
Surtout qu’en marge de l’édition de cette année, une levée de fonds avait permis de mobiliser 29, 5 millions de GNF pour venir en aide à Abdoulaye Pablito Soumah, premier présentateur du Journal Télévisé de la RTG, aujourd’hui souffrant et grabataire. Interview.
GuinéeConakry.Info : Pour commencer, pourriez-vous, pour nos lecteurs, faire un bref rappel de l’historique du Djassa d’Or ?
Magbè Médine Konaté : Il faut dire que l’idée a germé, il y a de cela trois ans. Malheureusement, nous n’avions pas immédiatement pu mettre en pratique le projet. Il a fallu que décèdent nos confrères Lamba Mansaré et Aboubacar Camara, tous deux de la RTG. J'ai alors pensé qu’il était enfin temps pour nous de reconnaître tous les efforts que fournissent les journalistes dans l’exercice de leur métier. Ces jeunes, il faut ici rappeler qu’ils étaient encore des stagiaires, et comme on le sait, ils sont morts dans un accident de la circulation. Je me suis battue pour faire coïncider la première édition du Djassa d’Or à la date anniversaire de leur décès. Nous en avons tiré comme enseignement qu’il faut que le mérite des hommes et des femmes de médias soit reconnu pendant qu’ils sont encore vivants et qu’il ne servait pratiquement à rien d’attendre qu’un journaliste ou qu’une journaliste meure pour dire : "Voila, il ou elle était ceci ou cela !" En somme, l’idée était de se battre pour éliminer au sein de la presse les honneurs à titre posthume. Voici brièvement décrite la voie suivie par le Djassa d’Or jusqu’à sa concrétisation.
Maintenant en ce qui concerne le nom Djassa, je tiens à préciserque c’est le nom d’une source d’eau située dans la préfecture de Kérouané. Et puisque pour les journalistes que nous sommes, le travail consiste en une perpétuelle quête de l’information, nous nous sommes mis en devoir de trouver un nom qui colle à notre métier. Et notre choix s'est alors porté sur l’idée de cette source comme pour rappeler que la source de l’informationi est d’une importance capitale dans le métier du journaliste qui se veut crédible et professionnel. Et l’or qui est associé au mot Djassa symbolise la noblesse de la profession. N’est-ce pas qu’on dit souvent que c’est le plus beau métier du monde ?
GCI : Mais des noms de fleuve, il doit en exister des milliers en Guinée. Dans ce cas, qu’est-ce qui en dernier ressort a conduit au choix spécifique de celui de Djassa ?
MMK : D’abord, il faut dire que je suis moi-même origine de Kérouané. Quelque part, j’ai alors vu là l’occasion de faire connaître ce fleuve en particulier, et plus largement cette préfecture qui, à l’image des autres viles et régions, a tendance à être oubliée. C’est donc pour moi l’occasion de valoriser quelque peu cette ville de Kérouané. Mais au-delà d’un simple coup médiatique, l’idée de base est de lancer une invite allant dans le sens de la nécessité d’aider au développement de l’intérieur du pays. Le problème n’est pas relatif qu’à Kérouané. A tout hasard, je pense également à Faranah qui est l’une des plus grandes préfectures du pays mais qui, aujourd’hui, laisse à désirer...
GCI : Concrètement, comment procédez-vous quant au choix, à la sélection des nominés ?
MMK Cet aspect de l’organisation est loin d’être une tâche aisée. Nous avons un comité de jury qui travaille à cela. Un comité qui a fait le choix de l’anonymat et qui veut travailler en toute discrétion, en toute confidentialité. Mais comme je le disais tantôt, cette étape est génératrice des débats les plus houleux. J’en ai été personnellement témoin quand, une fois, j’ai assisté à une réunion de ce comité, où il était justement question du choix des nominés. C’était particulièrement difficile de faire le choix parce que les membres du comité sont exigeants. Mais aussi parce qu’il y a beaucoup de critères auxquels les potentiels lauréats doivent satisfaire. Et ce comité travaille durant toute l’année notamment en regardant la télé, en surfant sur le net, en écoutant les radios, en communiquant avec le public, en discutant avec les vendeurs des journaux, etc.
