GRANDE INTERVEW GCI : Avec Mohamed Ag Ayoya de l'UNICEF, sur "l'urgence Ebola" et autres...

L'UNICEF est au cœur du dispositif de lutte contre Ebola en Guinée et ailleurs dans la sous région. Pour en savoir plus sur le dynamisme humanitaire de cette grande institution internationale, GCI a demandé à l'ancien ministre des TIC et de la Culture, et qui a travaillé pour ladite organisation durant 15 années, M. Justin MOREL Junior, cofondateur de GuineeConakry.info, de rencontrer le Représentant de l'UNICEF en Guinée. Dans cette interview exclusive, M. Mohamed Ag Ayoya explique les défis auxquels le pays est confronté dans le cadre de cette urgence sanitaire, et les résultats motivants déja obtenus. Mais, M. Ayoya est convaincu "qu’aucune agence, seule, ne peut avoir un impact significatif sur cette épidémie, et que la complémentarité et la coordination des actions est une obligation pour obtenir des résultats. Il s’agit d’un travail d’équipe, et nous sommes satisfaits de la dynamique en cours". Entretien.

Justin Morel Junior     Depuis la déclaration officielle de l'urgence sanitaire en Guinée pour lutter contre la fièvre hémorragique à virus Ebola, et certainement bien avant, quelles dispositions pratiques aviez-vous prises pour appuyer le pays ?

Mohamed Ag Ayoya : Nous avons immédiatement envoyé 5 tonnes de médicaments dans les zones touchées depuis la déclaration de l’épidémie. Et puis, nous avons continué à soutenir les efforts du gouvernement dans la lutte contre Ebola. Nous avons fait cela à travers la distribution d’intrants (chlore, savon, gants, HTH, pulvérisateurs, unités de lavage des mains etc..), la formation des agents de santé, des imams, des prêtres, des jeunes, des scouts, des journalistes, des membres de la société civile, des groupes de femmes, la distribution des posters et dépliants sur comment éviter la maladie, la diffusion des messages de sensibilisation et d’éducation des populations sur les radio et télévisions etc. Nous avons aussi financé des partenariats avec des ONG nationales pour porter l’information dans les villages et dans les zones les plus reculées. Nous avons travaillé aussi avec les enseignants pour disséminer l’information dans leurs classes et communautés,  surtout avec des ressortissants des zones concernées, pour lutter contre les résistances. Enfin, nous avons, particulièrement à Conakry, ciblé les marchés, les gares, les débarcadères et nos équipes ont fait du porte-à-porte pour informer les familles et leur distribuer du chlore et du savon. Cette semaine seulement nous avons offert au gouvernement 100 motos, des produits de désinfection et du matériel à hauteur de 4,5 milliards de GNF. Au total, nous avons engagé près de deux millions de dollars américains. Si vous voulez plus de précisions, c'est exactement: 1.991.808 USD pour la lutte contre Ebola.  

JMJ: Outre le cas ''Ebola'', il y a qu'en Guinée, le paludisme, les infections respiratoires aiguës (IRA) et les maladies hydriques, notamment les diarrhées et le choléra, font encore plus de ravages au niveau des populations. Comment travaillez-vous pour trouver le juste équilibre en vue d'aider les couches les plus vulnérables que sont les femmes et les enfants?

MAA : Nous n’avons pas pensé un instant à réduire notre travail et soutien au gouvernement pour la continuité des autres programmes que vous citez. Pour s’assurer que ces programmes importants pour les enfants continuent, nous avons fait venir des spécialistes et recruté sur place des professionnels pour la réponse Ebola. Ceci nous a permis d’assurer la continuité des opérations sur le terrain et d’éviter que notre programme régulier soit affecté négativement. Nous avons aussi considéré des aspects programmatiques synergiques entre notre programme régulier et la crise Ebola. Par exemple, le lavage des mains au savon et l’hygiène individuelle sont deux composantes communes à ces deux approches qui visent le même objectif, celui de réduire les maladies transmissibles par la mauvaise hygiène.

JMJ : En Guinée, le taux de mortalité maternelle (1600 pour 100.000 naissances vivantes) est l'un des plus élevés au monde, et le taux de prévalence du VIH aussi prend l'échelle. Quelle est votre contribution pour inverser les tendances croissantes des statistiques, sans compromettre les services sociaux de base ?

MAA : La mortalité maternelle et la réduction de la prévalence du VIH font partie de nos priorités programmatiques en Guinée, pour la période 2013-2016. Pour réduire la mortalité maternelle, nous soutenons le renforcement des systèmes de sante, formons les agents de santé et mettons à leur disposition les médicaments nécessaires. Nous avons lancé, il y’a une année dans les zones rurales une nouvelle initiative appelée "les motos-ambulances". Avec ces motos les femmes enceintes qui sont éloignées des centres de santé, et qui présenteraient des signes de complications peuvent être rapidement transportées vers ceux-ci, et être prises en charge par un agent formé. Dans le cadre du VIH/SIDA, l’UNICEF soutien la mise en place et le fonctionnement des centres de prévention de la transmission du virus de la mère vers l’enfant. Nous mettons à la disposition de ces centres des kits de diagnostic rapide, des médicaments (antirétroviraux) et nous formons les agents qui y travaillent.

JMJ :  Face à la situation d'urgence sanitaire à laquelle le pays est confronté, comment fonctionne le partenariat entre votre organisation, les ONG, les différentes agences et autres organisations onusiennes pour endiquer l'épidémie d'Ebola dont l'extension inquiète le monde entier ?

