
Ce dernier en a profité pour non seulement évoquer les tenants et les aboutissants de cette initiative destinée en priorité aux Guinéens de l’étranger, mais aussi pour parler des heureuses perspectives d’emplois qui s’offrent à la Guinée et des réformes envisagées, ou en cours au niveau de système de formation guinéen pour permettre d’y faire face. Dans cette interview, le ministre Damantang Albert Camara se veut à la fois rassurant et optimiste en ce qui concerne la problématique de l’emploi en Guinée.
GuinéeConakry.Info :Où en êtes-vous avec les préparatifs du Salon de l’emploi de Paris ?
Damantang Albert Camara : Les préparatifs avancent très bien grâce à l’équipe dynamique qu’on a mise en place avec l’AGUIPE et un certain nombre de consultants. Beaucoup d’entreprises ont été contactées. Beaucoup ont manifesté leurs désirs et interets. La plupart se sont déjà inscrites. Et nous sommes un peu victimes de notre succès, parce que nous avons peur qu’il n’y ait pas suffisamment de stands pour accueillir toutes les entreprises qui sont intéressées à participer à ce salon de l’emploi. Donc, les préparatifs vont bon train. Au niveau de l’Europe, la collecte des candidatures aussi avance. On est déjà à plusieurs centaines de CV. Et je pense que ça va monter en puissance. Nous avons bon espoir que ce rendez-vous sera une réussite.
GCI : Récemment, vous vous étiez rendu en France. Etait-ce dans le cadre de ces mêmes préparatifs ?
DAC : Exactement ! Rien ne remplace le contact direct dans le cadre des préparatifs d’un événement comme celui du Salon de Paris. J’ai donc eu à rencontrer les membres de l’Association des jeunes guinéens de France (AJGF), les responsables de la mairie du 20ème arrondissement où va se dérouler l’événement, l’ambassade de la Guinée en France et d’autres acteurs étatiques français qui sont intéressés à cet événement-là. Nous avons fait le point sur le niveau d’avancement des préparatifs et sur les différentes mesures à prendre pour la totale réussite de l’événement.
GCI : Pourquoi avez-vous estimé nécessaire de délocaliser ce salon à Paris ?
DAC : C’est d’abord parce que c’est une association qui est en France qui nous a contactés, sur la base d’un programme que nous avons analysé et que nous avons trouvé plus que pertinent. Donc, c’était un choix quasi naturel. Ensuite, je pense que la France est le pays européen où il y a la plus grande concentration de Guinéens. Il était donc normal que ce soit à ce niveau là que l’événement se tienne. Quitte à ce que tous les autres Guinéens en Europe viennent y participer. Il fallait également qu’on trouve un espace où la diaspora puisse également avoir ses chances au même titre que les Guinéens qui sont ici. Vous savez que jusqu’à présent, nous avons organisé les salons de l’emploi à Conakry et dans des régions. Maintenant, il faut aussi se tourner vers l’extérieur où nous avons également beaucoup de jeunes et de moins jeunes, qui ont des compétences et qui ont peut-être l’envie de rentrer et qui n’ont pas suffisamment d’informations, et pas suffisamment d’opportunités pour entrer en contact avec les entreprises. Il est plus facile de faire partir une vingtaine d’entreprises en France que de faire venir trois cent, quatre cent ou cinq cent guinéens désireux de travailler.
Donc, ça a été la raison essentielle que ce salon se tienne à Paris. Ce n’est pas une délocalisation. C’est un nouveau salon qui se fait à Paris, et qui ne concurrence en rien celui qui devra se faire à Conakry, sans doute, bientôt.
GCI : On pourrait aussi se demander s’il n’y a pas suffisamment de chômeurs à recruter en Guinée pour qu’on aille chercher d’autres jusqu’en France ?
DAC : C’est une bonne question mais qui a une réponse très simple. Il existe un certain nombre de compétences qui n’existent pas en Guinée, parce que tout simplement elles ne sont pas enseignées. Si je prends par exemple l’ingénieur technico-commercial en agroalimentaire, aucune université guinéenne ne le fait. Dans le domaine technique, si vous prenez les calorifugeurs ou encore les soudeurs en thermodynamique, ce n’est enseigné dans aucune école guinéenne. Donc, d’un point de vue purement objectif, ce sont d’abord des compétences qui n’existent pas parce qu’elles ne sont pas enseignées ici.
