GHISLAINE DUPONT-CLAUDE VERLON: Pourquoi ont-ils été tués?

Indignation. Regrets. Révolte. Tristesse! Les expressions sont nombreuses pour décrire les sentiments de nos confrères de Rfi, des militants de la liberté de la presse et des quelques quarante millions d’auditeurs de la radio mondiale, après le rapt et l’exécution quasi-instantanée de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. La colère est d’autant plus grande, que nos confrères étaient particulièrement connus sur les ondes de la radio pour l'excellence de leur travail. Au point que pour beaucoup, leur disparition équivaut à un drame familial. Leur froide exécution est également révoltante parce qu’ils semblent avoir été victimes de leur témérité professionnelle, de leur volonté d’informer en toute objectivité. C’est ce qui les aura en effet poussés à se rendre à Kidal malgré le refus des troupes de l’opération Serval de les conduire. Ils ne voulaient pas se contenter des approximations et des "on dit". La minutie et le sens du détail, ce sont les fautes de nos confrères. Et c’est pourquoi tout le monde voudrait, au-delà des explications plutôt superficielles jusqu’ici servies, savoir ce qui s’est réellement passé. On voudrait savoir qui a fait ou n’a pas fait quoi, pour que des journalistes qui ne demandaient qu’à faire honnêtement leur métier se fassent aussi gratuitement abattre?... 0:39 4-11-2013

Les questions sont d’autant plus persistantes qu’il n’est pas habituel de la part des terroristes, même parmi les plus cyniques, d’exécuter aussi promptement leurs otages. En témoigne d’ailleurs le fait que les quatre employés d’Areva récemment libérés avaient été retenus pendant trois longues années. Tout terroriste sait qu’un otage vivant est plus rentable que son cadavre.

Qui-est-ce qui aura joué en défaveur de nos confrères ?

Les autorités françaises par l’intermédiaire de Laurent Fabius se bornent à répondre à cette question, avec l’explication selon laquelle  Ghislaine Dupont et Claude Verlon auraient été « froidement exécutés ». Une version dont l’objectif visé est manifestement d’accréditer la première thèse avancée par les responsables de l’opération Serval, selon lesquels les troupes françaises n’auraient rien fait qui ait pu mettre en danger la vie des journalistes. Mais une enquête devra certainement y voir un peu plus clair. D’autant plus que les autorités françaises reconnaissent, tout de même, que deux hélicoptères et des troupes au sol s’étaient, après avoir été alertés, mis en devoir de pourchasser les ravisseurs.

Deux autres pistes à explorer

En attendant, deux autres pistes semblent privilégiées. Il s’agit tout d’abord de celle pointant un doigt accusateur sur les combattants d’Aqmi. Selon cette version, l’exécution de nos confrères serait alors une conséquence de la libération des quatre précédents otages. En effet, au cours de l’opération ayant permis aux employés d’Areva de recouvrer la liberté, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) semble avoir été le plus perdant. Après avoir enlevé les quatre français en septembre 2010, ils en auraient été dépossédés par la pression exercée sur eux lors du bombardement intensif de leurs bases par les troupes de Serval. Les quatre otages seraient alors tombés entre les mains des touaregs d’Ansar Dine qui les auraient rendus aux négociateurs français et nigériens moyennant une rançon estimée à entre 20 et 25 millions d’euros. Les militants d’Aqmi n’auraient pas du tout alors apprécié d’avoir été aussi prestement doublés. L’horrible double assassinat de nos confrères, serait alors la manifestation de ce désir revanche contre à la fois Ansar Dine et la France!

Cependant, deux éléments significatifs semblent alléger cette première piste. Il y a tout d’abord le fait que des témoins aient clairement indiqué que les ravisseurs de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon parlaient le Tamanchek, la langue touarègue. Ensuite, la rapidité avec laquelle ils ont disparu, sans laisser de trop traces. Sans même se laisser repérer par les deux hélicoptères qui sont arrivés de Tessalit. Ces deux éléments orientent du coup le débat vers la responsabilité des Touaregs eux-mêmes, qu’ils soient du MNLA ou d’Ansar Dine.

Elle s’appuie également sur le fait que les ravisseurs semblent avoir été très bien informés du programme des deux reporters. Ce qui ouvre une brèche sur une éventuelle complicité entre les auteurs de l’exécution et certains membres du MNLA, véritables maîtres à Kidal.

Enfin, cette hypothèse pourrait être renforcée par la perspective qu’en réalité, les ravisseurs, étant aussi touaregs comme tout le monde, se soient fondus dans la masse, protégés en cela par les complices dont on a parlé plus haut. Sauf qu’il manquerait alors le mobile du crime. Mais à propos, certains mettent en exergue des rivalités exacerbées par une répartition inéquitable de la rançon payée pour la libération des quatre précédents otages.

La responsabilité des autorités françaises 

Si cette seconde hypothèse se révélait crédible, la responsabilité des autorités serait alors en jeu. Pas nécessairement sur la base de ce qui aurait été fait ou pas fait avant-hier cependant. Mais il pourrait se révélert que la disparition de nos confrères, soit la conséquence d’un "protectionnisme inapproprié" que la France a témoigné à l’endroit du MNLA.

En effet, si Kidal échappe aujourd’hui à tout contrôle aussi bien des troupes étrangères que des autorités maliennes, la faute incombe très certainement à François Hollande et à l’ensemble de son gouvernement. Ce sont eux qui ont empêché les troupes maliennes d’investir ce dernier bastion du MNLA. C’est ainsi que Bamako avait fait valoir sa souveraineté sur l’ensemble du territoire pour que Paris consente  à ce que seulement 200 soldats maliens y soient symboliquement déployés, juste pour les élections présidentielles passées.

Malheureusement, c'est cette tendance à vouloir "jouer aux copains-copains" avec le MNLA de la part des responsables français, qui pourrait s’être tragiquement retournée contre Ghislaine Dupont et Claude Verlon.  

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info      

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