

GuineeConakry.info: Prince Diabaté, dites-nous dans quel cadre êtes-vous actuellement en Guinée ?
Prince Diabaté: Je suis particulièrement en Guinée dans le cadre du premier concert que je donne à la mémoire de Momo Wandel Soumah, l'inoubliable saxophoniste, le 21 janvier prochain au Centre culturel franco-guinéen (CCFG). Ensuite, je dois rendre visite à la famille et continuer mes recherches dans l’optique de mon prochain album.
GCI: Pourquoi vous a-t-il semblé nécessaire de rendre hommage à Momo Wandel Soumah ?
PD: Feu Momo Wandel a été quelqu’un de très spécial pour moi. Il m’a beaucoup inspiré. C’était un artiste qui avait une personnalité qui lui était propre et qui aura créée quelque chose qui n’a jamais été créé en Guinée. Nos liens étaient particulièrement solides. On aura même eu recours à la même maison de production. Aujourd’hui, je constate qu’on a tendance à oublier l’homme et l'artiste. Or, pour moi, c’est justement ce qu’il ne faut pas. Vous savez, même aux Etats-Unis, en écoutant certaines stations de radio, il m'arrive d’entendre la musique de feu Momo Wandel. Donc, c’est un grand monsieur, c’est une légende qu’on ne doit pas ranger aux oubliettes. Et c’est pourquoi, en concertation avec de nombreuses personnes, j’ai décidé d’organiser ce premier concert Mémorial Momo Wandel Soumah. Et si tout se passe comme on l’espère, on compte organiser l’événement tous les deux ans.
GCI: Vous dites que Momo Wandel avait créé quelque chose que personne d’autre n’avait réussi à créer. De quoi s’agit-il exactement ?
PD : Tout d’abord, on sait que Momo Wandel était Jazz man. Mais avant, il était dans l’orchestre de Kélétigui et ses Tambourinis. Il avait réussi à former son propre groupe. Un groupe qui jouait tout à la fois le balafon, la kora, les doundouns, les Djembés. Le bolon qui remplaçait la basse et la flûte était là, etc. Les seuls instruments modernes étaient le sax ténor et le soprano. Et puis quand on pense à la réussite extraordinaire de son afro-blues, on ne peut qu’éprouver du respect pour ce monsieur. Il avait même réussi à introduire certaines chansons traditionnelles dans le genre musical du Jazz. C’est là quelque chose de très spécial.
GCI: Quels sont les invités qui viendront s’associer avec vous dans le cadre du mémorial Momo Wandel ?
PD : Ce sont à la fois des élèves et des amis. Comme moi, il arrive au premier de composer de nombreuses chansons pour des films à Hollywood. Il a pour nom Bruno Cunn. Il arrive le 11 janvier. J’en profiterai pour lui faire découvrir la culture guinéenne. Parce que, comme je le disais tantôt, étant à la fois mon élève et mon ami, je lui ai dit qu’il fallait qu’il vienne voir comment nous sommes ici en Guinée. Le second s’appelle Jim Silater. Lui, il viendra d’Hawaii.
GCI: C’est dire que vous misez sur des expatriés et non sur vos compatriotes ?
PD : Absolument pas. Dans le cadre du Mémorial Momo Wandel Soumah, les artistes qui vont m’accompagner sur scène sont tous des Guinéens. D’ailleurs, j’en profite pour dire que Maître Mamadou Barry, chef d'orchestre de l'African Groove, sera mon invité spécial. Ceux qui arrivent de l’extérieur ne joueront au maximum qu’un seul morceau. Ceci étant, en dehors du pays, tous les membres de mon groupe sont en quelque sorte des ambassadeurs de la culture guinéenne.
GCI: Vous n’êtes pas très fréquent en Guinée. Alors, que faites-vous à travers le monde ?
PD : Aux Etats-Unis, j’ai un groupe avec lequel j’effectue des tournées. En plus, il m’arrive de donner des cours dans des universités en Californie mais également à New York. Je fais également des enregistrements pour des films. Il en est ainsi de l’avant dernier enregistrement que j’ai fait au compte d’un film qui s’intitule "Rowning the Sahara". Dans le même cadre, j’ai travaillé avec Hansman qui est un grand compositeur d’Hollywood qui a composé beaucoup de chansons comme Gladiator que tout le monde connaît, et qui a remporté de nombreux Grammy’s Awards.
J’ai également travaillé avec un certain Hector Perreira qui est également un grand compositeur et détenteur de nombreux prix. Et le dernier avec lequel j’ai travaillé a pour nom Kevin. Avec lui, le travail portait sur un film sur les animaux, qui doit sortir prochainement. Il m’arrive aussi de collaborer avec des artistes comme ce fut le cas l’artise hip-hop le populaire de Californie qui s’appelle Ozo Martley. J’ai également joué avec le New Mexico Symphony Orchestra. J’ai également participé à un spot publicitaire pour IBM.
GCI: L’autre volet de votre séjour est de vous ressourcer. Dites, qu’est-ce que vous avez encore à apprendre de la culture guinéenne ?
