
Ibrahima Soumah a dirigé également dirigé pendant des années la plus grande industrie minière de la Guinée, la Compagnie des Bauxites de Guinée, CBG. Il était donc tout à fait normal qu’il laisse des traces sur le secteur minier, un autre grand enjeu du développement économique du pays. Il a bien voulu se prêter aux questions de GuineeConakry.info
« Je suis au regret de constater qu’on préfère créer plusieurs ministères
d’emploi jeunes, alors que la meilleure façon d’employer les jeunes, c’est
de faire la promotion des mégaprojets »
GuineeConakry.info: Avec deux ouvrages dans les rayons de la littérature guinéenne, votre carrière d’écrivain semble désormais engager la vitesse de croisière…
Ibrahima Soumah : Je suis auteur comme vous l’avez dit de deux livres sur le secteur minier, où j’ai accumulé un certain nombre d’expériences qu'il est nécessaire
de mettre à la disposition de la jeune génération. Ce sont « *L’avenir de l’industrie minière en Guinée* » et « Les mines de Guinée ». Le premier est un ouvrage relativement complet sur le secteur minier guinéen. Il est un livre qui remonte, en termes d’information, au moyen âge. J’ai cru impérieux d’expliquer que lorsque l’Empereur du Mali, Kankou Moussa, a fait le pèlerinage à la Mecque en 1325, la richesse qu’il a déplacée vers l’Egypte et la Mecque, venait justement de la Guinée. Plus précisément de Siguiri, c’est l’or de Bouré qui lui a permis de faire ce pèlerinage. Ce qui veut dire que la Guinée est dans l’exploitation minière depuis cette époque-là!
GCI: Le livre fait également une place de choix à la connaissance géologique du pays, des potentialités qui, hélas sont encore mal connues et très peu exploitées. Cela à l’intention des techniciens, des jeunes qui s’intéressent à la recherche, mais aussi les investisseurs intéressés au secteur minier guinéen...
IS: Il se trouve que quand parle de la richesse du secteur minier guinéen, on ne parle en général que de la bauxite. Alors que notre sous-sol regorge des ressources plus abondantes, comme le fer, le diamant, l’or, le cuivre, l’uranium, le zinc, le plomb, et bien d’autres métaux rares. Toutes les localisations de ces métaux sont indiquées dans le livre pour faciliter la recherche approfondie.
Aussi, le livre parle des entreprises minières, comment elles sont nées, qui les a créées, et comment elles exploitent du minerai aux produits finis, et si cela continue, dans quel état elles se trouvent et les raisons de l’arrêt des certaines industries minières. Cet aspect est important, parce que les décideurs actuels ont besoin de se référer au passé pour prendre des décisions justes dans l’intérêt du pays.
GCI: Parlons par exemple de Friguia...
IS: Oui, je prends l’exemple de Friguia qui n’est pas tombée toute seule du ciel.
Elle faisait partie d’un programme du gouvernement français après la seconde guerre mondiale. Lequel, à l’époque, avait décidé de diversifier son industrie, surtout, de les relocaliser ailleurs dans l’empire colonial français. Et en particulier, il avait été décidé que la sidérurgie serait installée en Algérie, les constructions navales à ont été relocalisées dans l’Océan indien, à Madagascar, et l’aviation en Guinée. Voilà comment Friguia est née. Ceci est largement décrit dans le livre. C’est également dans le même esprit qu’est née la CBG. C’est également pour les mêmes
raisons que l’administration américaine a été convaincue de s’associer au
projet à l’époque pour soutenir la Guinée.
Il faut rappeler que la Guinée avait permis sous Kennedy, d’éviter l’escalade militaire entre l’ex-Union Soviétique et les Etats Unis. Puisque les avions qui devaient quitter Moscou pour aller à Cuba et vice versa, devait faire escale à Conakry. Le Président Ahmed Sékou Touré qui avait une vision politique réelle n’a pas accepté cette transaction. Et, la récompense de cet acte politique important est en quelque sorte la construction de la CBG sur le sol guinéen.
Cet ouvrage contient surtout, des témoignages des acteurs qui ont œuvré dans ce secteur tels que: le ministre des mines, Mohamed Lamine Touré, qui a été l’inventeur de la taxe spéciale. D’ailleurs, dans les conférences souvent, je rappelle aux jeunes que si tout le monde se tape la poitrine, les vrais acteurs qui ont créé et
développé le secteur des mines sont encore là certains, et souvent, dans la misère. On ne pense pas à eux. C’est pourquoi au cours d’un symposium, j’ai dit qu’au lieu de donner des médailles à des gens qui n’ont rien fait pour la Guinée, allez voir le ministre Mohamed Lamine Touré, parce qu’aujourd’hui il est malade, il n’arrive pas à se déplacer, et décorez-le au moins.
GCI: Le livre présente aussi des témoignages sous forme d’interview de grands experts guinéens comme Nava Touré, aujourd’hui président de la commission des négociations des contrats. Il y a bien évidemment ceux des étrangers, des français, des américains...
