
C'est la conclusion que l'on est tenté de tirer après lecture de cette interview exclusive qu'il a bien voulu accorder à GuinéeConakry.info... Un entretien qui porte sur le dernier passage du Groupe International de Contact sur la Guinée, l'affichage des listes électorales, la position du FUDEC et des forces vives sur la transition...
GuinéeConakry.Info: Bonjour Monsieur le Président du FUDEC, pour de nombreux compatriotes, après l'accord de Ouagadougou, le Groupe International de Contact n'avait plus sa place en Guinée. Pourquoi le Groupe est-il de retour à Conakry?
François Louceny Fall: Vous comprendrez que cette réunion a été prévue par la dernière session du Groupe International de Contact sur la Guinée qui s'est tenue à Conakry. Je crois qu'il est arrivé à une période charnière à Conakry. Nous sommes à un moment important du processus électoral en Guinée. D'abord, les listes électorales ont été affichées. Il y a aussi que les organes de la transition sont maintenant au complet. Les membres du Groupe viennent alors pour voir comment se porte le processus et faire le point. Pour évaluer le parcours et identifier les difficultés qui se dressent sur le passage.
GCI: Est-ce que la présence du GIC ne télescope pas un peu la médiation du Président Blaise Compaoré ; qui du coup devient de plus en plus discret?
FLF: Mais pas du tout, le Groupe International de Contact a toujours fonctionné parallèlement aux travaux du médiateur. Ce sont deux activités complémentaires. Et, d'ailleurs je dois vous dire que c'est à la demande du Groupe de Contact que le médiateur a été désigné. Alors, ce que le Président Blaise Compaoré fait et ce que le Groupe de Contact fait, sont des actions complémentaires.
GCI: Lors de la rencontre avec le Groupe International de Contact, quel est le message principal que les Forces vives ont passé?
FLF: Nous avons cru devoir faire l'état des lieux de l'évolution du processus électoral. Des préoccupations que nous avons estimé qu'il faut partager avec le Groupe. Ce qui est certain, c'est que les organes de la transition sont en place. Nous sommes tous partant pour les élections du 27 juin, mais il y a que certaines questions doivent être résolues auparavant. Déjà nous avons quelques appréhensions sur des difficultés qui doivent être corrigées pour que le chronogramme puisse être tenu. Nous avons surtout quelques problèmes avec la Commission Nationale Electorale indépendante (CENI), à partir de l'affichage des premières listes. Nous avons constaté que des états de récapitulations par rapport aux préfectures, aux régions administratives comportent des incohérences et des anomalies manifestes, qu'il faut absolument corriger. Aussi, les listes ont été affichées dans des endroits souvent très éloignés des districts où les populations habitent. Et, puis de nombreux citoyens recensés et en possession de leurs récépissés ne retrouvent pas leurs noms sur la liste. Dans certains cas, les kits informatiques permettant de corriger les informations sont hors d'usage ou complètement inexistants. Nous avons aussi des informations sur des soupçons de fraudes à la nationalité signalées dans certains bureaux de recensement à l'étranger. De même que certains agents de recensements qui ont été recrutés sur place et qui sont en train de manipuler actuellement les machines de recensement dans certains pays. Ce sont là des choses inacceptables sur lesquelles il fallait attirer l'attention du Groupe International de Contact. Dorénavant, nous avons demandé une réunion avec la CENI pour apporter des éclaircissements sur toutes ces choses. Cette réunion pourrait se tenir le lundi pour apporter des corrections nécessaires et même indispensables à la tenue d'élections libres et transparentes en Guinée.
GCI: Qui donc pourrait être à l'origine de telles manipulations?
FLF: Ecoutez au stade actuel, nous ne pouvons pas faire de jugement. Etant donné que nous ne savons pas s'il s'agit d'erreurs de manipulations manifestes ou si c'e sont des erreurs techniques dues au fait que c'est un recensement biométrique pour lequel les agents de recensement ne sont pas totalement outillés pour aboutir au travail escompté. Nous voulons faire la lumière sur cette affaire et savoir ce qu'il faut corriger. S'il nous était donné de savoir qu'il s'agit de fraudes manifestes, alors nous en tirerons les conséquences.
