GRANDE INTERVIEW GCI : Avec Fatima Camara de l'ONG Guinean Queens

À l’occasion du mois de mars, mois de la femme dont le point d’orgue est célébré le 8 mars de chaque année à travers la journée internationale de la femme, notre rédaction est allée à la rencontre de Camara Fatima, porte-parole des filles et femmes des partis politiques de Guinée, présidente de la ligue de basket-ball de Conakry et directrice générale de l’agence de communication Guinean Queens. Elle nous a accordé une interview exclusive afin d’aborder des difficultés auxquelles la couche féminine est confrontée, son approche de la question de l’égalité et ses impressions sur la célébration, de la journée de la femme qui n’est pas passée inaperçue en Guinée. Entretien intégral.

GuineeConakry.Info : Quelles leçons tirez-vous de la journée du 8 mars qui vient d’être célébrée ?

Fatima CAMARA: D’abord, il faut savoir que par rapport au thème choisi par les Nations unies qui est fifty-fifty (50/50) avant 2030,  au niveau de la Guinée, on a choisi l’autonomisation des femmes. Je pense que par rapport à ces différents thèmes, cela signifie qu’il y a des défis à relever pour pouvoir atteindre  la parité au niveau de la Guinée. Parce que nous savons qu’ici, nous parlons toujours de quota  moyen 30% au niveau des prises de décision. Donc je pense qu’à travers cette fête, il y a eu des plaidoyers qui ont été faits dans le sens d’interpeler les gouvernants à être des partenaires vraiment, pour que les femmes soient plus épanouies au niveau de toutes les instances de prise de décision. Pas uniquement au niveau de l’Assemblée, mais aussi dans toutes les sphères de prise de décision de notre pays. Alors pour moi, cette fête représente beaucoup, c’est vrai que d’autres sont sceptiques. Pourquoi célébrer un jour comme ça, mais, il faut toujours en profiter pour remercier celles qui ont beaucoup fait pour notre pays, celles qui ont fait évoluer les choses. Généralement en Guinée on ne remercie pas les gloires, et c’est vraiment dommage, je pense que ce jour aussi doit aussi être mis à profit pour remercier tous ceux qui prennent leur temps, leur énergie afin de faire avancer les choses dans notre pays.

GCI : Quelle lecture faites-vous de la façon dont la Guinée célèbre la fête des femmes ?

FC : La stratégie a changé par rapport aux années précédentes, parce que cette fois-ci, c’est toujours bien de se retrouver ensemble, afin que les femmes de toutes les différentes sensibilités s’expriment, ce qui ne se fait presque pas. Donc elles profitent de cette fête. Ce qui est maintenant bien, c’est que, à chaque fête, le ministère de la promotion féminine agit au nom de toutes les femmes, parce qu’il associe les femmes de différents secteurs pour comprendre leurs préoccupations, faire un plaidoyer commun. Cette stratégie est à saluer. Ce n’est pas le ministère seulement mais d’autres organismes peuvent aussi faire des conférences de presse, des débats. Par exemple moi,  je n’étais pas au Palais, mais j’ai assisté à une conférence de presse au niveau d’une université de la place, qui parle de la participation des femmes en politique. Chacun peut faire un peu. Pour pourvoir impacter, il faut impliquer plus de personnes. Entre femmes on se répète, entre nous, on sait déjà les problèmes. Il faut plus impliquer les hommes dans nos activités afin qu’ils sachent notre potentiel, qu’ils sachent ce qu’on fait tous les jours, parce que les exclure, c’est se répéter. Là ils seront plus aptes à nous défendre auprès de leurs amis ou cousins, des autres en somme.

GCI : Quels sont les acquis en matière d’égalité, selon vous ?