IS: Pour n’occulter aucun aspect, le plan social ou local, une interview de la
secrétaire de direction de Fria d’alors, Madame Benjamin, paraît-il, assistante de direction du Président Alpha Condé. Un choix qui est loin d’être un hasard. En 2007 quand elle m’accordait cette interview sur Fria, elle avait les larmes aux yeux, tant il est vrai que cette ville appelée "Petit-Paris" par le passé, s’est dégradée. Et qui n’a rien à voir avec les réalités actuelles. Il ne faut surtout pas croire que cette interview à un quelconque rapport avec la conjoncture économique actuelle. Inutile de demander que si on l'interviewait aujourd’hui, ce qu’elle va dire (rires!).
GCI: Le livre est plein d’anecdotes sur le plan culturel, social... Et l’ouvrage
se termine par une projection sur l’avenir. C’est la nécessité de favoriser
les mégaprojets.
IS: Dans ce livre,on a de nouveau rappelé ce que ce sont les mégaprojets miniers en Guinée, qui sont les seuls à pouvoir non seulement donner de suffisants revenus importants à la Guinée, mais aussi, régler le crucial problème d’emplois pour la jeune génération. Je suis au regret de constater qu’on préfère créer plusieurs ministères d’emploi jeunes, alors que la meilleure façon d’employer les jeunes, c’est
de faire la promotion des mégaprojets. Ils peuvent créer 300.000 emplois en
cinq ans. Alors que si vous créez un ministère d’emplois jeunes, vous diminuez le nombre d’emplois disponibles pour les jeunes. Donc laissez ces emploi aux jeunes, et faites la promotion des mégaprojets. Il n’est même pas sûr de satisfaire le besoin escompté. Il faut donc que les jeunes se forment davantage, se responsabilisent, pour être utiles dans l’avenir à la Guinée.
GCI: Pourquoi avez-vous préféré traduire le livre en chinois?
IS: D’abord pour les jeunes, il y a des raisons plus simples qui expliquent les raisons pour lesquels le livre a été traduit en Chinois. Ce sont, en partie les liens de coopération historique et actuelle bi et multilatérale qui ont toujours existé entre la Guinée et la Chine, dans tous les domaines, dans la vie des deux nations. Et puis, ne vous y trompez point, le troisième millénaire, est celui des Chinois. Qu’on le veuille ou non, c’est parce que les Chinois travaillent. A l’inverse des Africains font moins d’efforts. Tous les Africains veulent profiter, gagner, vivre bien, mais peu d’entre eux acceptent de travailler vraiument comme il faut!
Voilà un pays qui était vingtième au classement mondial, il y a de cela quinze ans, et, depuis 2010, la Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale, après les Etats Unis. Ce n’est pas par le hasard, mais uniquement par le travail. A l’allure où la Chine progresse, on est sûr qu’un jour, elle va dépasser les Etats-Unis, et tirer le train de l’économique mondiale. Le taux de croissance de la Chine est, en moyenne de 7 %, supérieur à celui des Etats-Unis et des autres puissances économiques en général, qui se situe au niveau à 4%. Ce différentiel lui permettra de rattraper le retard et pourquoi pas de le dépasser dans un proche avenir.
Pendant ce temps, la Guinée dans le graphique économique, ne bouge pas ou presque. Parce qu’il faut changer d’échelle pour voir la Guinée décoller, sinon elle restera toujours en bas.
GCI: Faisons un peu de comparaison pour mieux comprendre.
IS: La Guinée a un PIB de quatre milliards de dollars. En Afrique, il n’y a que l’Afrique du Sud et le Nigeria, qui dépassent les deux cent milliards de dollars américains. Un pays comme la France a un PIB de deux mille milliards de dollars US. La Chine est deuxième avec six mille milliards de dollars derrière les Etats-Unis qui sont à quinze mille milliards de dollars. Selon les prévisions théoriques, en 2050, la Chine va donc pouvoir, avec sa croissance de 7%, dépasser les Etats-Unis. Même s’il y a beaucoup d’analystes qui ont ramené cette échéance plus proche, entre 2020 et 2030. Lorsque la Chine deviendra la première puissance, son problème, c’est qu’elle n’a pas autant de ressources naturelles, comme les Etats-Unis, pour subvenir aux besoins de ses industries. Elle aura donc besoin de beaucoup de ressources que recèlent les sous-sols africains. Il va falloir, il faudra qu’on les leur livre dans le cadre de ce qu’on appelle partenariat ‘’gagnant-gagnant’’.
Mais attention, le "gagnant-gagnant" a des limites. La leçon à tirer dans cela, c’est que les Africains ont intérêt à travailler et cesser de tenir des discours tels que: ‘’on est riche’’. Je dirai qu’on n’a rien du tout tant que toutes ces richesses sont inexploitées.
GCI: Les différentes versions se complètent certainement?
