GRANDE INTERVIEW GCI: " Nous aimerions que ce délai soit respecté. Je crois qu'il en va de la crédibilité de la Guinée", dit M. Jean GRAEBLING, Ambassadeur de France en Guinée

En Guinée, comme dans tous les pays francophones du monde, de nombreux observateurs de la scène politique accusent souvent, à tort ou à raison, la France d'influencer les événements politiques. Par rapport à la transition en cours, certains compatriotes estiment que la France a un grand rôle à jouer. Ce qui ne semble point être le cas de l'Ambassadeur de France en Guinée,..
SE M. Jean Graebling et le Directeur de GCI M. Kerfalla Kourouma

M. Jean GRAEBLING qui estime que le destin de la Guinée ne se trouve nulle part ailleurs que dans la main des Guinéens. Dans l'entretien qu'il a bien voulu accorder à Guinee Conakry.Info (GCI), il aborde toutes les questions se rapportant à la transition, à la coopération franco-guinéenne, aux relations diplomatiques entre Conakry et Paris.... Entretien...  


GuinéeConakry.info: Les relations diplomatiques entre la Guinée la France ont éternué au cours des derniers mois. Le Centre Culturel Franco-Guinéen et le lycée Français Albert Camus, avaient fermé portes et fenêtres.  Est-ce qu'on peut dire désormais  que les activités ont effectivement repris au sein de la chancellerie et de toutes agences de la coopération francaise en Guinée?

Jean GRAEBLING: Les relations diplomatiques et politiques entre la Guinée et la France ont été, comme vous le savez, très tendues entre la fin de l'année dernière et le début de cette année. Les choses se sont effectivement beaucoup détendues, en raison de l'évolution de la situation politique en Guinée. Je ne reviendrai pas là-dessus, vous connaissez tout cela, beaucoup mieux que moi. Cette évolution a fait qu'immédiatement après la formation du gouvernement de transition, la France a décidé de reprendre les relations qui avaient été gelées notamment après le 28 septembre. Dans ce cadre précis, il a été décidé de rouvrir le lycée français Albert Camus à la prochaine rentrée, puisque l'ouverture ne se fait pas du jour au lendemain. Et, comme vous l'aviez souligné, de rouvrir aussi les activités du Centre franco-guinéen. C'est dire que les coopérations militaire et civile ont repris entre nos deux pays.

GCI: La visite privée du général Sékouba Konaté à Paris, a certainement contribué à relancer la coopération entre les deux pays?

JG: Elle y a certainement contribué. Mais, si vous voulez, je prendrai cela dans le sens inverse. C'était le couronnement de la reprise des relations entre les deux pays. Les relations ont alors repris peu à peu, avec tout d'abord l'annonce de la reprise de la coopération, ensuite sa mise en application. Puis l'organisation des entretiens à l'occasion de la visite privée du général Sékouba Konaté à Paris.

GCI : Justement à propos de cette visite, l'ambassade de France en Guinée a dû refuser le visa d'entrée sur le territoire français à certains civils et hauts cadres de l'armée guinéenne. Tout en tolérant un membre de la délégation guinéenne, pourtant sur la liste, à séjourner dans votre pays...

JG: Ecoutez! Si l'information est juste, je compte bien sur vous, l'interprétation sera tout autant correcte. Suite à une décision européenne, la France n'a pas à accorder ou à refuser des visas à des personnes qui sont interdites de séjour en Europe. Je me permets de faire un petit rappel du cas que vous évoquez. Ce qui, sans nul doute, permettra de limiter les interprétations. A la suite des événements douloureux du 28 septembre 2009, l'Union Européenne a pris un certain nombre de mesures, parmi lesquelles, on note l'interdiction dans l'espace européen à un grand nombre de personnes. C'est une décision, dis-je, européenne, prise par le Conseil européen, et applicable à tous les Etats membres de l'Union y compris la France. Cette interdiction n'est pas levée, bien sûr qu'elle le sera un jour. Pour qu'un certain nombre de personnes soient dispensées de cette sanction, nous avons encore des partenaires un peu frileux qui veulent qu'on attende jusqu'à la fin des prochaines élections. Donc nous n'avons pu dispenser qu'un nombre absolument restreint de visas. Et, ce n'est pas une décision française, mais elle émane de toute l'Europe.

GCI: Est-ce que cela voudrait dire que la France doute quelque peu de la sincérité des autorités guinéenne à mener la transition à bon port?

JG: Absolument pas. Je le répète, ce n'était pas du tout une décision française. C'était une décision européenne. La France a essayé de faire lever le maximum de sanctions, sans succès. Elle s'est toujours heurtée au refus des partenaires dubitatifs, qui préfèrent la fin des élections. Sinon, il n'y a aucun doute sur la sincérité des autorités à mener à bien ou pas la transition. Il s'agit de l'application d'une décision européenne pour des raisons que vous connaissez tous.

GCI: Des difficultés ont été ressenties du coté des étudiants qui demandent souvent des visas pour aller étudier en France. Qu'en est-il?

JD: Les sanctions telles que nous les avons appliquées - avec les européens -  n'étaient en aucun cas dirigées contre les populations. Elles étaient dirigées vers les autorités avec lesquelles nous ne souhaitions plus travailler. Nous n'avions pas envie de travailler. Avec les autorités militaires d'alors. C'est pour cette raison que nous avons coupé ce que nous appelons la coopération institutionnelle. Ces institutions ne nous inspiraient pas le respect. En revanche la coopération franco-guinéenne s'est poursuivie sur beaucoup d'autres aspects. Des opérations agricoles notamment sur le riz. Bref, rien de tout ce qui concernait la population n'a été interrompu. Le cas des visas est une autre affaire. Je crois que vous faites références au Campus France.