En somme, nous avons dix-sept catégories et les critères varient d’une catégorie à une autre. Parce que quand il s’agit par exemple de la catégorie se rapportant au meilleur technicien ou au meilleur monteur, on ne peut pas avoir les mêmes critères que ceux relatifs à la catégorie portant sur la meilleure radio ou le meilleur site Web. Mais ce qu’il faut retenir c’est qu’au-delà de la spécificité des critères en fonction des catégories, nous tenons fondamentalement compte de la fiabilité et du traitement de l’information. Et puis, nous mettons un accent particulier sur la responsabilité de l’élu(e). Il faut également que l’information soit la plus impartiale et la plus neutre possible. L’information ne doit pas non plus entraîner des divisions ou générer de la haine.
Au contraire, pour nous, le rôle des médias dans l’éducation et la sensibilisation à la citoyenneté et à la cohésion sociale est d’une importance inestimable. Nous avons également tenu compte des sanctions négatives. Concrètement, si un organe est sanctionné au cours de l’année en évaluation, il peut au mieux faire partie des nominés. Mais jamais il ne pourra remporter le Djassa d’Or. Plus globalement, nous cherchons à promouvoir au sein des médias guinéens tout ce qui peut aider au développement et bannir tout ce qui peut faire régresser le pays. Ceci étant, nous ne prétendons pas jouer le rôle qui est celui du CNC. Nous sommes plutôt dans le rôle d’accompagnateurs des médias, en vue des les amener à mieux faire le travail. Certes, ils le font déjà de manière remarquable, mais il faut les amener à tendre vers la perfection.
GCI : Est-ce que le fait que le comité de jury veuille rester dans l’ombre n’est pas potentiellement une source de "décrédibilisation" de la compétition étant donné que vous-même, vous venez de le préciser, les critères sont plutôt divers ?
MMK : Je crois que ce qui compte ce sont les résultats que nous donnons. Et de notre point de vue, nous pensons que l’engouement et l’intérêt pour le Djassa d’Or croissent. C’est ainsi que la première édition était passée presqu’inaperçue. Mais heureusement, la seconde a suscité de l’intérêt. Cette dynamique positive doit certainement procéder du fait que les gens ont décelé en nous la volonté de pérenniser cet événement et ont pris conscience que le Djassa d’Or était le leur. Conséquence, ils se l’approprient progressivement. Ce qui fait que cette année, nous avons enregistré beaucoup de critiques.
C’est fort louable, pourvu que ces critiques soient sincères et objectives. Donc, forts de cet engouement sans cesse croissant, nous envisageons dans le cadre de la troisième édition d’élargir notamment le comité de jury. On pourrait alors avoir trois comités de jury à savoir celui du public pour lequel les médias que nous sommes travaillons, celui avec lequel nous travaillons depuis deux ans et qui a acquis une certaine expérience en la matière et enfin un dernier que nous allons constituer. Au niveau des catégories aussi, nous pourrions décerner le prix Africable. Déjà, cette année, ce prix était prévu. Mais avec la malheureuse situation qui prévaut actuellement au Mali, nous n’avons pas pu le décerner. L’idée qui se cache derrière la volonté de décerner ce prix Africable c’est de célébrer le meilleur présentateur de la sous-région.
Ce travail pourrait être d’autant plus facile à réaliser que la chaine Africable diffuse pratiquement les journaux des chaines nationales des pays francophones de la région. Et dans les années à venir, nous ambitionnons d’aller plus loin et notamment en Afrique. Histoire de créer une émulation entre les professionnels des médias sur tout le continent africain.
GCI : Vous dites qu’à l’issue de la seconde édition du Djassa d’Or qui vient de se tenir, vous avez enregistré des critiques. Dites-nous lesquelles ?
MMK : En gros, on nous a dit que nous avons été corrompus et que par rapport à certains prix, nous avons reçu de l’argent. J’avoue que j’en ai personnellement souffert. Parce que j’ai estimé que ce n’est pas particulièrement encourageant. On nous dit aussi que certains prix ont été décernés par affinité. Cette critique ne me fait pas mal parce qu’il se trouve que je ne connais pas certains lauréats. Comme je l’ai dit tantôt, le travail de la sélection ne me revient pas. Ce rôle est dévolu au comité de jury. Alors, quand j’ai entendu que Médine a reçu de l’argent pour donner certains prix ou qu’elle a offert d’autres prix par affinité, j’ai été surprise. Et si vous voulez, ce sont toutes ces critiques qui vont entrainer certaines modifications que je vous annonçais déjà au niveau du comité de jury. Ainsi, pour certaines catégories, les gens pourraient être soumis à une compétition et que le comité de jury qui sera spécialement constitué à cet effet aura à évaluer. C’est par exemple le cas du prix de la meilleure plume de la presse guinéenne.