IS: D’une manière générale, l’écrivain fait le manuscrit et il l’envoie à l’éditeur. Ce dernier, à travers un comité de lecture, voit si c’est intéressant, dans le cas échéant, il procède à l’édition du livre pour le mettre ensuite en vente. Il se trouve qu’en ce concerne ‘’L’avenir de l’industrie minière en Guinée’’, on a brulé des étapes. Grâce à certaines grandes firmes minières de la place qui ont financé d’avance la première
impression et la publication du livre. Elles l’ont par la suite distribué gratuitement. C’est ainsi que Rio Tinto a sponsorisé la version française, Alcoa a financé la traduction en anglais, et certaines firmes chinoises ont sponsorisé la version chinoise.
GCI : A voire le livre, l’on se rend compte qu’il est directement destiné aux industries minières. Qu’est-ce que le citoyen lambda pourrait y trouver d’intéressant?
IS: J’ai parlé tout à l’heure de l’interview de Madame Benjamin, bien qu’elle ne soit pas une citoyenne lambda, mais cela vous donne une indication que ce ne sont pas seulement les ingénieurs ou les géologues qui sont concernés dans ce livre, il y a beaucoup d’aspects qui sont cités aussi. Vous parlez du développement minier, qui intéresse forcément tout Guinéen ; mais vu que tout le monde n’a pas la même faculté de compréhension...
GCI: Est-ce que le livre est écrit dans un style littéraire qui tienne compte de cela?
IS: C’est bien vrai parce que j’ai été confronté à la même question au niveau de l’éditeur. En réalité, en ce qui concerne le premier livre je l’ai voulu beaucoup plus complet, plus technique. L’éditeur m’a demandé si je pouvais faire quelque chose de plus simple. D’où le second livre ‘’Les mines de Guinée’’, dont la lecture est plus simple. Ce deuxième livre tient compte de ces aspects, mais il est aussi un complément plus simplifié du premier. A vrai dire, je ne souhaitais pas passer tout mon temps à écrire, à tout moment, sur certains aspects des mines de Guinée.
GCI: Quel est l’objectif réel que vous visiez à travers ce livre ?
IS: L’objectif principal pour moi, c’est d’abord de démontrer l’importance du secteur minier et de son potentiel, mais aussi d’expliquer au gouvernement que s’il s’attèle à faire la promotion des mégaprojets miniers qui ont beaucoup d’effets d’entrainement, il va régler définitivement le problème de développement du pays. Une sorte d’appel au gouvernement qui doit faire de la réalisation par exemple d’une usine d’aluminium, de deux usines d’alumine, de Simandou, etc… sa priorité, ce
sont là des mégaprojets. Tous ces projets seront réalisés à coup de vingt milliards de dollars d’investissements, pour près de deux milliards de dollars de revenus pour la Guinée. Mais surtout, cela crée énormément d’emplois sûrs et non fictifs.
En fait, un décret ne crée pas d’emploi, ce sont des investissements qui créent des emplois. Nous sommes en compétition dans un village planétaire, il faut faire vite et bien.
GCI: Vous vous adressez aussi aux firmes minières dans ce livre?
IS: Cela va de soi. Du moment où vous décrivez le potentiel, ces sociétés sont intéressées. Elles ne sont pas des philanthropes. Elles sont attirées par l’argent. C’est à nous de nous organiser pour que cette opération se fasse de façon normale, économiquement viable sur tous les plans, technique, financier, environnemental, au profit des populations guinéennes.
GCI: Est-ce que le livre tient compte de l’aspect négociation des contrats
miniers?
IS: Il faut avouer que ce n’est pas comme un article de presse qui critique ceci ou cela. Mais dans le second livre, j’ai insisté sur la nécessité d’avoir des professionnels à tous les stades. Parce que si vous avez des professionnels, vous obtenez d’eux des résultats tangibles. Le professionnel a la latitude et l’aptitude de comprendre ce qui se fait, ce qui se dit, et capable d’analyser ce qui est écrit, de discuter et de négocier dans le but d’obtenir des résultats en faveur de la nation. A la différence, si vous mettez un non-professionnel, il va créer plus de problèmes que de solutions, parfois sans le savoir. Souvent en Guinée, malheureusement c’est ce qui se passe.
GCI: Parlez-nous du code minier et de l’actualité minière en général en Guinée…
IS: A partir du moment qu’en septembre 2011, le code minier a été adopté par le CNT, en temps que citoyen, je ne peux que le supporter. Votre question aurait été posée avant l’adoption, j’aurais pu vous donner mes impressions. Si c’était à l’étape de discussion, je vous aurais fait une grande présentation sur power-point, article par article, et à l’époque, il y avait 125 articles. J’allais vous décortiquer chacun des articles pour vous dire là, je suis d’accord, et là non. Maintenant que c’est adopté, c’est difficile pour moi de m’exprimer là-dessus. Maintenant cela va être difficile..
GCI: Certains trouvent qu’il est moins attirant…
IS: J’ai entendu le ministre des mines dire à la suite qu’il y a un problème sur la fiscalité et qu’il a fait un travail, il faut l’améliorer. Dans ce cas, je suis absolument d’accord avec lui.
Propos recueillis par Kerfalla Kourouma pour GuineeConakry.info




















