
Comme à ses habitudes, le porte parole de l'opposition républicaine a ouvert les interventions en allant droit au but, en affirmant qu' ''il n'y a plus de contrôle dans le pays et la Guinée est le seul pays au monde où l'on peut gérer sans être audite de façon sérieuse''
Aboucar Sylla a ensuite, commencé à égrener des cas de ''malversations financières'' chiffres à l'appui. Notamment le train de vie de l'État, avec par exemple un budget de la présidence équivalant à 140 milliards de francs guinéen, et 19 milliards pour la présidence de l'Assemblée nationale.
Il a cité les cas de détournement au niveau du ministère de l'enseignement pré-universitaire, où il y a eu pendant six ans un manque à gagner annuel de 40 milliards, ce qui équivaut à 240 milliards de francs disparus sans trace. ''Aucune poursuite n'a été engagée contre qui que ce soit, le ministre de tutelle continue à exercer librement.'' dénonce-t-il.
Selon Aboubacar Sylla 300 milliards, l'équivalent de 4O millions de dollars sont alloués chaque année à la formation des étudiants et au paiement des bourses d'études, un budget qui aurait pu selon le porte-parole servir à construire plusieurs universités à travers le pays, tout en améliorant la qualité de l'enseignement. ''Mais au lieu de ça, on préfère débourser des milliards pour payer des bourses aux étudiants, en laissant le soin aux privés qui coûtent cher à l'État, de combler le vide. C’est un véritable business qui est né autour et le laxisme est évident dans ce domaine'' regrette-t-il.
Au ministère de la défense, c'est la faramineuse somme de 1500 milliards de francs guinéens par an, que l'État alloue, soit 14 pour cent du BND (budget national de développement), alors que le budget de l'enseignement supérieur ne représente que 7 pour cent du budget, tandis que la moyenne de la CEDEAO pour les fonds alloués à l'armée tournent autour de 5 ou 7 pour cent. « On a l'impression que nous sommes en guerre, mais en réalité ces fonds ne sont pas utilisés pour la construction des casernes, ni pour réformer, ni pour moderniser notre armée ; encore moins pour améliorer les conditions de vie des soldats. Ils sont tout simplement utilisés à d'autres fins »
Sur le plan des passations de marchés publics, Aboubacar Sylla pointe du doigt le recours systématique aux marchés de gré à gré. La facture de cette pratique se chiffrerait à 9000 milliards de francs, en violation flagrante du code de passation des marchés publics. Selon lui, les années 2014 et 2015 ont été les années charnières du gré à gré, avec notamment des marchés octroyés sans appels d'offres, des marchés surfacturés et le recours ponctuel à la garantie bancaire de la BCRG. ''Le budget de l'État n'est pas utilisé pour améliorer les conditions de vie des Guinéens mais pour distribuer des cadeaux aux proches du pouvoir'', fustige Mr Sylla.
Sur le plan des investissements dans le secteur de l'énergie, c'est un autre ‘’scandale rocambolesque’’, a laissé entendre Mr Sylla. Le cas de l'acquisition d'une centrale thermique de 100 mégawatts, avec la société brésilienne Asperbrass, un marché de gré à gré ! Ainsi, 122 millions de dollars ont été débloqués par l'État qui, au lieu que la procédure de décaissement ne soit faite en deux ans, a été faite en six mois et, au bout du compte, cette société n'a pas pu remplir ses engagements en fournissant à l'État la centrale de 100 mégawatts ! Pour cause de manque de compétence, précise-t-il.
Dans cette affaire, alors que Cellou Dalein et Aboucar Sylla citent implicitement le nom du fils d'Alpha Condé, Mohamed Condé , Papa Koly Kourouma lui, a clairement déclaré que c'est n'est pas le fils, mais plutôt le père, c'est à dire '' le président Condé qui est responsable de ce fiasco'' déclare le chef du Grup.
Dans cette affaire selon le porte-parole, alors que la société brésilienne était tenue normalement de fournir de l'électricité aux Guinéens, elle a été déchargée de toutes responsabilités, sans aucune forme de procès en faveur d'une autre autre société Agreko, ''un autre marché de gré à gré de 30 millions de dollars Us, la suite on la connait''
Il a également rappelé le cas de la centrale thermique de Tombo 3, un marché de gré à gré attribué à l'homme politique Abe Sylla, un marché selon le porte-parole qui devait coûter 15 millions, est passé à 45 millions de dollars sans raison valable. Par ailleurs, c’est aussi la rénovation du Palais des nations confiée à la société marocaine Itquane, pour une valeur de 400 milliards Gnf soit 40 millions d’euros. Le projet n'a jusque-là n’a été exécuté qu'à 75 pour cent.
Le cas de la route Kankan-Kissidougou ''gré à gré'' selon lui et confié à l'entreprise Burkinabé Ebomaf pour un montant de 65 millions d'euros avec une dimension optionnelle. Selon Mr Sylla ''la surfacturation est plus qu'évidente dans ce marché en dépit de son caractère de gré à gré''. Selon lui le km est facturé à 1.5 million d'euros, du jamais vu, s'étonne-t-il. Il cite le cas de la route sonfonia-Kagbelen dont le coût des travaux est de 50 millions d'euros, il dénonce ''du gré à gré''. Et revele que de ce côté le km est tout simplement passé à 6 millions d'euros.
Pour le centre directionnel de Koloma ''du gré à gré'', selon le président de l'UFC octroyés à Guicopres, Guiter et Begec avec une garantie de l'État. Pour le stade de Nongo, l'augmentation du coût de finition est surprenant, selon le porte-parole, il serait passé de 12 à 54 milliards pour une durée de gestion ''incroyable''de 33 ans !
Aboubacar Sylla regrette que ''la misère actuelle n'est pas du fait d'Ebola, mais selon lui à la mal gouvernance. ‘‘La Guinée n'a jamais connu une telle gestion et derrière tous ces chiffres se cachent une catastrophe humanitaire et sociale''.
Le chef de file de l'opposition guinéenne Cellou Dalein Diallo a, pour sa part regretté que l'annulation de la dette n'ait pas été une opportunité que le régime actuel aurait dû saisir. ''Lorsque l'on fait preuve d'amateurisme dans la gestion des affaires d'un pays, les décisions prises sont extrêmement coûteuses et désastreuses. C'est le cas d'Asperbrass, c'est le cas de Rio Tinto…'' a fustigé le président de l'UFDG.
Selon lui, ''L'endettement de l'État au trésor a explosé, cela provoque l'augmentation de la masse monétaire et l'épuisement des réserves. C’est cette situation qui prévaut actuellement. Toute cette mauvaise gestion et cette corruption égrenées ici constituent la raison principale de la crise économique actuelle''. Et les conséquences, selon lui, sont doublement pénibles pour les citoyens. Selon le chef de file, non seulement, ils doivent supporter la crise mais aussi la payer avec les mesures d'austérité injustement imposées par cette situation.
La TVa et le refus par l'État d'appliquer le principe de la flexibilité sur les prix du carburant relèvent selon Cellou Dalein, de cette volonté de faire payer au citoyen lambda, la mauvaise gestion de l'État. Il a révélé que dans ce cadre, 250 milliards de francs guinéens ont été récoltés illégalement parce que non prévus par une loi de finance.
Pour clore, les opposants appellent les Guinéens à descendre massivement dans la rue, le 4 Août prochain, pour dénoncer la mal gouvernance, les violations des droits de l'homme, la corruption institutionnalisée et le statu quo politique sur la question des élections communales.
Mamadou Aliou Diallo pour GCI
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