
GuinéeConakry.Info : Qu’est-ce qui explique votre séjour actuel en Guinée ?
Mamadou Labbo Diallo : Notre séjour s’explique par le fait que les étudiants guinéens au Maroc comptent organiser du 29 juin au 1er juillet prochains, le Forum des étudiants guinéens au Maroc. Et dans cette optique, nous avons estimé qu’il était nécessaire de venir en Guinée pour défendre ce projet qui, à notre avis, est non seulement structurant, mais aussi bénéfique à notre pays, la Guinée. Bénéfique parce qu’il se veut une plateforme de discussions et d’échanges de réflexions et d’idées entre l’ensemble des étudiants guinéens vivant au Maroc et les professionnels et acteurs du développement en Guinée. En d’autres termes, le Forum se veut un instrument de renforcement des liens entre les futures élites guinéennes que sont ces étudiants et les responsables d’entreprises et autres opérateurs économiques guinéens d’aujourd’hui, mais aussi les pouvoirs publics.
GCI : En quoi avez-vous trouvé nécessaire d’organiser ce Forum ?
MLD : Pour répondre à cette question, il faut se rappeler que depuis 2010, notre pays vit une étape charnière de son histoire. C’est la phase du changement. En tout cas, à en croire tous les acteurs de la vie politique et économique, la Guinée, notre pays est entrée de plein pays dans la phase du changement. Alors, au niveau des étudiants guinéens du Maroc, ce Forum est notre façon d’apporter notre contribution à ce changement. C’est notre façon d’apporter notre pierre à l’édifice du changement qui est en train d’être construit.
GCI : Et concrètement, comment le Forum pourrait-il vous aider à participer au processus de changement ?
MLD : Pour nous, le lien est très évident. Comme vous savez, il n’y a pas de développement sans compétences dans tous les domaines. Car le développement est multisectoriel. Or au Maroc, la Guinée dispose de beaucoup de compétences dans les tous les domaines de la vie sociale et économique. Par le passé, on avait constaté que beaucoup de ces étudiants, ayant acquis des formations de haut niveau, ne retournaient pas au pays pour y investir, et pour se mettre à la disposition de la Guinée. Au contraire, ils s’en vont pour d’autres cieux où ils vont servir d’autres pays. Or, la Guinée aussi a un besoin criard de compétences. Alors, ce Forum se veut une réponse à cette problématique. Parce qu’il servira de tribune de sensibilisation en direction de ces diplômés. Sensibilisation au cours de laquelle on insistera sur le fait que ce n’est pas à d’autres de venir développer la Guinée à la place des Guinéens. Vous savez, en la matière, le leitmotiv de l’étudiant guinéen à l’étranger est de s’abriter derrière l’argument selon lequel le pouvoir public ne fait rien et que tant que la situation n’a pas changé, il ne reviendra pas. Mais, nous savons que toutes les nations du monde qui ont vu le bout du tunnel en matière de développement, le doivent à l’investissement déterminé de leurs filles et fils. Donc, les diplômés guinéens doivent revenir afin d’être des acteurs de ce changement et non simplement des consommateurs de celui-ci.
GCI : Au-delà de ce volet sensibilisation quant à la participation des diplômés guinéens à l’étranger au processus de changement, quels sont les autres aspects de la vie des étudiants guinéens au Maroc que le Forum pourrait aborder ?
MLD : Le Forum s’évertuera également à mettre en évidence la détermination et le courage des étudiants guinéens au Maroc en vue de l’acquisition du savoir et du savoir-faire. Le Forum permettra également de montrer combien de fois les étudiants guinéens, malgré toutes les difficultés, ont conscience du devoir qui est le leur dans le cadre du développement de la Guinée.
GCI : Comme on le voit, vos ambitions sont grandes. Mais quels sont les moyens dont vous disposez ?
MLD : Comme toute association à but non lucratif, nos premières ressources, ce sont les cotisations des membres. Mais comme on peut l’imaginer, ces cotisations ne peuvent pas nous permettre, à elles seules, de faire face à ce projet que vous-même, vous trouvez ambitieux. Nous avons demandé l’accompagnement financier des pouvoirs publics, mais aussi celui des entrepreneurs guinéens.
GCI : Quelles sont les activités inscrites au programme du Forum ?
MLD : Les activités principales sont des conférences plénières dont les thèmes sont transversaux. Ensuite, des ateliers de discussion qui seront en quelque sorte une sorte de prolongement à ces conférences plénières. Puis, il y aura des plateformes de discussions entre étudiants et professionnels. Enfin, nous aurons un concours de création de projets par les étudiants. Parce que, comme je le disais tantôt, au sein de l’ASEGUIM, nous estimons que, pour que notre pays se développe, il ne faudrait pas qu’on se dise qu’il faut que les pouvoirs publics fassent tout. Mais plutôt que nous aussi, on se dise que nous avons notre esprit entrepreneurial. Nous allons entreprendre et nous allons nous autonomiser vis-à-vis de l’Etat. Parce que dans tous les pays dits développés, l’entrepreneuriat est devenu une culture profondément ancrée. Et c’est dans cette optique nous avons initié ce concours de création de projets.
GCI : Et à quoi pourrait aboutir ce concours ?
MLD : Les trois meilleurs projets seront primés par un accompagnement et par un suivi en vue de leur concrétisation en Guinée.
GCI : Et comment cet accompagnement se fera-t-il, étant donné que vous-même vous le dites, votre association n’a pas forcément de ressources ?
MLD : C’est vrai que notre association, en tant que telle n’a pas les ressources pour faire cet accompagnement. Mais elle sera aux côtés des heureux vainqueurs de ce concours et les conduira vers les bailleurs de fonds que sont les établissements de crédit, mais aussi les pouvoirs publics. N’oubliez pas que nous avons ici un ministère de l’industrie et des petites et moyennes entreprises. C’est un département qui se doit d’accompagner tout projet d’entreprise dont l’issue est de contribuer au développement de la Guinée.
GCI : Quel message à l’endroit des autorités et des étudiants guinéens ?
MLD : Le message que je pourrais lancer est le suivant. C’est que la Guinée peut changer comme tous les pays. A propos, j’aime beaucoup citer les pays de l’Asie du sud-est qui ont connu un développement et un progrès spectaculaires ces dernières années. Donc, le message que je lance, c’est que nous pouvons nous référer à ces pays pour nous dire que la Guinée peut effectivement devenir le futur dragon de l’Afrique. Pourvu que nous nous investissions à fond dans la construction de ce pays à travers des initiatives de création de valeurs. Le message en direction des autorités est celui de leur dire : « Soutenez tout projet de création de valeurs ! ». Et le message pour les étudiants : « Ayez l’esprit inventif au bénéfice de votre nation !»
Propos recueillis par Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















