
GuineeConakry.Info : Pour la première fois, les femmes de Guinée, à travers « la Case de veille » ont décidé de s’impliquer activement dans l’observation électorale. Quelles appréciations faites-vous de cette initiative ?
La « Case de veille », il faut le dire, c’est une première en Guinée. Elle est également la matérialisation de décisions de la promotion de la femme qui ont été prises il y a presqu’une vingtaine d’années. Parce que moi j’ai pris part à la conférence internationale de Beijing sur les femmes en 1995. Au cours de cette conférence, douze recommandations avaient été faites dont la lutte contre les violences faites aux femmes, la lutte contre la pauvreté, la participation des femmes aux postes de prise de décision, etc. Et cette « Case de veille » touche directement au volet lutte contre les violences. Parce qu’il y avait un service monitoring qui remonte tous les cas de violences. Bien sûr, le contexte actuel fait que les cas de violences en question, ne sont pas spécifiques qu’aux femmes. Par ailleurs, cette initiative de la « Case de veille » touche aussi au volet paix qui était également une des résolutions de la conférence de Beijing.
GCI : A votre avis, pourquoi insiste-t-on sur la nécessité d’impliquer les femmes dans le processus de prévention et de gestion des conflits ? Quel est le plus qu’elles peuvent y apporter ?
M. C : Mais la femme est un instrument de paix ! Parce que quand il y a conflit, les femmes sont les premières victimes, dans la mesure où elles s’investissent toujours dans les initiatives de paix. Elles recherchent toujours des solutions pour calmer le jeu. Elles essaient de calmer la situation.
GCI : Vous voulez dire tout naturellement ?
M. C : Oui, tout naturellement. Parce qu’elles sont tout d’abord mères. Elles enfantent et que par conséquent, il y a plus de pitié en elles que chez les hommes. Donc, c’est normal que la femme (avec les hommes, bien entendu) s’investisse dans les initiatives visant à instaurer ou à restaurer la paix et à lutter contre les violences.
GCI : Vous êtes à la tête d’une instance en charge de la régulation des médias en Guinée. Et nous sommes dans un contexte électoral où il est question de promouvoir l’apaisement. Quelle appréciation faites-vous du rôle des médias dans la promotion d’un climat apaisé ?
M. C : Je pense que les médias sont des supports incontournables pour faire passer les messages de paix. Leur rôle est très important, car sans vous et le travail que vous faites, les messages véhiculés par la « Case de veille » dont on parlait tantôt ainsi que ceux de tous les décideurs à tous les niveaux, n’auraient pas été sus. Ça aurait été la cacophonie, la rumeur, etc. Donc, les médias ont un très grand rôle à jouer pour la consolidation de la paix en Guinée.
GCI : Et les médias guinéens jouent-ils ce rôle vraiment ?
M. C : Ecoutez, on me pose cette question surtout depuis quelques semaines et précisément, depuis la campagne électorale. Je dis que les médias guinéens sont en phase de construction, comme c’est du reste le cas dans tous les domaines. On me demande souvent ce que je pense de la liberté de la presse. C’est souvent une question-piège. Parce que je sais qu’il y a beaucoup de dérapages, beaucoup de manquements à la déontologie par rapport à ce qui se passe sur les radios, dans la presse écrite et dans la presse en ligne. Mais je me dis, comme je l’ai dit tout de suite, nous sommes en construction. Je dis que nous faisons une « régulation transitionnelle ». On se moque de cette expression que j’ai prise quand j’ai assisté à un atelier sur la « justice transitionnelle ». J’ai trouvé que c’est une expression qui s’adapte aussi à la régulation des médias. Mais il est vrai que nous faisons également une régulation transitionnelle qui est une forme de régulation-sensibilisation. Parce que si nous devions sanctionner tout ce qui se passe comme manquements à la déontologie, on allait fermer toutes les radios et presque tous les supports.
On aurait eu des conflits à n’en pas finir. En conséquence, nous essayons de sensibiliser, en nous disant que c’est vrai qu’il y a beaucoup de manquements, mais nous attirons l’attention des associations de la presse, en leur disant d’user de leurs relations en tant que confrères, pour faire de l’autorégulation. Bien sur que c’est difficile pour le moment. Mais je pense que ça va venir.