GCI: Ne pensez-vous pas que tous ces facteurs vont influer négativement le calendrier électoral?
FLF. Nous sommes en train d'inventorier les anomalies qui doivent être corrigées. Pour que le délai du 27 juin soit tenu. Tous les partis politiques sont dans cette dynamique. Mais, le préalable c'est la liste électorale. Parce qu'on ne peut aller aux élections, si le corps électoral n'est pas défini clairement. Il faut donc que le correctif soit apporté pour qu'on puisse aller aux élections. Nous voulons des élections propres. Parce que quand les élections ne sont pas propres, vous savez que les conséquences peuvent être dangereuses pour le pays. Bien entendu tout le monde nous presse d'aller aux élections le 27 juin, nous-mêmes nous sommes pressés que cette date arrive, pour qu'on puisse mettre fin à cette situation d'exception dans notre pays. Nous voulons qu'un gouvernement élu soit mis en place. Mais, il faut le faire dans un contexte tel que le résultat soit accepté par tous.
GCI: Si tel est le cas, peut-on dire que les forces vives pourraient envisager un report du scrutin?
FLF: Nous ne sommes pas en ce moment dans la logique du report. Nous sommes dans la logique de correction et d'assainissement des listes électorales. Alors si cette logique est respectée, si les corrections sont apportées, nous iront aux élections. Mais si ces corrections ne sont pas faites, le corps électoral n'est pas clairement défini, il appartiendra donc à nous, les partis politiques, le gouvernement et la communauté internationale de tirer les leçons. Il ne m'appartient pas, en ma qualité de porte-parole des forces vives, de dire que le scrutin sera oui ou non reporté.
GCI: Mais, le FUDEC a tout de même sa position?
FLF: Bien sûr que oui, le FUDEC a sa position. Mais étant donné ma position de porte-parole des forces vives, je dois parler au nom des partis politiques qui m'ont commis à cette tâche. Mais en ce qui concerne le FUDEC, nous avons une position très claire sur certains problèmes. Le moment venu j'enlèverai ma casquette de porte-parole pour mettre celle du président de FUDEC. Et je défendrai la position du parti avec toute mon énergie.
GCI: Au fond, disons que le FUDEC est l'un des derniers nés des partis du paysage politique guinéen. Comment se comporte-t-il sur le terrain?
FLF: Le FUDEC se comporte très bien à travers le pays. Déjà, j'ai un meeting demain soir (vendredi 9 avril 2010) à Boké et un autre le lendemain à Sangarédi. Le dimanche à Coyah et ensuite nous iront vers le Fouta et puis dans la région forestière. Le problème n'est donc pas de venir tard sur le terrain. C'est que le FUDEC a un message qu'il a largement diffusé. Un message qui a été entendu. Et, je pense que nous serons dans la course, comme tous les autres partis, pour les prochaines élections. Je pense que le FUDEC est bien connu. Les gens connaissent notre conviction pour le changement en Guinée et je pense que c'est ce qui est le plus important.
GCI: Pouvez-vous dire que le FUDEC a un programme différent de ceux des autres partis?