FC : D’après moi, au niveau de la Guinée, c’est vrai qu’il y a un grand fossé. Il reste beaucoup à faire, mais déjà je pense que le président est à féliciter. En nommant sept femmes au niveau du gouvernement, qui est une première. On se rappelle au temps de Sékou Touré, il y avait six femmes et si on prend au niveau régional comme le Mali, la Côte d’Ivoire, on retrouve cinq femmes dans le gouvernement. Je pense que c’est une grande avancée, pour être plus compétitive, il faut que les femmes soient plus performantes, au niveau des différents postes. Cela veut dire plus de formation pour nous, parce qu’il faut qu’on apporte une valeur ajoutée. Il y aura égalité de sexe certes, si on accepte d’être compétitive avec les hommes pour pouvoir avoir les postes qu’on mérite en Guinée.

GCI : Qu’avez-vous à dire sur les violences faites aux femmes, particulièrement sur le viol qui devient très récurent en Guinée ?

FC : Déjà il faut rappeler qu’au niveau de la Guinée, c’est très écœurant, parce qu’il y a plus de 96% de cas de viols au niveau de la Guinée, 89% enregistrés actuellement et je pense que ce n’est pas uniquement ces cas ! Il y a la présence culturelle, la famille, souvent c’est les plus proches qui nous font du mal ; et la famille vient en appuis pour pouvoir éteindre le feu. Dès fois, il n’y a pas où aller se plaindre. Il faut faciliter l’accès aux ONG qui se battent dans ce sens, qui sont des centres, où les victimes peuvent venir se confier et qui peuvent vraiment les recueillir, pour qu’elles soient à l’abri. Car, tu as beau aller porter plainte contre une personne, mais si vous êtes sous le même toit,  ça devient compliqué, la victime peut retirer la plainte. Il faut vraiment créer un centre où ces femmes vont se sentir en sécurité.

C’est vrai que c’est dommage, on parle plus politique mais je pense que cela doit interpeler toutes les femmes. Mais ici on a tendance souvent à suivre l’actualité, si on parle d’Ebola toutes les ONG, même si elles ne sont pas dans la santé se chargent d’Ebola, si on parle des violences faites aux femmes tout le monde se lance dedans ! Je pense que la performance aussi c’est la spécialisation dans le domaine que tu maîtrises le plus. Chacune d’entre nous est différente mais, a des potentialités aussi  et des regards différents. Si chacun s’occupe de ses domaines de compétences, on aura plus de résultat.

GCI : Quelle est la particularité de votre organisation des filles et femmes des partis politiques de Guinée ?

FC : Nous faisons la promotion des femmes au sein des partis politiques, et il faut savoir que ce cadre regroupe toutes les femmes de toutes les sensibilités, d’obédiences politiques différentes. Que ce soit de la mouvance, du centre ou de l’opposition. Avant c’était très difficile de pouvoir mettre ce cadre en place, on n’arrivait pas à gérer tous ces clivages politiques.  Mais maintenant, les femmes ont compris qu’au-delà de tout,  il faut se retrouver afin de parler mieux. Que les différents problèmes que nous avons au sein de nos partis politiques sont communs. Dans les échéances électorales en Guinée, la tendance va changer car il y aura plus de femmes qui vont oser se présenter et s’affirmer en Guinée.

GCI : Avez-vous un appel à lancer ?

Mme Fatima : Déjà moi,  par rapport aux femmes, je vais dire qu’il faut oser. Il faut arrêter toutes ces mesquineries, ces égoïsmes, toutes ces petites considérations, ces jalousies entre nous. Si on veut atteindre nos objectifs, il faut qu’on se mette ensemble et qu’on puisse s’apprécier entre nous, qu’on accepte d’épauler aussi les jeunes filles, afin de préparer la relève et défendre les intérêts des unes et des autres pour nous former. Aux dirigeants, de penser à la population, de venir à l’écoute des gens. Nous souffrons beaucoup, qu’ils voient eux-mêmes la réalité, parce que dès fois on a l’impression qu’ils ne connaissent pas la réalité des choses. Avec toute cette souffrance, ils n’ont qu’a réagir et encourager aussi les entrepreneurs, vu qu’ils ne peuvent pas employer tout le monde, il faut donc créer des secteurs qui peuvent générer des revenus afin d’employer plus de jeunes.

Entretien réalisé par Mamadou Aliou DIALLO pour GCI

©2016 GuineeConakry.iInfo

 

 

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