GCI : Toutes les critiques que vous venez de citer sont négatives. A votre avis, sur quoi elles se fondent ? Qu’est-ce qui pourrait les justifier ?
MMK : J’avoue ne pas savoir. Il faut dire qu’en ce qui me concerne, je me suis davantage évertuée à me focaliser sur ce qui pouvait aider à améliorer les futures éditions. Je ne me suis pas attardée sur les aspects des critiques qui étaient de nature à abattre mon moral. Mais, je suis de nature battante et exigeante avec moi-même, je ne pourrai jamais tricher avec ma conscience. Mais, je comprends toute sélection, toute compétition fait des instisfaits. On doit faire avec en mettant cap sur les objectifs les plus nobles.
GCI : Il se dit également que cette seconde édition a enregistré une certaine confusion dans la mesure où ce n’est pas le seul lauréat de chaque catégorie qui avait reçu l’attestation. Que répondez-vous ?
MMK : J’apprécie particulièrement que cette question me soit posée. Parce qu’en réalité, il n’y a pas du tout de confusion. Le problème c’est que les gens ne vont à la source. Ce qu’il y a c’est que tous les nominés ont eu droit à l’attestation. Mais de lauréats, il n’y en a qu’un dans chaque catégorie. C'est clair.
GCI : On sent Madame Chantal Cole très présente dans le Djassa d’Or. Finalement, la question est bien celle de savoir quel est son lien avec votre structure, Djassa Multi-Communication (DMC) ?
MMK : Elle est comme vous, comme moi et comme tous les autres journalistes de la Guinée. A part le fait qu’elle est une dame que j’admire beaucoup, je n’ai aucune relation particulière avec Madame Chantal Cole. Pour l’anecdote, je tiens à préciser qu’au compte de la première édition, je ne l’avais pas invitée. Elle et Hadja Aïssatou Bella Diallo ont été invitées par la présidente du Conseil national de la communication (CNC), que je remercie au passage d’être restée à nos côtés et qui nous a accompagnés depuis que l’idée du Djassa a germé. Et c’est après la cérémonie de la première édition du Djassa d’Or du 16 avril 2011 que, pour la première fois, je devais faire la connaissance de Madame Chantal Cole. Et depuis, je ne l’ai plus revue jusqu’à la seconde édition qui vient de se tenir. Donc, il n’y a pas du tout de rapports exceptionnels entre elle et moi.
GCI : A priori, pour organiser la nuit des médias, il faut disposer de ressources. D’où sont venues les vôtres ?
MMK : Il faut tout de suite préciser qu’à l’image de la première, cette seconde édition n’a pas non plus été facile. Parce qu’il a fallu nécessairement s’assurer de la confiance des partenaires que sont les sociétés de la place en les convaincant notamment d’accepter de s’associer à l’idée de la récompense des journalistes. Dans cette optique, nous avons tapé à plusieurs portes. Certaines nous ont été tout de suite ouvertes. Au niveau d’autres partenaires potentiels, on nous a promis de nous accompagner ultérieurement.
Je saisis l’occasion pour adresser mes remerciements à Orange Guinée qui avait offert des cadeaux pour les lauréats, à la Sobragui qui a avait offert la boisson au cours du dîner-gala et toutes les personnes morales et physiques qui ont témoigné de leur bonne volonté en venant à notre secours. Je pense notamment à la pâtisserie du jardin du 2 octobre. Je mets à profit cette occasion pour rappeler que sans la presse, rien de viable ne sera possible et il n’y aura pas de développement du pays. Chaque personnalité du pays, chaque société et mêmes les simples citoyens ont nécessairement besoin du travail des médias.
