
Dans l’emballement médiatique lié à l’indignation provoquée par la mort de nos confrères, tout le monde sort de son silence. Tout le monde condamne. Au regard de la qualité des victimes et des circonstances exceptionnelles (ils étaient au front) de leur disparition, ces témoignages empreints de compassion sont certainement compréhensibles. Mais cette occasion doit être également l’opportunité de s’interroger sur les mesures concrètes à entreprendre pour éviter que d’autres Ghislaine et d’autres Claude ne soient pleurés plus tard ou bientôt.
Certes, on a conscience que le métier de journaliste, comme tout autre, comporte des risques; mais il n’est pas acceptable que ceux qui choisissent ce métier soient aussi lâchement abattus. Autrement, ce ne sont pas à deux ou trois personnes dont on ôterait la vie, mais à des milliers et des milliers d’autres, à travers le blackout de fait qu’on créerait autour les zones de conflits comme le septentrion malien aujourd'hui.
Sans le travail à la fois risqué et périlleux que certains journalistes acceptent dans les zones de conflit, en toute abnégation, combien de femmes continueraient encore à subir tous les tortures inimaginables sans pouvoir se faire entendre? Combien d’enfants innocents seraient contraints, armes en bandoulière, de se battre aujourd’hui pour des causes perdues et dont ils n’ont aucune idée?
Si l’on peut aujourd’hui se réjouir d’un progrès, aus. si maigmre soit-il, sur le plan de la défense des droits humains et des libertés individuelles, c’est bien en grande partie grâce au travail accompli par des journalistes qui ont foi en la vie et l'homme comme Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Des journalistes qui, convaincus de la cause pour laquelle ils se battent, oublient les dangers, pour faire entendre, sentir et voir les douleurs de tant de miséreux dans le monde. Des journalistes qui s'embarquent dans des aventures incroyables, et qui sont prêts au sacrifice suprême pour que la vérité et la liberté soient! Mais que chacun le sache et le retienne: mourir n'est pas et ne sera jamais leur plaisir. Ils ont choisi ce métier pour nous faire voir toutes les vérités et tous les mensonges de notre monde. C'est comme un sacerdoce, un irrésistible appel auquel leur conscience ne saurait dire non!
Boubacar Sanso Barry Barry et Maria de Babia pour GuineeConakry.info




















