GRANDE INTERVIEW GCI : Contre Ebola, ''Prudence et vigilance'', dit MSF

La Guinée entame la dernière ligne droite dans la lutte contre l’épidémie d’Ébola et les chiffres de la baisse de nouveaux cas, malgré la persistance de quelques foyers, portent à croire qu’Ébola ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir. Pour mieux cerner la situation sur le terrain votre quotidien en ligne GuinéeConakry.info est parti à la rencontre du coordinateur du centre de traitement Ebola de Nongo (CTE de Nongo), Massart Emmanuel de MSF (Médecin Sans Frontières).

GuineeConakry.Info : MSF est partie prenante dans la coordination de la lutte contre l’épidémie d’Ébola, quels sont alors les efforts que vous déployez sur le terrain ? Pouvez-vous nous faire un bref bilan de vos actions depuis le début de l’épidémie ?

Massart Emmanuel de MSF : Nous Médecins sans  frontières, depuis le début de l’épidémie avons été partie prenante dès les premiers jours de l’épidémie. Nous avons monté un centre de traitement et de prise en charge d’Ébola à Guéckédou, ensuite nous avons développé beaucoup d’autres centres de prise en charge dans le pays, pour pouvoir répondre à l’expansion de la maladie Ébola, depuis plus d’un an et demi dans le pays.

GCI : Aujourd’hui, les enterrements dignes et sécurisés sont des éléments cruciaux qui permettent entre autres d’enrayer la chaine de contamination. Sur ce plan, vous aviez joué au début un rôle primordial. Expliquez-nous comment ça se passe aujourd’hui?

ME de MSF : On a dans le passé fait des enterrements entre autre à Guéckédou et dans plusieurs autres CTE et centres de prise en charge. Mais nous, à MSF, nous ne faisons plus d’enterrements dignes et sécurisés, parce que cette activité a été totalement reprise par la Croix Rouge guinéenne. Comme elle pouvait s’en charger, nous nous concentrons sur tout ce qui est prise en charge médicale des malades, ensuite nous faisons aussi beaucoup de sensibilisation à l’extérieur, dans la ville, pour expliquer aux citoyens de Conakry ce qu’on fait et c’est quoi la maladie à virus Ébola. Comment s’en protéger et ce qu’il faut faire, quand on a les symptômes. C’est donc le deuxième volet, le troisième c’est ce qu’on appelle le ‘’ outreach’’, c’est-à-dire que on a des équipes qui sont présentes dans la ville et qui vont aller chercher les patients suspects, répondant ainsi aux alertes. Dès qu’il y a une alerte suspecte. On prend l’ambulance avec une équipe complète et dans cette équipe, on a plusieurs hygiénistes; des personnes qui vont être capables de prendre en charge tout le nettoyage et la désinfection. Nous avons les chauffeurs des deux véhicules qui participent. Soit deux véhicules par équipe et des promoteurs de la santé, disons des sensibilisateurs, et bien sûr, un médecin. Cette équipe va se rendre sur place pour voir l’état du patient. On va être capable de prendre en charge un patient qui n’est plus capable de marcher, donc on va se changer sur place dans la communauté, on va mettre les habits de protection qu’on peut voir classiquement pour Ébola. Puis, on va prendre en charge le patient, l’embarquer dans l’ambulance pour l’évacuer ici, au CTE.

A l’intérieur du centre on va pouvoir faire des tests de ce patient, s’il est positif ou pas et après, pouvoir le classer en fonction de ce statut et, dans le même temps, au niveau du domicile, on va pouvoir désinfecter. Au cas où le patient se révèle positif, il n’y a pas de risque pour la famille de contracter la maladie de façon secondaire, après la désinfection correcte du domicile !

 GCI : Nous savons que la réticence est très grande dans les communautés, comment faites-vous pour surmonter ces obstacles ?

ME de MSF : C’est vrai qu’il subsiste encore de temps à autre, de façon très disparate des réticences. Des gens qui ont toujours du mal à admettre le fait que le virus Ébola est présent en Guinée. C’est pour ça que nous avons une forte activité de sensibilisation, pour pouvoir expliquer à la communauté le travail que l’on fait ici au centre de prise en charge. C’est important de venir au  centre de prise en charge expliquer que la maladie Ébola ça existe et expliquer ce qu’il faut faire, si on est infecté de la maladie.

GCI : Aujourd’hui la Guinée entame la dernière ligne droite, pourrait-on dire, dans la lutte contre l’épidémie, caractérisée par une décroissance significative du nombre de nouveaux cas enregistrés ces derniers temps. Pensez-vous que la Guinée va enfin sortir de l’épidémie dans les semaines qui viennent ?

ME de MSF : Alors si vous êtes en train de me demander une date pour la fin d’Ebola. J’ai pas ma boule de cristal avec moi ! Je ne peux pas répondre en tant que tel, en vous donnant une date précise. Ce qu’on peut observer en effet, c’est qu’on peut voir depuis plusieurs semaines une diminution très importante du nombre de cas positifs pour la maladie à virus Ébola, au même moment au niveau du CTE de Nongo qui est géré par MSF.