GCI : La transition à laquelle vous faites allusion recoupe-t-elle celle politique ? Autrement, au lendemain de la mise en place de l’Assemblée nationale, le CNC se montrerait-il plus rigoureux avec les médias ?
M. C : En fait, la transition dont je parle est en rapport avec les lois. Car les lois elles-mêmes sont transitoires.
GCI : Faites-vous allusion à la loi sur la HAC (Haute autorité de la communication) ?
M. C : Non ! Pas la loi sur la HAC seulement. Depuis combien de temps nous sommes en transition ? En fait, c’est depuis les années 2006-2007. Ensuite, il y a eu tout ce que vous-même vous savez. Tout cela relève de la transition qui ne tient pas forcément à la tenue ou non des élections. Le problème c’est que des lois, il y en a qui sont promulguées, mais qui ne sont pas encore publiées dans le journal officiel. Y en a même pour lesquelles la constitutionnalité n’est pas encore établie. Bref, il y a beaucoup de choses. Quand je parle de transition, il s’agit de tout cela. Naturellement, vous n’avez pas tort de signaler au passage la loi sur la HAC. On parle de la HAC alors que la loi dit que la CNC reste en place. Or, la loi sur la liberté de la presse se réfère à la HAC qui n’est pas encore en vigueur.
GCI : Parlons maintenant de la subvention de l’Etat à la presse privée. Où en est-on avec la répartition ?
M. C : Par rapport à cette subvention, il convient tout d’abord de remercier l’Etat pour sa mise à disposition. Nous, en ce qui nous concerne, la subvention nous est confiée pour qu’en collaboration avec les associations de presse, on procède à la répartition. Cette année, dès que la subvention a été débloquée par l’Etat, nous avons appelé les trois grandes associations de presse (audiovisuelle, écrite et en ligne) et ce sont elles qui vont nous proposer les critères, la liste des supports qui seront subventionnés ainsi que les montants afférents. Dans les conditions normales, très bientôt, les rédactions entreront effectivement en possession, chacune de sa subvention.
GCI : La presse privée guinéenne reproche au président de la République de l’ignorer. Quel rôle le CNC peut-il jouer pour raffermir les liens entre l’institution qu’est la présidence de la République et la presse ?
M. C : Je crois que dernièrement le CNC fait quelque chose pour que le président de la République et la presse nationale se rapprochent. Je voudrais rappeler que même à la veille du scrutin du 28 septembre, le chef de l’Etat a organisé un cocktail à l’intention de la presse nationale. Ceci étant, le CNC est une institution de régulation. Si l’on s’en tient à la loi, les relations entre le CNC et le président de la République consistent pour nous à lui fournir un rapport annuel. Sinon, c’est la Cour constitutionnelle actuellement représentée par la Cour suprême qui travaille avec le CNC.
GCI : Dans ce cas, quel regard portez-vous sur les rapports entre la présidence de la République et la presse nationale ?
M. C : Moi je pense que ça se passe bien actuellement. Parce que je rappelle qu’ils ont récemment eu deux réunions où ils ont échangé. Mais personne n’en parle. Or, comme je le disais tout de suite, ils se sont également rencontrés à la veille des élections. Je pense que le président de la République est à l’écoute de la presse nationale actuellement et qu’il a décidé qu’il ait un dialogue franc et constructif avec cette presse nationale.
GCI : Enfin…
Martine Condé : Je voudrais pour terminer remercier votre organe, GuineeConakry.Info, pour le professionnalisme dont vous faites preuve dans la rédaction de vos articles. La preuve c’est que chaque fois que la Guinée est citée dans les revues de la presse internationale; on dit très souvent selon GuineeConakry.Info. Sur Courrier International, RFI, Africa Vox et même sur la défunte Al Qarra Tv. Cela, je tenais à vous le dire. Courage donc!
Propos recueillis pour GuineeConakry.info par Boubacar Sanso Barry




















