GRANDE INTERVIEW GCI: «Le métissage ce n’est pas seulement blanc et noir. C’est l’un et l’autre.», dit l'écrivain Eugène Ebodé

Invité par la maison d’édition, L’Harmattan-Guinée, à prendre part à la cérémonie de lancement de la cinquième édition des 72 heures du livre, l’écrivain et critique littéraire franco-camerounais, Eugène Ebodé, était récemment à Conakry. GCI en a profité pour le rencontrer et discuter tout naturellement de la problématique et de l’importance du livre dans la diffusion des connaissances. Une importance que l’ex-gardien des buts du Dynamo de Douala trouve intacte, malgré la montée en puissance des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC)... 15:25 30-7-2012

Mais Eugène Ebodé n’est pas qu’un écrivain reclus dans les choses de l’esprit. Même s’il a désormais vécu une trentaine d’année loin du « pays des crevettes » comme il appelle son Cameroun natal, celui qui tient une chronique littéraire dans "Le Courrier de Genève", demeure néanmoins un observateur privilégié de la dynamique en cours sur le continent africain, dont il se plait volontiers à rappeler qu’il est le « berceau de l’humanité ». Un continent dont le destin réside dans la capacité de ses fils et filles à surmonter leurs antagonismes et leur négativisme. Lisez plutôt.


GuinéeConakry.Info : Vous arrivez en Guinée dans le cadre du lancement de la phase préparatoire de la 5ème édition des 72 heures du livre. Au compte de cette édition, le thème est : « En Guinée, le livre a sa place ». La question est alors celle de savoir, s’il était nécessaire d’insister sur la place du livre en Guinée comme semble le faire l’intitulé de cette thématique ?

Eugène Ebodé : Il est toujours nécessaire d’insister sur ce qui relie, sur ce qui fait en sorte que la conversation ait lieu et que la connaissance puisse circuler. Je pense ici à une célèbre citation d’Ahmadou Hampaté Bah : « Quand un vieillard meurt en Afrique, c’est une bibliothèque qui brûle ». Alors, le livre a d’autant plus sa place que ce qui a reculé, ce sont les transmetteurs de l’histoire orale. La population a grandi, les villes se sont diversifiées et le livre est encore le moyen le plus facile pour transmettre les connaissances. Naturellement, je n’oublie pas les nouvelles technologies de la communication. Mais le livre a encore une place de choix.  Il est donc nécessaire d’insister sur la place du livre et des artistes.

GCI : D’accord. Mais dans le thème : « En Guinée, le livre a sa place », on a envie de se demander si c’est particulier à la Guinée ?

E.E : Non. Ce n’est pas que ce soit particulier à la Guinée. Mais c’est parce que c’est une initiative  guinéenne. Donc, les organisateurs ont tout de même raison de signaler que ça se passe en Guinée. Ils ne vont pas aller défendre la place du livre à Berlin, à Kinshasa ou encore à Yaoundé. C’est aux Berlinois, Kinois et Yaoudéens de se mobiliser, à leur tour, pour insister sur la  place du livre dans leurs villes respectives. D’autant plus que le numérique avance. Il est donc nécessaire de faire en sorte que ce qui apparait tout neuf et tout beau ne tue pas l’ancien et qui a encore des services à rendre. Et en l’occurrence, des services, le livre en a encore d’immenses.

GCI : Est-ce à dire, selon vous, que le numérique et le livre sous forme papier sont ennemis ?

E.E : Ils ne sont pas ennemis, mais ils peuvent s’opposer. Et vous savez l’opposition la plus rude, c’est souvent celle entre les frères-ennemis. Et donc, il s’agit ici dans un premier temps d’insister sur la place du livre en Guinée, ce dont ne se privent guère les organisateurs. Car il faut aussi reconnaître qu’en Guinée des efforts sont à faire parce que les structures éditoriales manquent, parce que les écrivains eux-mêmes, les transmetteurs de l’histoire à travers ce support papier, n’ont pas été reçus, lus, entendus comme il le faudrait. Je pense à Camara Laye, Williams Sassine, Tierno Monenembo, Lamine Camara ou encore Libar Fofana. Ces différents écrivains ont encore à rentrer sinon dans les cases, dans les bibliothèques, dans les espaces dédiés à la lecture qu’ils soient publics ou privés. Je pense bien naturellement aussi à ces lieux informels que sont les poteaux électriques la nuit, quand ils marchent.