GCI : Pas plus tard que le lundi dernier Fodé Tass le  chargé à la communication nous révélait que dans l’etat actuel, il ne reste plus qu’un seul patient confirmé positif dans l’ensemble des CTE, est-ce que vous confirmez, cette information ?

MSF : En effet, c’est le seul CTE dans le pays où il y’a encore des patients qui ont Ébola.  C’est un seul patient qui est encore présent et qui est confirmé positif à la maladie à virus Ébola dans tous les CTE.  Nous, il y a un message très important qu’on veut continuer à passer,  c’est qu’en effet on voit qu’il y a cette diminution du nombre de cas. Une diminution importante mais qui ne veut pas dire que le travail est fini. Il faut qu’on reste vigilant, qu’on reste très strict sur les mesures d’isolement entre autres des patients et des mesures de contrôle. Ce qui veut dire que ce n’est pas maintenant qu’il faut relâcher. On sait qu’Ébola ça peut se transmettre très rapidement.

Si maintenant, on réduit nos efforts et on commence à ne plus suivre les règles basiques de lavage des mains, c’est comme ça qu’on peut avoir une maladie qui flambe de nouveau et, justement, c’est ce qu’on veut éviter. Le message qu’on veut vraiment faire passer, c’est de dire : c’est  vrai, il y a très peu de cas, mais il faut rester vigilant, ce n’est pas encore fini ! C’est la dernière ligne droite,  le dernier sprint, donc c’est là qu’il faut mettre beaucoup d’efforts dans la course, pour arriver à  vaincre cette maladie Ébola. Tant qu’on ne sera pas arriver au 42 eme jour sans cas positifs dans les trois pays, on ne pourra pas déclarer la victoire, il y a encore une bonne partie du chemin qui reste à parcourir pour arriver à destination. Il faut qu’on reste très vigilant durant cette dernière ligne droite, parce qu’il ne faudrait pas trébucher maintenant. 

GCI : Justement vous avez parlé de sensibilisation, comment vous vous organisez dans ce sens ?

ME de MSF : En fait, en ce qui concerne la sensibilisation, on est organisé pour essayer de se rapprocher au maximum des communautés. On a une équipe très importante qui vit ou qui travaille dans les quartiers, dans les différents secteurs des quartiers, pour pouvoir mener des séances de sensibilisation. Il y a plusieurs volets, il y a d’abord des séances de sensibilisation  de masse, on va pouvoir donner des messages à un groupe, ou on va expliquer ce qu’est Ébola ; comment il se transmet, comment on peut l’éviter et ce qu’il faut faire si on l’attrape, etc. Puis, il y a aussi des séances avec des groupes particuliers, par exemple, des groupes divers et variés, et puis après, nous avons aussi des activités un peu différentes, avec des comédiens qui travaillent avec nous, qui font de petites pièces de théâtre pour expliquer ces messages-là. Nous organisons aussi des matchs de gala et plusieurs autres activités pour pouvoir sensibiliser au maximum, expliquer exactement ce qu’on fait au CTE Ébola et comment l’éviter.

GCI : Quelles sont les difficultés que vous rencontrées ici au  CTE de Nongo ?

ME de MSF : Pour être tout à fait honnête, il arrive qu’il y ait des patients qui, en effet, soient réticents, en disant ‘’Ah non ! Moi je n’ai pas Ébola !’’. Ça c’est un travail qui est important à faire et que nous avons fait au quotidien. Rencontre avec la famille, les voisins, les personnes qui pourraient avoir de l’influence sur ces personnes, leur expliquer ce qu’est Ébola et repasser le message par rapport à la transmission d’Ébola, quels sont les symptômes pour les amener à comprendre exactement que le patient a été testé positif.

Donc voilà, surtout de la communication, si on parle avec les gens, si on leur explique les choses, ils comprennent très bien et ça se passe en général très bien. Quand on a l’occasion d’expliquer les choses aux gens, ils le comprennent.

GCI : Tout récemment, les essais cliniques d’un vaccin viennent d’être publies, ils concluants à 100 pour cent, pensez-vous que son apport sera décisif dans la lutte ?

ME de MSF : Alors pour le moment, la stratégie qui aura le meilleur impact, c’est celle que nous sommes en train d’appliquer. Prendre les patients dans la communauté, les isoler dans les CTE et les y soigner. Par rapport à la vaccination, il y a une méthode qui été développée par l’OMS et  par le ministère de la santé, qui est de faire des ‘’rings vaccination’’, c'est-à-dire, de vacciner les gens qui sont autour d’un cas confirmé. Avec cette strategie, on espère que cela contribue aussi à diminuer le nombre de cas, et réduire le nombre de transmissions.  Il est sûr que pour le moment quelqu’un qui a déjà Ébola, le vacciner, ce n’est pas cela qui va le soigner et l’empêcher de développer des symptômes. Donc prudence et vigilance !

Propos recueillis par Mamadou Aliou DIALLO  pour  GCI

2015-GuineeConakry.Info

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