Ensuite, il y a le niveau de compétence et celui d’expérience qui font qu’il faut faire venir des compétences des Guinéens de l’étranger. Mais vous savez, rien que dans le secteur minier, en emploi direct sur certains projets, il y a 52.000 emplois à pourvoir. Il y en a une centaine de milliers, rien que pour la construction et ensuite, vous avez tout ce qui est emplois indirects. Cela nous amène à des chiffres qui vont au-delà de 200.000 emplois. Quand vous prenez le secteur de l’hôtellerie, en guise d’exemple, le Novotel emploie entre 140 et 150 travailleurs. Or, il y a huit hôtels de 4 à 5 étoiles qui vont être construits. On peut donc estimer que rien que dans le secteur hôtelier, il va y avoir un besoin pouvant aller jusqu’à 1200 emplois. Je ne parle pas du secteur de l’agriculture, ou de celui des infrastructures, où on a besoin d’ingénieurs de très haut niveau.
Avec tous ces postes, il y a largement la place pour donner de l’emploi aux Guinéens qui sont à l’intérieur du pays mais aussi pour donner de l’emploi à ceux qui ne sont pas en Guinée et qui sont, de toute manière, des Guinéens et qui ont les mêmes droits que ceux qui sont sur le territoire national!
GCI : Au-delà de l’emploi, un projet comme celui-là n’a-t-il pas également un volet intégrateur pour la Guinée ?
DAC : C’est très important que l’Etat guinéen montre qu’il se soucie et qu’il est intéressé par tous les Guinéens, quelque soit l’endroit où ils se trouvent, que ce soit sur le territoire national ou que ce soit ailleurs. C’est ce sentiment d’appartenance qui est aussi mis en exergue ici et qui fait qu’aujourd’hui, ce serait un point vraiment positif qu’il y ait une osmose et une harmonie entre l’Etat guinéen, au point de vue géographique du terme, et ces Guinéens qui sont à l’étranger et qui, pour certains, souhaitent apporter leur pierre à l’édifice de développement, de reconstruction et de changement de notre pays, mais attendent juste qu’on leur donne cette opportunité. Justement, ce salon est également cette opportunité.
GCI : On sent cependant le ministère délégué aux Guinéens de l’étranger un peu en retrait par rapport à ce projet… ?
DAC : Disons que c’est certes un projet qui fait également intervenir le ministère des Guinéens de l’étranger. Mais en fait, si le projet va jusqu’à son terme, on ne sera plus en face de Guinéens de l’étranger. Ce seront tout simplement des Guinéens en train de travailler dans leur propre pays. Donc, le ministère des Guinéens de l’étranger est associé au projet de manière à ce que demain, ils ne soient plus considérés comme des Guinéens de l’étranger. Parce qu’ils ne seront plus à l’étranger, mais dans leur pays.
GCI : Depuis un certain temps, vous promettez un certain nombre d’emplois qui pourraient être disponibles. La question est alors celle de savoir si le pays sera prêt à pourvoir tous ces emplois ?
DAC : Alors, je ne promets rien. Je fais juste un constat tout simple des perspectives d’emplois qui s’offrent selon les projets qui sont en gestation ou, pour certains, qui ont déjà démarré. On a déjà une concrétisation avec Rio Tinto qui a démarré et qui a commencé à recruter. D’ailleurs, ça a été la première entreprise qui s’est manifestée à ce salon-là. Ce sont tout simplement des projections qui sont fonction des projets de développement enregistrés dans les différents secteurs concernés. La question que vous posez est pertinente dans son volet des compétences et des capacités des ressources humaines guinéennes à meubler ces emplois.
Aujourd’hui, pour être honnête, beaucoup de ces postes ne peuvent pas être pourvus par des Guinéens, tout simplement parce qu’on ne les a pas formés pour occuper ces postes-là. Le challenge de mon ministère, c’est d’une part, de donner aux Guinéens ces compétences-là à travers mon système d’enseignement de formation professionnelle et d’autre part, de permettre à ceux qui peuvent meubler ces postes-là de venir les meubler à travers des projets comme par exemple ce salon de l’emploi.
GCI : N’existe-il pas un risque que se développe chez les Guinéens une certaine xénophobie, si d’avance les postes les importants au niveau des projets que vous énumériez, etaient occupés par étrangers parce que le déficit en formation des Guinéens l’aura justifié ?