GCI : Selon vous, quels sont les facteurs qui entravent la démocratisation du livre et peut-être plus globalement de la lecture ?

E.E : La démocratisation ! Voila un mot important qui n’est pas encore restitué dans son objet, à savoir le plus grand nombre. La démocratisation du livre suppose que le livre circule partout, dans toutes les mains, voire qu’il continue à véhiculer dans les têtes. La démocratisation du livre est donc un objectif. Mais il faut que cet objectif se donne des moyens. Nous nous heurtons justement  à cette question de moyens.

GCI : Vous semblez vouloir dire que le livre peut-être un élément du développement. Comment pourriez-vous l’expliquer ?

E.E : Il faut tout de suite dire que le développement n’est pas simplement tel qu’on l’entend en terme comptable. Disons que c’est l’aventure humaine qu’il faut avoir à l’esprit, quand on parle de ce qui nous enrichit intellectuellement. De ce qui constitue le don des morts, de ceux qui ont écrit et qui sont partis. Qui ont donc laissé des pensées, des récits, des textes, des formules mathématiques ou magiques. Eh bien, tous ces morts nous ont offert un don qui se retrouve dans les livres. Et donc, aller solliciter leur capacité d’intelligence nous permet de participer de l’aventure humaine. A propos, je me rappelle que Lokua Kanza me confiait un jour, qu’en Afrique ce qui est dommage, c’est qu’on aime voir les gens couchés. Il semble que c’est une réflexion que lui a confiée à son tour Miriam Makéba, cette battante africaine dont je salue la mémoire à travers votre support. Eh bien, je crois que le livre est précisément ce qui redresse. Pas seulement en Afrique. Donc, ce qui nous conduit vers l’aventure humaine, vers la destinée humaine, ce sens d’être debout et cette manière, non pas de tutoyer les hauteurs, mais de s’élever. L’homme a donc vocation à s’élever où qu’il soit. Ainsi, la question du développement n’est qu’intermédiaire, une question économique, mais ce qui est au bout du bout, c’est de l’élévation.

GCI : Mais vue d’Afrique avec tout ce que vous connaissez, cette élévation parait quelque peu abstraite…

E.E : Oui, elle peut paraître abstraite. Parce que justement nous nous disons que nous sommes petits, nous sommes couchés, nous sommes broyés, nous sommes par terre. Or, l’aventure de l’Afrique n’est pas qu’une question d’être par terre. Cette conception est consécutive à la perception de l’Afrique, selon une séquence courte. Si l’on prenait une séquence plus longue, on se rendrait compte que l’Afrique c’est quand même le berceau de l’humanité. Et sous cet angle, il y a eu des étapes fantastiques, il y a eu des grands empires, il y a eu des organisations sociales et politiques, il y a eu des structures qui ont fonctionné. Et puis dans nos rapports de force avec l’occident, il faut considérer qu’il y a une place forte en Afrique qui a été l’Egypte. C’est en Afrique, ce qu’on oublie très souvent. Ce n’est pas pour tirer la couverture sur nous et dire "voyez comment nous sommes merveilleux". Mais la géographie est ainsi faite. L’Egypte est en Afrique. Ce qui a manqué, c’est la circulation des idées. C’est la circulation précisément de ce qui fait resplendir, de ce qui tire vers le haut. D’où toujours cette capacité à s’élever.

Mais l’histoire n’est pas un long fleuve tranquille. Il y a des chaos, des brisures, des cassures, des soubresauts, des abîmes mêmes, qui font en sorte que dans une séquence vous vous retrouvez dans le bas-fond alors que vous étiez presqu’au firmament. C’est pourquoi, je reviens sur la capacité à s’élever. C’est-à-dire que même quand on est tombé, il faut en avoir conscience. Et puis se dire si je veux de nouveau reprendre le fil de l’histoire humaine, le fil de son élévation, il faut donc mobiliser les moyens pour y parvenir. Il faut donc que j’aie des tuteurs pour que la plante puisse grimper. Et nous, nous avons besoin des tuteurs pour monter plus haut, non pas dans les cieux, mais dans les arbres.

