GRANDE INTERVIEW: Avec Facély Diawara de Croix Rouge

Facély Diawara est responsable du département Santé à la Croix Rouge Guinéenne (CRG) et coordinateur de la lutte contre Ebola et post-Ebola au sein de l’ONG internationale en Guinée. GuineeConakry.Info a renconté cet humanitaire ouvert et prêt au débat. L'interview exclusive d'un expert qui a tant à dire...

GuineConakry.Info : la Guinée a récemment franchi le cap des 90 jours d’observation après le dernier cas suspect d’Ebola à Koropara, un village situé dans la préfecture de N’Zérékoré. Quelles sont vos  perceptions de lutte face à une éventuelle survenue de cette épidémie ?

Facely Diawara : C’est vrai que ça été difficile pour nous. Il y a deux ans qu’on se bat contre cette épidémie, heureusement qu’on a pu la vaincre par tous les moyens. Ce qu’il ne faut pas oublier aussi, c’est qu’une épidémie est toujours cyclique. Dans les autres pays où Ebola a sévi, je veux parler de la République Démocratique du Congo et de l’Ouganda, chaque cinq ans l’épidémie revient pratiquement. Il faut également tenir compte du fait que les informations scientifiques sur Ebola, sont toujours en discussion. Je ne dis pas qu’elles ne sont pas fiables.

GCI : Que voulez-vous dire ?  

FD : Je veux dire qu’il y a des informations qui ne sont pas tout à fait exactes. Je prends un exemple sur l’information qui précise qu’un guéri d’Ebola devrait s’abstenir à concernant les rapports sexuels pendant trois mois, que le virus devrait rester dans le sperme pendant cet intervalle. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas, il faudrait une période encore plus longue ; ça veut dire que l’information scientifique évolue. Donc, il faut être vigilant. Il faut développer des activités de  surveillance épidémiologique. Nous sommes informés que c’est au mois de mars 2014, qu’il y a eu déclaration de cas d’Ebola en Guinée. Mais, nous savons tous qu’Ebola est apparu vers le mois de décembre 2013. Malheureusement notre système de santé n’était pas préparé à détecter une telle maladie virale.

Aujourd’hui, il est vrai qu’on a atteint notre but et qu’on a eu beaucoup d’expériences, parce que beaucoup d’experts à travers le monde sont venus nous aider. Il est bon maintenant que nous utilisions tous ces acquis pour mieux développer ce qu’on appelle ‘’la surveillance à base communautaire’’. Parce que c’est le gros problème chez nous. L’autre surveillance qui marche plus ou moins bien, c'est celle des centres de santé. Cependant, il faut regretter que beaucoup ont cessé de fréquenter les centres de santé. Vous savez ce qui passe dans nos communautés, il y a beaucoup qui font recours aux tradi-praticiens dans le but de  résoudre leur problème de santé. Il convient de mettre un système de collecte d’informations pour pouvoir surveiller tout le monde, afin de ne pas être surpris par une nouvelle épidémie.

GCI : A en croire, certaines informations, les guéris d’Ebola auraient des séquelles au niveau de la vision et d’autres maux. Qu’en dites-vous ?

FD : Effectivement comme, je le disais, le travail sur Ebola est un travail qui évolue, les recherches continuent. En ce sens qu’il y a certaines personnes qui résistent par contre d’autres non, c’est naturel, c’est comme avec le paludisme. On n’a pas les mêmes façons de réagir face à une maladie. Dans le cas d’Ebola, certains guéris ont développé des séquelles de visions, d’autres troubles. Mais nous avons un programme de prise en charge jusqu’en 2017, soutenu par le PNUD.

GCI : Disposeriez-vous des statistiques de ces guéris d’Ebola ?

FD : Officiellement cesont 1272 personnes guéries d’Ebola. Mais je vous conseillerai de vous rapprocher du ministère de la santé ou de l’Organisation mondiale de la santé pour des statistiques plus affinées des guéris d’Ebola.

GCI : Pendant les moments aigus de l’épidémie d’Ebola, votre institution a été très décriée. Certains de vos services mêmes ont été attaqués à l’intérieur du pays. Comment avez-vous pu  gérer cette crise de confiance avec ces populations ?

FD : On va le mettre entre guillemets, vous savez on est face à un danger comme Ebola, c’est humain qu’on réagisse de façon inappropriée. C’est humain. Il faut comprendre les gens. Dans ces violences, on a perdu des véhicules, on a été pris en otage, il y a eu des blessés. Moi-même qui vous parle, j’ai été victime. Mais, c’est une question d’idéal et de mission. On s’est assigné cette mission de sauver les gens. Nous demeurons conséquents. Avant Ebola, la Croix-Rouge Guinéenne a existé pour sauver des vies.

