GRANDE INTERVIEW GCI: Avec SE Guillermo Ardizone Garcia, Ambassadeur d’Espagne en Guinée

"Moi, je suis très optimiste et je crois que les Guinéens ont la capacité de gérer leurs problèmes. Et je pense qu’on va pouvoir surmonter les difficultés d'aujourd'hui. Après tout, une transition est un processus. Or, dans tout processus, il y a des montées, des descentes et des remontées!" C'est ainsi que SE M. Guillermo Ardizone Garcia, Ambassadeur d’Espagne en Guinée a répondu à quelques unes des questions de GCI, GuineeConakry.info... 13:18 17-10-2011

Le royaume d’Espagne est un membre important de l’Union Européenne et fait parti des partenaires privilégiés de la Guinée. Nous avons rencontré son ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire. Il a accepté de parler de la célébration de la fête nationale le 12 octobre dernier à Conakry et en Espagne, de la coopération bi et multilatérale avec la Guinée. Une interview à bâtons rompus de GCI.

GuineeConakry.info: Le Royaume d’Espagne vient de célébrer sa fête nationale, pouvez-vous nous dire sous quels signes cet événement a été fêté en Guinée et en Espagne ?

Guillermo Ardizone Garcia: Le 12 octobre 1492 est une date historique pour le Royaume d’Espagne. Elle symbolise la fin des guerres entre les différents royaumes et l’unification du pays en tant que nation. Ce sont les royaumes de Castille et d’Aragon. Le roi d’Aragon s’appelait Ferdinand et la reine de Castille, Isabelle. Ce qui aura notamment permis de financer de grandes expéditions à l’image de celle de Christophe Colomb. En Guinée, elle a été célébrée en présence de nombreuses personnalités de l’Etat guinéen, du corps diplomatique et de la société civile nationale, mais aussi de la forte communauté espagnole vivant en Guinée.

GCI: Et depuis lors, … ?

GAG : C’est l’année de la  fin de la reconquête. C’est aussi l’année qui symbolise l’unité de l’Espagne et c’est enfin l’année qui symbolise l’ouverture de l’Espagne au monde.

GCI: Vous avez évoqué comment cette fête a été célébrée en Guinée. Peut-on savoir comment a-t-elle été célébrée en Espagne même ?

GAG :En Espagne, il y a eu normalement des activités et des événements protocolaires et culturels. On a aussi normalement eu une parade militaire qui se fait devant Sa Majesté le roi, les membres du gouvernement, les partis politiques, les personnalités de l’Etat, la société civile, etc. Bref, il y a des événements de différente nature dans tout le pays.

GCI: Comment se portent aujourd’hui les relations entre la Guinée et  le royaume d’Espagne ?

GAG : Les relations entre la Guinée et l’Espagne datent de longtemps. Elles ont pris un élan considérable depuis 2007. C’est en effet cette année-là, que mon prédécesseur, l’ambassadeur Santos est arrivé en Guinée pour établir une représentation permanente en territoire guinéen. Depuis lors, les relations ne font que se développer. On a ainsi travaillé dans beaucoup de domaines de coopération tels dans l’éducation, la formation professionnelle, la sécuritaire alimentaire, le développement rural, l’immigration, le renforcement du tissu économique guinéen, etc. Comme je l’ai dit tantôt, on a enregistré une augmentation constante de ces relations, mais aussi leur approfondissement au bénéfice des deux pays et des deux peuples.

GCI: Vous venez de parler de la coopération en matière d’émigration. A quel niveau se situe-t-elle ?

GAG : Nous avons, en effet, un accord de coopération en matière d’immigration qui nous permet de coopérer, de renforcer les capacités de l’Etat guinéen et de ses services dans le domaine de l’immigration. Là, nous essayons d’agir sur plusieurs niveaux. En la matière, l’acte le plus récent est celui du 12 octobre dernier, lorsqu’on a fait un don d’équipements informatiques pour le ministère de la sécurité, et aussi pour le ministère de la réforme du secteur de la sécurité.