GCI : Le 10 février dernier, vous avez reçu le prix Yambo Ouologum, pour votre livre "Madame l’Afrique". Quels sentiments...?

E.E : Avant d’en arriver à mes impressions, je voudrais rappeler que c’est arrivé au Mali. Et le Mali est aujourd’hui dans un état d’abandon entre les mains des forces des ténèbres. C’est l’Afrique des fantômes. On a l’impression que c’est l’Iris qui revient, que c’est Conrad des ténèbres qui revient nous rendre visite. C’est l’Afrique noire est mal partie. C’est au fond une forme de pessimisme qui nous tient à la gorge. La tragédie revient et elle est là, au Mali. C’est une épreuve pour tout le monde. Maintenant, pour répondre à votre question, j’ai été heureux de recevoir ce prix parce qu’il porte le nom d’un écrivain qui a publié des livres, voire un livre "Le devoir de violence".

Ce que ce livre m’a inspiré-cette histoire de Saïf-c’est l’idée que nous devons à chaque fois solliciter l’exercice, en nous, compliqué à savoir le devoir de lucidité. Et que le compromis, le seul, que nous ne devons pas passer c’est celui de la paresse. Ce compromis là est ruineux. Et que pour ne pas y céder et trébucher, le premier devoir de violence c’est en vers soi-même. C’est ce sentiment-là que j’ai eu. Le devoir de violence en vers soi-même et l’effort qu’on doit faire en permanence. Je ne vais pas vous embêter de nouveau avec l’histoire de l’élévation, mais de sortir de ses propres assoupissements, de son propre piétinement, de regarder les choses se défaire.

Je ne vais pas non plus vous reprendre l’idée qui courrait ici que tout est à refaire. Parce que tout ce qui a été fait a été défait. On est encore dans la seringue délicate qui consiste à identifier quels sont nos maux, à trouver les hypothèses de solutions pour en sortir. Et je pense, pour revenir sur l’idée que le livre est essentiel, qu’à Bamako, il s’agissait d’un honneur auquel je ne m’attendais pas. Couronner un livre que j’ai écrit sur l’Afrique et que j’ai publié chez un éditeur africain, un éditeur du nord de l’Afrique, c’est-à-dire la pointe la plus avancée vers cet autre monde, qui paraît être le monde vers lequel tout le monde veut courir. En traversant mille épreuves dans le détroit de Gibraltar, en broyant mille vies voire davantage et en s’échouant, hélas, dans des impasses.

Donc, moi j’ai fait le pari inverse. J’ai dit que je vais d’abord publier un livre en Afrique et ensuite ce livre-là reviendra en France. Et c’est une aventure, puisque je viens ici, non pas pour parler de mes mérites, mais de ce livre-là d’ailleurs qui, en France, a pour titre "Métisse palissade". Mais en fait, c’est le même livre. Donc, vous voyez, ça me permet de faire plusieurs livres, ça me permet plusieurs combinaisons. Je peux même apparaître comme un faussaire, c’est-à-dire le fabricant de plusieurs livres. Ça c’est l’aventure de l’esprit. Ce sont les options qui nous sont proposées et que nous acceptons, que nous sollicitons qui nous permettent ces aventures-là. Par le livre.

C’est par le livre que je suis devant vous. Je vous en remercie. Ce n’est pas par mes moyens de  prestidigitateur. Bien que j’aimerais les avoir pour supprimer les poubelles et les décharges publiques à Conakry. J’aimerais aussi être prestidigitateur pour faire en sorte que tous les ponts soient convenables, mais aussi pour que les Chinois arrêtent d’enlever les chemins de fer. Ou tout simplement pour faire en sorte que le Guinéen ait sa place sous le soleil d’Afrique.

GCI : A votre avis, quels sont les facettes de ce livre qui auront séduit les critiques ?