GCI : Aujourd’hui, peut-on dire qu’Ebola est vaincu, puisque vous êtes toujours sur le terrain ?

FD : Oui, vous savez la Croix-Rouge est organisée. Moi qui vous parle, je suis un agent recruté, employé de la Croix-Rouge. Mais il y a d’autres qui sont volontaires, c’est le cas du président de la CRG, du vice-président, du trésorier... Eux, ils travaillent pour mobiliser des fonds auprès des partenaires pour nous permettre de travailler sur le plan humanitaire.

GCI : Nous savons que les activités que vous menez sur le terrain demandent assez de moyens. La Croix-Rouge dispose-t-elle de moyens nouveaux pour poursuivre ses activités ?

FD : Ce sont les médias qui sont à la base de la mobilisation des ressources. La Croix-Rouge a toujours besoins des moyens pour mieux travailler surtout sur le post Ebola. Et l’atout que la Croix-Rouge a, c’est qu’elle dispose  17.400 volontaires à travers tout le pays. Nous avons un défi à relever dans le cadre de la surveillance à base communautaire. Et ce sont des gens qui doivent faire cette surveillance à base communautaire. Nous avons déjà  nos volontaires qui sont déjà habitués à affronter les dangers pour sauver des vies. Ces derniers pourront bel et bien travailler dans la surveillance à base communautaire. Actuellement les fonds pour Ebola se font plutôt rares, il y a un autre virus dénommé Zika, qui attire l’attention des médias du monde.

GCI : Selon certains responsables de la Croix-Rouge, pendant Ebola, la CRG louait des véhicules pour faire certaines activités. Votre institution était autant démunie ?

FD : Effectivement, la Croix-Rouge était extrêmement limitée. Je pèse bien mes mots, extrê-me-ment limitée. Au moment où Ebola éclatait, on n’avait que quatre véhicules. Et Ebola a éclaté, si vous  vous souvenez bien, à Macenta puis Guékédou ! Et c’est venu jusqu’à Conakry. Vous imaginez ! Comment peut-on mettre en œuvre toutes ces activités avec un véhicule à Macenta, un à Guékédou, un à Conakry. Donc, on avait vraiment besoin d’équipements, pas seulement de matériels roulants. Il y avait aussi un besoin criard de tenues de protections, de chlore, de gants….. Et je profite de votre micro pour saluer et remercier le leadership de nos chefs. Ils ont su approcher les autorités et les partenaires pour mobiliser les ressources. D’abord, ils nous ont prêté trois véhicules ensuite, par après huit véhicules.  Après les autres partenaires voyant la nécessité et la dimension que prenait l’épidémie, nous ont vraiment appuyés matériellement et financièrement.

GCI : Pour finir quel serait le message que vous allez nous confier pour les citoyens par rapport aux mesures préventives contre Ebola?

FD : D’abord, permettez-moi de remercier nos responsables. Comme je le disais tantôt, si certains pensent qu’on a bien travaillé pour la  lutte contre Ebola, c’est parce que d’autres travaillaient aussi dans l’ombre. Ces gens ont également fait un travail remarquable. C’est le cas de M. Youssouf Traoré, qui est le président de la Croix Rouge Guinéenne. La Croix-Rouge est une organisation humanitaire. Tout le monde peut aller à la Croix-Rouge. Nous vous invitons d’être volontaires. Regardez, par exemple sur 24h, tu as les 8 heures de temps actif. Mais quand tu prends 8h, tu multiplies par 5, tu as déjà 40h dans la semaine. Si tu ne peux pas donner 2h parmi les 40h, au moins dans le week-end, tu peux donner 3h pour l’humanitaire. C’est gratuit et vous savez que ça développe l’humanisme et la compréhension de l’homme. Je voudrais vous exhorter afin de contribuer à mieux renforcer l’éducation sanitaire dans notre pays. Honnêtement, nous sommes tous exposés. Voyez la vente des produits illicites sur les marchés, les ‘’pharmacies-par-terre’’, les carences du système de surveillance, l’accès difficile aux soins, ce sont de vrais problèmes qu’il nous faut affronter et résoudre pour avancer.

 

Interview réalisée par Léon KOLIE pour GCI

© 2016 GuineeConakry.Info

Recherche

Suivez-nous

GUINEE: Petit KANDIA "Birin Moulan"



  • Le célèbre chroniqueur est au cœur d’un bras de fer avec Mamadou Blaise Sangaré, conseiller spécial du Chef de l'Etat. Votre site avait relayé cette affaire portant sur des propos diffamatoires attribués à Ras Bath. Ce début de semaine mettra aux pr

Annonce