MAA : Le partenariat entre l’UNICEF, le gouvernement et les autres agences et organisations impliquées dans la réponse Ebola est bâti sur la synergie de nos efforts. Nous sommes convaincus, pour ce qui nous concerne, qu’aucune agence, seule, ne peut avoir un impact significatif sur cette épidémie, et que la complémentarité et la coordination des actions est une obligation pour obtenir des résultats. Il s’agit d’un travail d’équipe, et nous sommes satisfaits de la dynamique en cours.

JMJ : Pour parler des priorités du programme pays de l'UNICEF, quelle évaluation, faites-vous de l'initiative de Prise en charge intégrée des maladies de l'enfance, de la scolarisation des filles, de la lutte contre les MGF, par exemple ?

MAA : La prise en charge intégrée des maladies de l’enfance en Guinée a fait des progrès, mais elle fait aussi face à des défis importants sur lesquelles nous, (partenaires techniques et financiers), travaillons avec le gouvernement. Des efforts, par exemple, importants sont faits pour amener à l’échelle les interventions dans ce sens, et surtout pour avoir une composante communautaire très solide. Quant à la lutte contre les MGF, nous sommes peinés du fait que le Guinée a le taux le plus élevé de filles excises, seulement après la Somalie. Cette question est maintenant devenue, plus que jamais, une priorité du gouvernement, grâce en partie, au plaidoyer et à l’engagement de l’UNICEF pour mettre fin à cette pratique qui  n’a rien de religieux. D’ailleurs pour traduire l’engagement du gouvernement guinéen dans ce sens, vous n’êtes pas sans savoir que récemment une dame exciseuse prise en flagrant délit a été jugée et condamnée. C’est un bel example!

L’UNICEF a toujours travaillé pour améliorer l’éducation des filles. Pour nous c’est une question non seulement d’équité, mais aussi de progrès social.  Nous soutenons le gouvernement et les organisations communautaires, pour en faire une priorité et pour faire en sorte que la parité filles-garçons soit une réalité dans nos écoles.  Nous construisons des écoles, nous soutenons les filles et leurs familles pour qu’elles soient inscrites, et nous nous assurons que les filles ont des latrines séparées dans les écoles etc.

JMJ : Les questions de l'eau et de l'assainissement sont toutes aussi pertinentes; quand on sait qu'en milieu rural, seuls 65 % des ménages ont accès à de l'eau potable, contre 72 % en milieu urbain! Où en êtes-vous aujourd'hui dans votre appui au gouvernement pour répondre à ces préoccupations qui concourent aussi aux stratégies de réduction de la pauvreté, car on a bien l'impression qu'après avoir réussi à l'initiative des Pays pauvres très endettés (PPTE), les choses semblent stagner ?

MAA : Vous avez raison, il y’a encore trop de personnes qui n’ont pas accès à l’eau et à l’assainissement en Guinée et cela n’est pas acceptable. Nous travaillons avec le gouvernement pour que chaque village ait au moins un forage manuel et que toutes les familles utilisent des latrines. Actuellement, nous avons deux programmesmajeurs et une équipe de professionnels aguerris à la tâche, qui appuient le pays dans ce cadre. Nous espérons pouvoir renforcer notre capacité financière et celle du gouvernement pour faire de ces programmes un succès d’ici la fin de l’année 2017.

JMJ : La mobilisation des ressources financières, en ces temps où l'argent se fait rare, est une préoccupation nodale de toutes les grandes organisation, peut-on savoir M. le Représentant, pourquoi, il n'y a pas encore un appel consolidé en faveur de la Guinée pour l'urgence sanitaire qu'elle traverse ?

MAA : Il y a déjà un appel consolide des NU prêt et qui sera publié dans les jours à venir. Au niveau régional, l’UNICEF a aussi préparé un appel consolidé pour les 3 pays touchés (Guinée, Sierra Leone et Liberia) qui sera publié sous peu. Jusque-là, il faut dire que les donateurs ont été généreux avec l’UNICEF et nous les en remercions. Aussi, nous avons reprogrammé nos propres ressources pour faire face à cette urgence sanitaire.

JMJ : Enfin, quelles sont les conséquences de l'urgence sanitaire actuelle sur les priorités programmatiques régulières de l'UNICEF en Guinée ?

MAA : Comme je l’ai dit tantôt, nous avons reprogrammé des fonds importants pour faire face à cette crise et probablement les donateurs aussi. Ceci ne peut se faire sans un impact, petit soit-il, sur les priorités programmatiques du moment, car il faut à tout prix mettre fin à cette épidémie, pour pouvoir continuer les activités régulières. Il y a aussi le fait que les mamans ont souvent peur de se rendre dans les centres de sante avec les enfants pour la vaccination, la nutrition etc. Mais selon les informations dont nous disposons à ce jour, ceci n’est pas d’envergure massive. Et c’est pourquoi d’ailleurs nous profitons aussi de la réponse Ebola qui nous met encore plus en contact avec les populations, pour encourager les mères à amener les enfants aux centres de santé pour les soins préventifs et curatifs. Ceux qui sont malades d’Ebola sont des centres spécialisés de prise en charge, ils ne sont pas dans les centres de santé des quartiers et des villes. Il faut donc que les mères et toute la population continuent à les utiliser, car les agents de santé sont formés et prennent toutes les mesures pour que personne ne soit pas infectée par Ebola dans un centre de santé.


Propos recueillis par Justin MOREL Junior pour GuineeConakry.info

Recherche

Suivez-nous

GUINEE: Petit KANDIA "Birin Moulan"



  • Le célèbre chroniqueur est au cœur d’un bras de fer avec Mamadou Blaise Sangaré, conseiller spécial du Chef de l'Etat. Votre site avait relayé cette affaire portant sur des propos diffamatoires attribués à Ras Bath. Ce début de semaine mettra aux pr

Annonce