E.E : Je vous mentirais si je vous dis que je ne lis pas les critiques. Mais je vous mentirais également si je vous dis que j’y accorde une importance démesurée. Pourquoi ? Je suis critique moi-même. Donc, je laisse ceux qui parlent des livres avoir leurs points de vue. Ceux qui apprécient, ça fait toujours plaisir. Mais franchement, je n’arrive pas à retenir ce qu’on dit de mes livres. Peut-être parce que mon esprit est constitué comme ça. Mais je me dis qu’il y a tellement de travail que si je me laisse envahir par les bonnes opinions, je vais avoir des chevilles qui enflent et j’aurais des problèmes avec les cordonniers. Si je me laisse abattre par l’amertume parce qu’on m’a critiqué ici, je construirais des prisons pour y jeter des gens ou des fusils pour les abattre. Vous voyez bien que ni la première option, ni la seconde ne m’intéressent vraiment. Au finish et pour répondre à la question, je suis incapable de résumer ce qu’on a dit de moi.

GCI : Cette tendance à ne pas vouloir parler de vos œuvres, est-ce une aversion envers les critiques ou bien c’est tout simplement parce qu’il n’est pas évident de parler de soi-même ?

E.E : Voila, cette option m’intéresse. Je n’ai pas d’aversion, puisque moi-même je fais le métier de critique littéraire en permanence au courrier de Genève. Donc je lis des livres et je les critiques. Souvent, je suis aussi sévère. A propos, je me rappelle que par rapport à un livre d’un auteur togolais très connu, j’avais écrit, « lecteurs, passez votre chemin ».

GCI : Au-delà de la peinture que vous faites de l’Afrique dans vos œuvres, comment percevez-vous le continent noir ?

E.E : L’Afrique est la matrice de l’humanité. C’est à partir d’elle que l’aventure humaine a commencé jusqu’à ce que les Chinois nous la disputent. Et disent qu’il leur faut tout. Donc, ce qui m’intéresse c’est cette aventure-là qu’il faut rappeler. Et quand bien même elle n’aurait pas eu lieu, ici on a toujours l’impression que, malgré tout, le pari de la biosphère, le pari de la ressource essentielle reste encore possible. C’est dire qu’on n’est pas encore dans l’idée d’une extrême vitesse. Qui, dans cette extrême vitesse, accélère aussi le processus de désensoleillement. C’est-à-dire que la pollution qui monte à travers l’exploitation de la matière crée, on le sait désormais en écologie, l’effet de serre. En Afrique, même s’il y a une pollution urbaine, il y a encore quelque chose de très préservé. Tout n’a pas encore été pris, tout n’a pas basculé dans l’état de non retour que la société dite développée nous offre.  On a l’impression que cette dernière a basculé vers quelque chose et qu’elle ne peut plus revenir en arrière. Certes, l’Afrique a ses pervers et sa perversité à travers le double nihilisme de son élite dirigeante et de la base qui verse dans le pessimisme, voire même le fatalisme qui se manifeste à travers des formules telles : « Dieu a voulu, le marabout veut, un tel a décidé ». Mais jamais soi-même. Ces deux nihilismes peuvent nous précipiter dans des abimes. Mais tout n’a pas complètement basculé comme en occident. Voilà en gros l’idée que je me fais de l’Afrique où, il me semble, le dernier mot n’a pas été dit.

GCI : Le dernier mot, en bien comme en mal… ?

E.E : Exactement. On est encore dans une hésitation désirable.

GCI : Et quels sont les grands défis que les écrivains de votre génération ont face à eux par rapport à l’Afrique ?

E.E : Leur nombril !

GCI : Ce qui signifie… ?

C’est qu’ils se regardent trop le nombril. Vous savez, maintenant il y a la télévision. Chacun veut voir sa tête. Avant ce n’était pas la préoccupation majeure des aînés comme Camara Laye, Senghor, Aimé Césaire, Cheick Hamidou Kane, Sembène Ousmane, Mongo Béti, … C’était une forme d’altruisme, une forme de combat avec "Présence Africaine".