Concrètement, on a donné dix ordinateurs portables avec imprimantes multifonctions et des caméras digitales, qui vont dans le sens du renforcement des capacités des autorités guinéennes, soit au port, soit à l’aéroport, mais également pour l’équipe chargée de la réforme du secteur de la sécurité; et aussi en vue de la création d’un centre de référence qui serait un centre de formation d’experts guinéens dans le domaine de la migration, qui va être financé par l’Espagne.

A part ça, il y a eu également des processus de formation des experts guinéens en Espagne et dans d’autres pays européens. En effet, l’Espagne est le point focal de l’agence Frontex de l’Union Européenne. Et à ce titre, le royaume d’Espagne est chargé de faciliter les voies pour l’organisation des séminaires, des cours de formations des experts en matière d’immigration, pour l’Afrique en général et pour la Guinée en particulier.

D’une manière générale, on essaie de renforcer les capacités des autorités guinéennes pour une bonne gestion de la problématique de l’émigration. Mais surtout, il y a la dimension "développement" dans l’explication de l’émigration qu’il ne faut pas oublier. Ce volet aussi est pris en compte dans le cadre d’une coopération impliquant non seulement la Guinée, mais aussi d’autres pays de la sous-région, tels la Mauritanie, le Sénégal et beaucoup d’autres pays. En ce qui concerne la Guinée, le programme marche bien et on en est très content. On espère continuer à travailler avec le gouvernement guinéen.  

GCI: Qu’en est-il de la coopération dans le domaine militaire ? Notamment à propos de la piraterie maritime qui est de plus en plus une nouvelle forme de criminalité en Guinée ?

GAG : Dans ce domaine précis, il y a eu une première expérience au mois d’avril dernier, avec la venue d’un navire militaire espagnol. L’occasion a été mise à profit pour faires des exercices communs entre marines espagnole et guinéenne. En fait, nous pensons que ce sont aux institutions souveraines guinéennes qu’il faut apporter de l’aide dans le cadre du renforcement de leurs capacités. Après tout, c'est à elles que revient le devoir d’agir directement sur le terrain. Donc, il n’est dans le rôle de personne de se substituer à ces institutions.

GCI: La Guinée vient de réformer son Code minier, qui a été même adopté par le CNT. Est-ce que des investisseurs espagnols seront désormais un peu plus intéressés par les ressources minières guinéennes ?

GAG: Depuis 2008, nous avons eu une période au cours de laquelle, les compagnies minières espagnoles ont adopté une position attentive et d’observation, en raison des événements en Guinée. Maintenant, après les élections présidentielles de l’année dernière, on a noté un intérêt croissant des compagnies espagnoles pour la Guinée, par rapport à beaucoup de domaines. Il est vrai que jusqu’ici, le domaine minier n’occupe pas le centre des demandes et d’informations de la part des entreprises espagnoles qui se sont adressées à notre ambassade. Nous avons plutôt des demandes d’informations dans les domaines des infrastructures et des services.

En fait, nous trouvons qu’il y a d’autres opportunités et d’autres possibilités de développement et de renforcer le tissu économique guinéen. Mais surtout, là où nous estimons avoir plus de valeur ajoutée, c’est par exemple dans le secteur des services en général et du tourisme en particulier. Là par exemple, on vient d’entamer un accord avec l’Ecole supérieure du Tourisme et de l’Hôtellerie. Hier même (jeudi 13 octobre 2011, NDLR), j’ai signé avec la directrice de l’Ecole supérieure, un accord de programme portant sur l’enseignement de la langue espagnole. Alors, nous avons un programme de diffusion culturelle de la langue espagnole.

Tout naturellement, c’est un programme à but culturel. La langue étant un moyen de transmission de connaissances et de communication entre les peuples et les Etats. Mais dans le cadre de ce programme, nous avons voulu aller plus loin, en orientant également ce programme vers une dimension économique, qui puisse donner lieu à la création des postes de travail stables pour les jeunes en Guinée.

C’est ainsi que dans le cadre de ce programme de diffusion culturelle de la langue espagnole, un expert viendra d’Espagne pour aider à préparer les curricula qui seront enseignés, à apporter tout son soutien technique au programme. Ce sera là un premier pas. Car il s’agit en fait d’un vaste programme avec la majorité  des pays africains.