GCI: exactement...

JG: Cela n'a rien à voir avec les sanctions. On ne peut punir les étudiants en raison des attitudes condamnables de leurs dirigeants. Nous avons fermé Campus France pour des raisons de disfonctionnement liées à des malversations. Si vous voulez que je sois plus clair, c'est que tous les visas distribués ne correspondaient pas à des étudiants des universités. Et, lorsque nous nous sommes rendu compte de ceci, nous avons demandé que des enquêtes soient engagées. Dans l'attente des incertitudes, c'était une de mes premières décisions, nous avons fermé Campus France, qui rouvrira dans les tout prochaines semaines, voire dans les tous prochains jours.

GCI: La coopération militaire franco-guinéenne a aussi pris un sérieux coup. Quelle pourrait donc être la contribution de la France à la réforme de  l'armée guinéenne?

JG: Comme je l'ai dit tantôt la coopération militaire a été gelée. Mais les coopérants sont restés en place. Ils sont restés en stand by jusqu'à ce que politiquement le signal puisse être donné. Alors ce signal a été donné dès le lendemain de la formation du gouvernement. Et le surlendemain notre coopération militaire a recommencé. Une coopération uniquement orientée vers la formation des différents corps armés. Comme vous l'avez dit la coopération a été réorientée vers la réforme de l'armée. Nous sommes présents du coté de la police, de la gendarmerie et de l'armée. Nous sommes dans la phase d'évaluation.

GCI : Les travaux de la construction du pont de Moussoudougou sont au point mort, suite au retrait des partenaires au développement dont l'Agence Française de Développement.  Avec  la saison des pluies qui s'annonce, certains observateurs craignent que le pont construit depuis des décennies ne s'écroule. La France ne pourrait-elle pas agir rapidement pour éviter le pire?

JG: Eh bien! La décision a été prise pour la reprise des travaux de lot Moussoudougou de 2X2. Le dossier doit passer désormais au niveau des arcanes de l'administration et des  finances.  Je crois que le décaissement est très proche. Si vous voulez la décision a été prise au lendemain de la formation du gouvernement. Il est question de remobilisation financière. C'est comme si tout cela était fait. Ensuite, il faut remobiliser l'entreprise cooptée pour exécuter les travaux qui a envoyé ses ingénieurs et ses engins sur d'autres chantiers.  Maintenant, il se pose un petit problème climatique avec la saison des pluies qui pointe. Vous le savez mieux que moi, ces travaux ne sont pas compatibles avec la pluie. Il va donc falloir dans l'immédiat faire des travaux de consolidation. Dans l'intention de redémarrer les travaux aussitôt après la saison des pluies.

GCI: A quand pourrait-on s'attendre au déblocage des 9ème et 10 fonds européens de développement?

JG: Le 9ème FED va être débloqué dès après la proclamation des résultats des prochaines élections. Tout cela est écrit. Il  y a quatre étapes qu'il faut franchir pour aboutir au déblocage. Je crois que l'on est à la troisième.

GCI: Le  chronogramme de la transition guinéenne est déclenché et la France soutient visiblement ce qui semble être une marche forcée?

JG: Pourquoi marche forcée?

GCI: c'est du moins l'avis de certains compatriotes qui se sentent pressés...

JG: Les gens se sentent pressés. Tout le monde connait le chronogramme. Ce n'est pas la France qui l'a élaboré. Ce sont des dates qui ont été fixées par des autorités guinéennes. Nous aimerions que ce délai soit respecté. Je crois qu'il en va de la crédibilité de la Guinée.

GCI: Quelle pourrait être la contribution de la France au processus de transition en Guinée?

JG: Dans l'immédiat, c'est un soutien au processus électoral. Un soutien qui s'exerce de différentes manières. Un soutien qui s'exerce avec les autres bailleurs de fonds, puisque nous ne sommes pas seule. Il va être question d'un soutien humain et financier à la CENI par exemple, que nous assistons dans les différents financements. Avec naturellement un appui humain. Nous ne pouvons nous engager que dans l'aspect financier, technique et opérationnel. Les élections sont et demeurent des élections guinéennes.

GCI: Si vous aviez un conseil amical à donner à la classe politique guinéenne, que diriez-vous?

JG: Ecoutez!comment pourrais-je donner des conseils à des grands leaders. C'est plutôt un souhait que j'émets. Je souhaiterais qu'ils respectent le code de conduite des partis politiques, au moment de la campagne à venir. Qu'ils respectent, je suis sûr qu'ils le feront, les résultats sortis des urnes. Je n'ai nullement besoin de vous dire qu'il n'y aura qu'un vainqueur.

GCI: Quel est le portrait robot de l'homme qui pourrait faire mieux avancer les rapports entre la France et la Guinée?

JG: Jamais! Rires...! Jamais un portrait robot. Sinon, immédiatement vous essayerez de trouver qui est derrière ce portrait. Mais  bon, le portrait robot, il faut que ce soit un démocrate qui joue le jeu de l'alternance, qui est respectueux des valeurs démocratiques. Je n'irai pas au-delà.

Propos recueillis par Kerfalla Kourouma pour GuineeConakry.info

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