DAC : Déjà, si vous regardez le nouveau code minier, ce problème est normalement réglé par les dispositions qui sont à l’intérieur. Les entreprises évoluant en Guinée ont une obligation de "guinéaniser" les postes d’encadrement dans le secteur minier. Et nous souhaitons que ces dispositions soient étendues à tous les autres secteurs de l’économie. Cela veut dire que dès maintenant, les sociétés minières qui sont en exploitation doivent transmettre à l’AGUIPE, un plan de "guinéanisation" des postes d’encadrement pour dire quelles sont les mesures qu’elles prennent pour donner la formation aux Guinéens de manière à ce qu’ils occupent ces postes-là. Nous venons d’écrire à toutes les entreprises qui sont en phase d’exploitation pour que justement, ils nous proposent ce plan de guineanisation des postes. Ensuite, il y a beaucoup d’autres dispositions qui sont destinées à promouvoir les emplois de qualité pour les Guinéens. Mais justement, ce salon de l’emploi de Paris permettre d’éviter cette sempiternelle rengaine des entreprises qui disent "nous n’avons pas pu donner tel poste de directeur, tel poste de chef de service ou tel poste de cadre à des Guinéens, parce que nous n’avons pas trouvé des Guinéens qui ont les compétences requises". Ces entreprises vont maintenant avoir affaire à des Guinéens qui ont les compétences qu'il faut, qui sont des Guinéens à part entière, et qui peuvent occuper ces postes.
GCI : Les entreprises ont certes leur partition à jouer. Mais l’Etat en général et votre département en particulier ont aussi la leur. Alors, quelles sont les réformes que vous avez déjà entreprises ou en perspective, en vue d’éviter ce potentiel conflit ?
DAC : Alors, la première réforme consiste à renforcer et à faire monter de plusieurs niveaux la qualité de l’enseignement technique et professionnel en Guinée. Cela, je le dis surtout pour les nombreux emplois dans ces secteurs-là. Le partenariat que nous avons déjà mis en place et dont j’ai parlé à plusieurs reprises, c’est le partenariat public-privé. Qui a commencé par la construction de l’école professionnelle de Beyla par Rio Tinto. Et qui va se poursuivre avec d’autres miniers et avec l’assistance technique de l’Agence française de développement (AFD). Cette assistance technique a commencé. Nous commençons par le projet Rio Tinto à Simandou, qui va construire une école ultramoderne et former des compétences pour ces métiers-là. Il est clair que tous ceux qui sortiront de cette école-là auront toutes les compétences pour occuper n’importe quel emploi dans le secteur technique de haut niveau. Ensuite, nous allons répéter ce genre d’initiatives sur toutes les régions minières, de manière à ce que partout où il y a de l’exploitation minière, les miniers s’investissent financièrement et techniquement dans la formation, l’Agence française s’investisse dans l’assistance technique et l’Etat guinéen dans l’appui institutionnel, et dans l’encadrement du projet. Ceci devrait faire monter en puissance la qualité de l’enseignement technique et de mettre enfin à disposition des ressources humaines guinéennes qui n’ont rien à envier à celles qui peuvent venir éventuellement de l’étranger. Et à ce moment-là, les entreprises ne seront plus dans ce dilemme de comment recruter de bonnes ressources. Elles seront disponibles et le recrutement se fera naturellement.
GCI : Enfin, concrètement, de quoi sera-t-il question lors du salon de Paris ?
DAC : La première journée va consister en des communications. J’aurai personnellement une communication à faire sur : « Le marché de l’emploi en Guinée : enjeux, défis et perspectives ». L’Agence pour la promotion des investissements privés (APIP) viendra présenter les conditions dans lesquelles on peut s’installer et ouvrir une entreprise en Guinée, les incitations à l’investissement, les secteurs porteurs et l’environnement des affaires en Guinée pour ceux des Guinéens de l’étranger qui ont par exemple des projets entrepreneuriaux pour la Guinée. Ensuite, la Société financière internationale (SFI) viendra dire comment elle appuie un certain nombre d’entreprises guinéennes de sous-traitance pour qu’elles soient capables d’adresser les besoins des entreprises minières présentes en Guinée. Certains Guinéens viendront présenter leurs expériences de retour au pays, comment ils ont pu revenir et comment se sont-ils intégrés ? Tout ceci permettra aux Guinéens de l’étranger d’avoir une meilleure idée et une meilleure vision de ce qui les attend s’ils décident de rentrer. Le lendemain, on mettra en face les entreprises aussi bien publiques que privées et les demandeurs d’emploi pour que les gens déposent leurs CV, pour qu’ils aient des entretiens d’embauche et qu’éventuellement, chaque entreprise recrute ou constitue une base de données des compétences pour leurs besoins à court ou moyen terme.
Propos recueillis exclusivement pour GuineeConakry.info, par Boubacar Sanso Barry




