FLF: Ecoutez notre programme est très clair. Je ne dis pas que nous sommes différents des autres, mais le FUDEC a un programme écrit publié et mis à la disposition du grand public. C'est pour faire connaitre notre position de tout le monde. Pour informer les Guinéens de ce que nous voulons faire dans le cadre de la lutte contre la pauvreté. Et si vous le voulez, nous allons vous le résumer en quelques points. Le premier est le volet politique. Nous voulons d'abord refonder l'Etat, réhabiliter les structures de l'Etat pour avoir des institutions fortes. En commençant par la Justice, parce que sans une justice crédible, rien n'est possible dans ce pays. Renforcer la sécurité des biens et des personnes. Ensuite, le volet économique, nous voulons nous attaquer aux secteurs de croissance. D'abord mettre de l'ordre dans les finances publiques. Je crois que c'est la clé de voute, étant donné que si on n'a pas d'argent, on ne peut rien faire. Tous les projets que nous allons élaborer dépendront de la richesse nationale que nous allons créer. Et la première richesse, c'est d'abord sécuriser les recettes de l'Etat. Changer la gouvernance dans ce pays. C'est après que nous allons nous attaquer aux autres secteurs. Secteurs créateurs porteurs de croissance dont l'agriculture les mines et autres. Ensuite, nous avons le volet social qui est l'éducation et la santé. Donc nous, nous avons un programme très clair. Renforcer l'économie, ouvrir l'économie aux investisseurs. Pour qu'on créée plus d'emplois pour les jeunes. Vous n'êtes pas sans savoir que plus de 65% de la population guinéenne est composée de jeunes de moins de 35 ans. Et les 70% de ces jeunes vivent dans état de chômage dans notre pays. Mais pour donner du travail aux jeunes, il ne s'agit pas de faire des slogans. Au FUDEC, nous avons un programme cohérent, qui nous permet de faire rapidement de l'économie dans notre pays. Et, ouvrir les vannes pour qu'il y ait des investisseurs, pour que l'économie souffle du vent. Et absorber des jeunes qui sont au chômage. Nous ne nous comparons à personne, mais nous disons que nous pouvons tenir la route avec notre programme.
GCI: Certains jeunes seront tentés de dire, de toutes les façons, tous les acteurs politiques développent les mêmes arguments....
FLF: Si vous observez la composition des militants du FUDEC, vous vous rendrez compte que son ossature est faite principalement de la jeunesse. C'est une nouvelle jeunesse, bien éduquée qui est là aujourd'hui. Une jeunesse qui se cherche et qui veut se prendre en main. Une jeunesse qui veut engager les réformes qu'il faut pour son propre avenir. C'est pourquoi, dans notre bureau exécutif, 30% des places sont réservées aux jeunes qui travaillent quotidiennement avec nous. C'est dire que ces jeunes ne sont pas en désaccord avec nous, au contraire. La jeunesse guinéenne a pris conscience de la nécessité du changement. Nous prônons le changement pour expliquer à tous qu'une autre mode de gouvernance est possible en Guinée. Et les jeunes y croient réellement. Pourvu qu'ils aient du travail pour fonder des familles et construire leur avenir.
GCI : Et si les élections devraient se tenir en juin 2010, est-ce que FUDEC est donc tout à fait partant?
FLF: Vous savez, j'ai l'habitude de dire que quand on créé un parti, c'est pour aller à la conquête du pouvoir. Jusqu'à maintenant, le FUDEC s'active pour aller aux élections. En temps opportun, le FUDEC fera connaitre le nom des son candidat.
GCI: Quel regard sur cette Guinée ou la paix et la sécurité semblent encore menacées. Où des groupuscules civils et militaires sont en train de se réunir pour mettre le processus de transition en cause...
FLF: Nous des forces vives, nous avons déjà pris énergiquement position contre de tels agissements. Et nous ne permettrons à personne de remettre en cause le processus en cours. Nous sommes prêts à nous battre pour que cette transition aille jusqu'à son terme. Je voudrais en deuxième position lancer un appel à la paix. Nous savons qu'il y a des rumeurs tendant à exacerber les conflits potentiels entre certains hommes politiques qui voulaient créer des tensions entre les ethnies et les régions. Nous sommes opposés à de telles pratiques car la vraie démocratie que nous voulons en Guinée ne peut se faire que dans le ciment d'une unité nationale. Il faut que les Guinéens se ressaisissent et que l'on évite de replonger ce pays dans un autre drame qui pourrait être préjudiciable pour, non seulement les générations présentes, mais aussi les générations futures. La Guinée a toujours été préservée de la guerre civile, il faut donc que l'on aille à ces élections dans un esprit apaisé.
Que les Guinéens puissent choisir l'homme qui soit à même de sortir le pays de la misère. Qui pourra redynamiser l'économie et la propulser au devant de la scène africaine et internationale. Et je demande aux Guinéens de voter pour un homme qui est capable de le faire, et non parce qu'ils sont de la même ethnie, ou de la même région, ou qu'il distribue de l'argent. Un homme qui a les compétences de sortir la Guinée de sa léthargie.
Propos recueillis par Kerfalla Kourouma pour GuineeConakry.info




