Il n’y a qu’à voir dans d’autres pays, la nuit de la communication est quelque chose de "systématisé" et même "d’institutionnalisé". La réussite de ces nuits de la communication dans ces pays tient à l’accompagnement dont elles font l’objet. Il arrive qu’une société décide d’offrir le prix du meilleur présentateur, de la meilleure plume, etc. Pas nécessairement pour donner de fortes sommes d’argent. Mais symboliquement, on s’efforce de trouver un cadeau pour le lauréat. En guise d’exemple, ça peut être un appareil photo, un dictaphone, un micro, … en somme, un outil de travail! Ainsi, je tiens à rappeler au gouvernement, aux sociétés et à toutes les populations que sans eux, le Djassa d’Or ne sera pas possible et que sans les médias, ils ne pourront en retour atteindre les objectifs divers qu’ils visent.
GCI : A votre avis, en termes d’impact sur le travail des journalistes, quelle influence le Djassa d’Or a eue entre la première et la seconde éditions?
MMK : Entre les deux éditions, nous avons senti une certaine émulation. C’est évident. Et la meilleure illustration de cette situation c’est bien le fait que certains se soient plaints à notre niveau, parce qu’ils estimaient avoir travaillé pour mériter de la reconnaissance que consacre le Djassa d’or. Nos trophées comptent désormais pour les médias!
GCI : A priori, le Djassa d’Or récompense le travail de l’année écoulée. Mais si on prend l’exemple de cette année, vous n’avez organisé la cérémonie que le 21 avril. Ce qui veut dire quatre mois après le début de l’année nouvelle… ?
MMK : Malheureusement ! La première édition avait été organisée le 16 avril 2011. Mais c’était au compte de l’année 2010. Cette année, c’était effectivement le 21 avril 2012, mais au compte de l’année 2011. Le défi de la troisième édition est bien de la faire tenir courant février 2013. Si ce pari est réussi, au titre de la quatrième édition, nous ambitionnons de faire tenir la cérémonie en décembre 2013. Comme cela, je crois que vos inquiétudes pourraient être comblées.
GCI : Vous dites bien ne pas être membre du comité de jury. Je vais néanmoins vous demander d’énumérer les critères qui, à votre avis, pourraient expliquer que GuineeConakry.info se succède à lui-même, comme "Meilleur site Web guinéen?
MMK : Pour les sites, nous tenons compte de la crédibilité et du traitement de l’information. Il faut que l’information soit équitable. L’information doit être sans parti pris. Nous avons aussi tenu compte du sens de la responsabilité. Ici en parlant de la responsabilité, nous voulons pointer le fait que l’organe ou le journaliste auteur d’un article puisse, quelque soient par ailleurs les situations, reconnaître soit l’avoir affiché, soit l’avoir rédigé. La fréquentation du site a également pesé dans le choix. En ce qui concerne votre site, nous savons aussi qu’il y a des organes de presse internationaux qui exploitent les informations que vous diffusez; une autre preuve du sérieux de votre travail que vos confrères même apprécient. Je pense que c’est là un dernier élément qui procède de votre crédibilité. Parce qu’après tout, vous n’êtes pas le seul site internet en Guinée.
GCI : A l’instar de leurs collègues du monde entier, les journalistes guinéens viennent de célébrer la journée internationale de la liberté de la presse. Quels sont vos sentiments à propos ?
MMK : Je me réjouis que nous soyons célébrés une fois au cours de l’année. Et si on pouvait l’être tous les jours, nous l’aurions amplement mérité. Pour moi, cette journée est une occasion que nous devons mettre à profit pour nous remettre en cause, afin de qualifier et professionnaliser davantage notre métier.
En matière de liberté de la presse, il est vrai que comparativement à ce qui prévaut dans certains endroits du monde, nous pouvons nous estimer chanceux. Justement, en parlant des pratiques à saluer, je voudrais ici rappeler que nous avons décerné un prix d’honneur au général Ibrahima Baldé, le haut commandant de la gendarmerie nationale. Ce prix est une reconnaissance de l’attitude qui a été la sienne lors de l’agression physique dont notre consœur Kounkou Mara du groupe "Le Lynx-La Lance" a été l’objet. Vous vous rappelez certainement qu’il avait fait le déplacement pour aller présenter ses excuses ainsi que celles de son institution à la victime et à l’ensemble de la presse guinéenne.
Par ailleurs, à l’ensemble des journalistes guinéens, je crois qu’il faut dire qu’il ne faut surtout pas que la liberté de la presse soit une arme contre nous-mêmes. Cela fait appel à la responsabilité individuelle de chaque homme et chaque femme de médias.
Propos recueillis par Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















