns nous ont abordés et nous leur avons indiqué le but de notre marche. Nous voulons brûler l’hypocrisie, l’injustice, l’ethnocentrisme et l’égoïsme des politiques et des politiciens! C'était aussi inscrit sur nos pancartes... 

GCI : Quelle sera la suite ?

TZ : La suite sera que, si nous ne constatons pas une évolution dans le sens de nos revendications, nous poursuivrons dans la même logique. Et la prochaine fois, nous essaierons de rallier davantage de monde à notre cause. Nous ferons en sorte de nous faire écouter et de faire triompher notre revendication. Nous en avons ras-le-bol et nous disons merde à tous ces enfantillages.

Propos recueillis par Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.Info 

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