PD : Il y en a beaucoup. Il faut dire que la culture guinéenne est tellement riche qu’on n’est jamais certain d’avoir tout appris. Mais, puisque je suis très amoureux de mon pays, je voudrais être en mesure de comprendre le plus possible de cette culture, afin de la diffuser autant que possible. Ainsi, pour ce qui de la dimension Gnamakala (troubadour), je saisissais chaque occasion de mon retour en Guinée pour prendre contact avec le regretté Elhadj Modjérè qui était mon maître. Et pour ce qui des rythmes et des chansons malinkés et du Wassoulou, mon professeur était Manfila Kanté de Paris (paix à son âme).
Je prenais des cours privés auprès de lui pour ce qui est des chants et de la mélodie notamment. Et quand je me rends à Kindia et que je m’amuse à jouer de la guitare sur fond de musique traditionnelle, ma maman m’apprend beaucoup de choses que je ne connaissais pas, comme des improvisations, des histoires, etc. Ainsi, je voudrais me rendre dans chacune des régions naturelles du pays pour m’imprégner des spécificités culturelles de chacune d’elles.
Par exemple, en ce qui concerne la région de Boké, je suis très intéressé par le rythme du Sorsornè. Parce qu’il y a une certaine ressemblance entre ce rythme et le blues de Mississipi. Ce sont là autant de choses qu’il faut chercher à récupérer pendant qu’il est encore temps, avant que tout ne disparaisse avec les aînés. Vous savez, tout ça n’est pas écrit.
GCI: En plus de la kora avec laquelle beaucoup vous connaissent, vous jouez désormais ce que vous appelez le "kamelen ngoni". Dites pourquoi et comment en êtes-vous arrivé à ce nouvel instrument ?
PD : En premier lieu, je dois dire qu’en ce qui concerne ce nouvel instrument, il y a eu pour moi une sorte de coïncidence heureuse. C’est que j’ai subitement éprouvé un réel plaisir à jouer cet instrument avant que l’an dernier, je n’apprenne que mon arrière grand-père maternel en jouait. Bien sûr, j’ai essayé de bâtir mon propre style. Parce qu’il faut savoir qu’avec le kamélen ngoni, les chansons sont exclusivement en Malinké ou en Wassoulou. Mais moi, je chante aussi bien en poular qu’en sosso. Ce qui n’avait jamais été fait.
GCI: Quelle est la différence entre la kora et le kamelen ngoni ?
PD : Ce sont deux instruments complètement opposés. Tout d’abord, au niveau des accords, la kora est diatonique alors le kamelen ngoni est pentatonique. Ensuite, le Kamelen ngoni, ce sont six cordes tandis que pour la kora, il y en vingt-et-une. Mais mon kamelen ngoni a la particularité d’avoir quatre extra cordes.
GCI: Mais encore une fois, en quoi était-il nécessaire d’ajouter le kamelen ngoni à la kora. Pourquoi ne vous êtes-vous pas contenté de la kora ?
PD : Tant qu’on vit, on apprend. Et puis un artiste n’a pas à s’imposer des limites. Mais au-delà de tout, moi j’ai particulièrement aimé le kamelen ngoni et très honnêtement, j’apprécie beaucoup le son qu’émet cet instrument. Ainsi, je me suis décidé d’apprendre à le jouer. Et j’ai suivi des cours privés avec un burkinabé qui vit à Montréal, au Canada, et qui s’appelle Adama Zon. Et quand j’ai compris notamment les accords, j’ai décidé d’inventer mon propre style.
GCI: Avec Ba Cissoko et N’Fanly Kouyaté, vous constituez un trio qui a particulièrement eu une certaine renommée avec la Kora. A trois, vous appartenez à une structure qui s’appelle "Kora friends". Comment se porte-t-elle ?
PD : Kora Friends se porte très bien et nous sommes toujours en contact. Nous demeurons des amis inséparables, même s’il est vrai que moi je vis aux Etats-Unis, que N’Fanly est à Bruxelles et Ba Cissoko à Marseille. N’empêche que nous communiquons régulièrement. Je me rappelle à propos d’un concert que nous avions livré en Angleterre. C’était tout simplement magnifique.
GCI: Est-ce qu’au compte de "Kora friends", vous comptez faire quelque chose en Guinée ?
PD : Bien sûr ! C’est ce qu’il faut faire. Il faut dire à propos que les liens entre nous trois remontent au Théâtre national d’enfants. Un théâtre dans lequel le président Ahmed Sékou Touré m’a introduit en 1975, après m’avoir remarqué à la place d’indépendance à Kindia, à l’occasion d’une réception où j’avais joué la kora que j’avais dérobée à mon grand frère. J’ai été alors confié aux soins de Jeanne Macauley qui en était la directrice. A son tour, elle me confiera à Justin Morel junior, qui fera mes premiers clips vidéo, à la Voix de la révolution. Par la suite, j’ai été respectivement rejoint par N’Fanly Kouyaté et Ba Cissoko.
GCI: Quels autres projets pour continuer ?
PD : C’est là un idéal qui ne dépend pas qu’un seul d’entre nous. Il faut que tous trois, on se retrouve et qu’on décide par exemple de donner un concert collectif en Guinée, dans le cadre de "Kora Friends". Et cela n'est pas impossible.
Propos recueillis pour GuineeConakry.info par Boubacar Sanso Barry




