Ils avaient une envie qui s’est transformée sur le plan politique par le panafricanisme. Cette recherche de l’unité de l’Afrique comme un tout. Et puis ça a éclaté. Et la génération à laquelle j’appartiens est composée d’écrivains qui se regardent trop le nombril. Or, c’est le nombril du monde qu’il faut regarder, pas le sien. Le nombril du monde, ma foi, l’Afrique est concernée. Quand elle souffre, c’est l’humanité qui souffre. Bien sûr, on pourra toujours dire qu’il y a 50-60, qu’en ce qui concerne le taux de production de biens manufacturiers, le commerce international, l’Afrique avait une part plus élevée que l’Asie, la Corée, etc. et qu’aujourd’hui, les choses sont à un tel point inversées qu’on dirait que l’Afrique qui était dans la même division que les autres, est tombée dans les enfers et qu’elle ne boxe plus dans la même catégorie.

Mais c’est une mauvaise séquence à passer. Il faut donc une mobilisation des forces, des atouts de l’Afrique et de toutes les intelligences qui sont multiples pour faire une œuvre commune. Et "Métisse palissade" est justement un livre qui est comme une montgolfière qui va s’élever -je reprends la métaphore. Cette montgolfière a besoin d’hélium pour décoller. La thématique que j’utilise c’est donc le métissage. Que ce métissage soit comme ce qui gonfle la montgolfière et qui lui permet de prendre son envol. Il faut donc gonfler notre perspective africaine à l’hélium du métissage, c’est -à-dire de la diversité. Le métissage ce n’est pas seulement blanc et noir. C’est l’un et l’autre. Ce sont ces Afriques qui se tournent le dos, qui se combattent alors qu’elles doivent fédérer leurs énergies. C’est ça l’idée du métissage que je défends à travers cette famille composée d’un couple blanc et noir et dont les enfants métisses racontent ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont reçu et ce qu’ils regrettent d’avoir perdu.

GCI : Pourriez-vous vous définir comme un afro-optimiste ?

E.E : Je ne veux me définir ni comme un afro-optimiste, ni comme un afro-pessimiste. Je veux être quelqu’un qui regarde les choses telles qu’elles sont, mais qui ne perd pas espoir et surtout qui n’est pas là pour enfoncer davantage la tête du noyé dans l’eau.

GCI : Cela fait une trentaine d’années que vous vivez en France. Comment pourriez-vous décrire les conditions de vie d’un africain là-bas ?

E.E : Un Africain-type, on ne lui donne pas toute sa chance. Il faut qu’il arrache plus que d’autres. A possibilités égales, on prendra quelqu’un d’autre. Pas l’Africain. Donc on lui demande plus alors qu’il a moins.

GCI : Comment, il a moins ?

E.E : Bien sûr ! Il a moins parce que les conditions dans lesquelles il arrive en France font qu’il n’a pas le même capital culturel que l’Occidental sur son territoire. Ce dernier joue à domicile. Et l’Africain, comme une équipe visiteuse, joue à l’extérieur. Ainsi, alors qu’il a moins, on lui demande de produire plus. Et même en produisant plus, on lui dit "vous gagnerez moins". Allez-y donc comprendre quelque chose! Donc, il est encore une fois pris dans un nœud de contradictions. Il doit être en permanence dans l’optique du sacrifice.

Sa situation n’est pas la plus idyllique qui soit. Mais l’Africain en Europe, il se bat, il se bat en Amérique. A propos,  vous avez vu Obama. Il se bat en Amérique. Vous avez peut-être vu Rama Yade et quelques personnages. Même si ce ne sont que les femmes. Mais c’est là une pratique française. Elle se méfie des hommes. Estimant que les femmes sont plus accommodantes, voire plus avancées dans le compromis.

GCI : Une dernière question. Dans « Le sanglot de l’homme noir », Alain Mabanckou semble vouloir dire que les Africains vivant notamment en occident versent un peu trop dans la victimisation. Qu’en pensez-vous ?

E.E : Ce n’est pas lui qui le dit. Il l’a piqué à un certain nombre de sociologues qui ont déjà raconté ça. L’état de victimisation et l’essentialisme, etc. Donc, ce n’est pas une pensée autonome, et elle n’est pas surprenante. Mais ce qu’il y a de plus affligeant dans ce livre, c’est l’idée qu’il développe en disant qu’un Noir qui a fait Sciences-po n’a rien de commun avec un Noir qui est éboueur. Il confond le statut social et les identités collectives. C’est lamentable ! 

Propos recueillis par Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info 

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