Avec la Guinée, nous en sommes ainsi au début. En soi, c’est un premier pas et une porte ouverte vers d’autres activités. Nous réfléchissons notamment sur la nécessité d’offrir l’opportunité aux élèves qui auront bien entendu réussi leurs examens en Espagnol de poursuivre la formation en Espagne, pour qu’après, ils reviennent faire profiter au pays leurs compétences, en vue de développer son potentiel touristique qui demeure énorme. Et quand, à la longue un véritable tissu de ressources humaines parlant espagnol et ayant acquis les techniques touristiques qu’il faut, les conditions auront été créées pour que des entrepreneurs espagnols dans le domaine touristique puissent investir sur place.

GCI: D’une façon globale, quelles appréciations le gouvernement espagnol porte-t-il sur la jeune démocratie guinéenne ?

GAG: En Espagne, on apprécie beaucoup l’effort de la Transition entamée en Guinée. Les élections présidentielles de 2011 ont été un succès pour la Guinée. Aussi, nous appuyons tout le processus de la Transition et les efforts qui sont consentis pour la consolidation de ce processus. Donc, la perception est positive et on pense qu’il y a un environnement très favorable dans la sous-région. Je pense que c’est un moment important et historique. Pour notre part, nous serons toujours auprès de la Guinée, dans le rôle d’accompagnement de ce processus.  

GCI: Que peut faire le gouvernement espagnol dans le cadre de la résolution de la crise politique actuelle ?

GAG: Ces questions sont des questions d’ordre interne. Vous comprenez bien que ce n’est pas à moi de donner des opinions sur ce que les Guinéens doivent faire. Moi, je suis très optimiste et je crois que les Guinéens ont la capacité de gérer les problèmes. Et je pense qu’on va pouvoir surmonter les difficultés d'aujourd'hui. Après tout, une transition est un processus. Or, dans tout processus, il y a des montées, des descentes et des remontées! Mais par-dessus tout, je trouve qu’il y a un tissu humain et institutionnel qui peut beaucoup aider à faire passer cette Transition et à la conclure avec succès.

GCI: En ce moment précis, en plus du défi économique, la Guinée se trouve confrontée à l’épineuse question de la réconciliation. Que peut faire l’Espagne pour aider à surmonter cette difficulté ?

GAG: Comme je viens de le dire, ce sont là des questions d’ordre interne dans lesquelles, nous ne pouvons qu’accompagner, en intervenant au niveau social et économique. Quoiqu’il en soit, nous demeurons toujours optimistes et pleins d’espoir quant à la capacité des Guinéens eux-mêmes à résoudre ces problèmes.

GCI: Dans le domaine des médias, ne pensez-vous pas qu’il y ait des possibilités de collaboration entre journalistes espagnols et guinéens ?

GCI: GAG: Ecoutez, je suis arrivé à la fin du mois de juin. Chaque jour, il y a de nouvelles et bonnes idées qui nous arrivent dans cette ambassade. Je pense que vous avez soulevé une question qui peut être étudiée. Bien sûr, nous avons des médias qui se sont surtout  développés dans les années de la transition en Espagne (à la fin des années 70). Depuis lors, ils ne font qu’augmenter et se consolider. Et comme je le disais tantôt, votre proposition va être étudiée. Merci de la suggestion !

GCI: Pour terminer, quel message avez-vous pour les leaders politiques et la société civile guinéenne, pour les lendemains d’une Guinée qui se développe dans la paix ?

GAG: Ce serait un message d’encouragement. Je pense que le processus de transition est complexe, mais il mérite l’effort. Il y a un peuple guinéen qui veut que cette histoire soit une histoire de succès. Et je suis sûr que ça va être le cas.  Il faut bien sûr toujours renforcer les capacités des institutions, ce que nous faisons. Mais quand on parle ici d’institutions, c’est aussi bien celles étatiques que de la société civile. La société civile qui est une richesse. La société civile en tant qu’organisations qui sont actives, et qui peuvent contribuer à ce processus.

Donc, j’ai un message d’encouragement et de soutien aux efforts de la démocratisation et de la transition du pays, mais également aux efforts pour le progrès, le développement de la société et l’économie guinéennes.   

Propos recueillis par Kerfalla KOUROUMA Boubacar Sanso BARRY pour GCI  

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